[le site de Fabienne Swiatly ]

Le fond d'écran de l’ordinateur qui aspire.

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Caboulotte 6 -  Je suis de retour en Drôme depuis plusieurs jours après une semaine de travail à Lyon. J'ai repris le rythme écriture, marche, lecture, rangement du bois et autres occupations manuelles. Vraiment heureuse de retrouver les lieux et mon espace restreint. Les nuits sont fraiches et j'ai du mal, le matin, à m'extraire du lit. Je fais en sorte de caler le réveil sur le lever du jour. C'est le matin que j'écris le plus efficacement alors je ne dois pas gâcher ce moment de la journée. Derniers campeurs sur le terrain, à partir de jeudi, je serai seule. Je trie quelques affaires rangées sous le châssis et trouve de grands et beaux ciseaux, parfaits pour mener à bien mes projets de couture ou plutôt de broderie (Coudre des Jours est un carnet que j'ai envie de réouvrir.) Ces ciseaux sont très rouillés alors je prends le temps de les démonter, de les passer au papier de verre puis de les aiguiser après avoir consulté plusieurs tutoriels, pas toujours d'accord entre eux - forcément. J'applique une des techniques et le résultat n'est pas trop mal. Je revisse ensemble les deux parties et range les ciseaux dans un des nombreux sacs en jute achetés pour mon déménagement. Trente au total avec comme défi : faire entrer toutes mes affaires personnelles dans ces seuls et uniques sacs. Pari non tenu mais je m'en approche. Ce sont des sacs solides qui se plient et se rangent facilement. Ils servent un peu à tout : sacs de voyage, sacs de rangement, sacs de courses. J'ai pu ainsi me séparer des affreux sacs de la grande distribution. Mon projet est de les broder tous (les journées et surtout les nuits seront longues cet hiver). Coudre, broder, il me faut effectivement de bons ciseaux. Cette année, puis les prochaines  années en fourgon, je vais devoir apprendre réparer mes ustensiles, voire me fabriquer des petits équipements. Dans ce sens,  devant la caboulotte attend une planche que j'ai découpée (grossièrement) poncée et vernies. Maintenant il va falloir la poser : percer les trous de fixation, aligner les équerres, visser ... et surtout rester calme. Je sais qu'un geste manuel est un geste pensé mais depuis toujours, parce que honteuse de mes mains maladroites, je prépare mal mon travail, je me précipite, je n'anticipe rien et finis par implorer les dieux du bricolage parce que je fais n'importe quoi. Alors, forcément, le résultat est décevant. Quelques jours déjà que la planche m'attend. Quand je serai seule (loin de tout regard), je me lancerai dans l'accrochage de mon étagère. Envieuse de ceux et de celles qui savent  bricoler, pour qui cela semble si simple. Attendre,oui, mais combien de temps ?

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Caboulotte 5 - Qu'est-ce que tu fais là ? Plusieurs fois j'ai entendu cette réflexion de la part de connaissances qui m'ont croisée cette semaine à Lyon où je suis venue travailler. A chaque fois, j'ai ressenti un sentiment de culpabilité, d'être prise en défaut. Et il est vrai que j'ai quitté ma solitude avec regret. Il m'a fallu un peu de temps pour retrouver le bon rythme et la bonne implication dans  les projets en cours : l'écriture collective d'un recueil avec les soignants d'un centre médico-psychologique et une résidence de théâtre dans un IME. Être là avec elles, avec eux. Ce séjour en ville me permet aussi de peser l'impact des choix que j'ai fait ces derniers mois. Vivre dans un espace restreint et me délester d'un maximum d'objets a généré beaucoup de temps libre. Plus d'objets, donc plus besoin de les ranger, de les nettoyer, de les stocker, de pousser les murs pour leur faire de la place. Désencombrée. Et ce temps libéré, si souvent désiré quand la maison était grande, quand les enfants étaient petits, quand l'agenda était tyrannique, à quoi le consacrer maintenant ? Le risque était de ressentir un grand vide. Heureusement ce n'est pas le cas et je mesure toute l'importance de mes projets d'écriture. J'apprends également la lenteur.  J'apprends à être là car souvent j'ai eu le sentiment de vivre dans l'attente du jour d'après, celui qui serait, justement, celui du temps enfin libéré. Revenir à Lyon, c'est reprendre le rythme d'avant, ce qui n'est pas forcément désagréable. C'est autre chose. Une autre façon de se tenir au monde. Vendredi je retourne dans mes 8 mètres carrés, en attendant, à la question de Qu'est-ce que tu fais là ? Il me semble étrangement ne pouvoir que répondre : Je suis. Voilà je suis... ©photo - variation autour d'Un enfant assorti à ma robe. 5 octobre 2021

