Mon Chéri on the road – 1

Près de 15 de jours que je vis dans mon fourgon et j’ai l’impression que cela fait depuis toujours. Je parcours de courtes distance dans le Roannais,  le Forez et le Puy de Dôme. Éviter le tourisme de masse et trouver de l’ombre. Un vrai défi. Entre Charlieu et Chauffailles, je me pose chez un couple d’ami.es, refusant la chambre douillette gentiment proposée. Trois nuits sur le parking de l’église qui sonne régulièrement les heures et les demi-heures. Lui a solutionné mon problème électrique, un fil arraché par une branche empêchait le panneau solaire de charger. Un incident instructif pour mieux comprendre comment fonctionne  l’électricité dans mon fourgon. Le lendemain, je m’achète une jolie visseuse, une pince coupante et un assortiment de clous et de vis. Maintenant je sais quels boitiers, quels raccords il faut vérifier. Déjà que j’ai baptisé la porte latérale du fourgon avec un belle bosse. Un virage trop serré et vlan. Je me suis arrêtée au bord de la route et j’ai chialé avec une forte envie de tout laisser tomber. Déjà que j’ai un foutu mal de dos à rouler tendu comme si j’allais à l’échafaud (L’escargot a-t-il toujours conscience de porter sa maison sur le dos ?). Puis je me suis posée dans le camping municipal de Noirétable parmi les caravanes et les tentes. La taille de mon fourgon me permet d’éviter les parkings à camping-cars qui me rendent très vite bougonne. Quelques longueurs dans le plan d’eau de la Roche m’ont aidée à retrouver du calme. Xavier, mon fourgonniste attitré me conseille à distance. J’ai une sacrée chance d’avoir un tel soutien. Petit à petit je trouve le bon rythme et le plaisir de vivre ainsi. Un réveil dans une lumière rasante, la visite d’un chien curieux, le ciel d’étoiles chaque nuit et une merveille de solitude au pied des ruines du château de Couzan (voir la photo). J’apprivoise ma nouvelle vie, j’apprivoise mon espace restreint (environ 4 mètres carrés), j’apprivoise ma mobilité, j’apprivoise l’animal mécanique et je me répète que je ne suis pas en vacances, qçççue vivre dans ce fourgon est mon quotidien et que je n’ai aucune obligation de bouger, ni de rester dans un même lieu. Je fais comme je veux. Même si, pour ne pas consommer stupidement du gasoil, je m’impose des trajets courts et me déplace obligatoirement à pied ou en stop pour faire les courses quand le fourgon est posé. Bientôt j’aurai un vélo pliant. Je retrouve les rituels de la Caboulotte : essayer de me lever à 7h, gym puis écriture. Préparation du repas. Sieste surtout quand il fait trop chaud. Marche ou écriture. Observation de mes congénères dont je me dis que le changement climatique, la sécheresse ne semblent pas toujours les concerner. Une piscine qui se remplit d’eau à l’écart d’un chemin, des douches interminables dans les sanitaires du camping, des vaisselles voraces en eau à vouloir soigneusement rincer le produit chimique qui promet pourtant propreté. Sans parler des articles de journaux dont le leitmotiv est –  ça y est, on y est ! – Ah bon ? Constat désabusé, presque surpris alors que nombre de chercheurs et chercheuses nous mettent en garde depuis plus de trente ans. Je lis également que sur les océans et les mers, les monstrueux bateaux de croisière (340 mètres de long, 60 mètres de haut) baladent encore  la bêtise humaine. Bateaux construits dans les chantiers navals de Saint-Nazaire que je chéris pourtant. Je grogne à nouveau mais comme je suis seule cela finit par passer. Du vent se lève, le ciel se couvre. La terre a soif. On espère de l’eau. Et elle va tomber. Je vais vivre ma première pluie à l’abri dans le fourgon. Mon premier coup de froid aussi. J’habite ici qui est toujours ailleurs.