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Caboulotte 4 - Le lieu où je suis installée, est géré par un collectif d'une trentaine de personnes. Hors période de vacances, il est peu utilisé et je suis donc seule le plus souvent. Ce week-end était celui de l'Assemblée Générale, celle de l'administratif, des décisions à prendre, des travaux à projeter et de la gestion, pas forcément simple, des relations humaines. Alors pas mal de monde sur le terrain. Des repas partagés, des apéros et des temps de travail. Je rétrécie mon espace personnel et retrouve avec plaisir les uns, les unes. On se raconte, on se parle, on se parle beaucoup. J'ai un peu le tournis. Entre deux réunions, on s'active sur le terrain, l'un répare la fuite des sanitaires, l'une coupe du bois mort, l'autre vérifie l'état des outils. Parfois je fais avec le groupe, parfois j'observe de loin comme sur la photo. Photo prise à l'heure de l'apéro qui est un rituel particulier quand on est abstinente. J'utilise le terme particulier car ce n'est pas forcément un moment difficile mais il me ramène à chaque fois à l'époque où je remplissais et vidais avec allégresse mon verre de vin. La solitude à venir, celle de l'hiver avare en lumière, du froid et de l'humidité, sera plus facile à vivre car il y aura eu ces moments vécus ici à plusieurs. L'absence des autres est une forme de présence car je ne me veux pas ermite mais plutôt solitaire. Dimanche, tout le monde est reparti et j'ai senti que retrouver le bon rythme me demandera du temps. J'ai trop parlé de moi, j'ai agité trop d'idées, j'ai bu trop de café. Ce matin, le soleil sèche petit à petit la terre grasse en eau depuis l'orage de samedi soir. Assise sur les marches de ma cabane, je respire lentement et le silence intérieur retrouve sa place. Et si toute cette expérience était, pour moi, une forme de sevrage en paroles ? Dans le livre d'Eric Sarner, Sugar, j'ai trouvé une citation du poète italien Umberto Saba : Da quando la mia bocca è quasi muta amo le vite che quasi non parlano - Depuis que ma bouche est presque muette j'aime les vies qui ne parlent presque pas. La bavarde que je suis, cherche quelque chose de cet ordre. Une manière d'apprivoiser la mort à venir. Une phrase qui peut sembler grave mais, pour moi, elle est l'expression même de la vie.

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Caboulotte 3 - Jours humides qui rétrécissent l'espace mais j'ai un grand parapluie ou une vilaine cape pour marcher sous la pluie. J'ai acheté une bouillotte pour réchauffer mes pieds mouillés. Ce samedi le soleil était encore chaud et je suis partie marcher dans les environs. J'ai pour objectif d'explorer tous les chemins à proximité et ils sont nombreux. Je pars tôt et je me sens bien à être seule sur le chemin. Ce n'est pas un GR, ni un parcours répertorié par l'office de tourisme donc je ne croiserai personne. J'avance le nez collé à la carte et parviens à ne pas m'égarer. J'hésite devant un chemin qui s'avèrerait dangereux et j'en déduis, avec justesse, que le panneau s'adresse aux voitures. Ma seule crainte est de croiser un chien. J'en ai très peur et, comme si le panneau voulait me prévenir, je vais être servie. A la sortie d'un village, j'entends de nombreux aboiements et me voilà aussitôt cernée par une meute braillarde de petites ratiers hargneux. Ils en veulent à mes chaussures et le bas de mon pantalon (heureusement je ne marche jamais en short). A leur suite, un magnifique patou qui m'inquiète un peu plus. Je reste sur place sans bouger, le patou grogne furieusement, mordille ma veste. Je suis en train de vivre le pire de mes cauchemars et pourtant je reste prodigieusement calme. La bergère, à quelques deux cent mètres de là, hurlent après ses chiens qui ne semblent pas l'entendre. Puis elle me crie de filer. Je veux bien filer mais dans quelle direction ? Je déglutis et ose quelques pas vers un chemin sur la droite. Le patou hésite, attrape une dernière fois le pan de ma veste puis rejoint sa maitresse, les roquets me poursuivent un petit moment avant que  je ne  retrouve le silence des sous-bois. Je souris, soulagée et toujours aussi calme. Très fière de mon attitude. Il y a tout de même un accroc dans ma veste. Accompagnée par une autre personne, j'aurais certainement paniqué. Quand on est seul, le cerveau doit agir de manière pragmatique. Question de survie. Bon, ma vie n'était pas en jeu même si je garde le souvenir, en forme de cicatrice sur la fesse droite, d'avoir été joliment mordue par un chien dit pas méchant. Mal dressé, un chien peut être un véritable psychopathe et en montagne, il y a  plus de risque de croiser un chien mauvais qu'un loup. Trois heures de marche en tout. J'ai faim. Sur le terrain de la caboulotte, Stefan et sa famille s'installent. C'est le seul des associés que je ne connaisse pas encore. Stefan est allemand alors je vais pouvoir pratiquer un peu ma deuxième langue même s'il parle très bien français. Nous partagerons le repas du soir et nous discuterons de la place de l'écologie en France et en Allemagne. Pas facile de leur expliquer l'engouement pour Eric Zemmour, tellement c'est ridicule à raconter à des personnes non-françaises. A la fin du repas, je rejoins en tâtonnant mon abri, ciel couvert, nuit noire, j'ai oublié ma lampe de poche. Me reviennent les propos de Chateaubriand qui dans Mémoires d'outre-tombe soulignait qu'en France les chiens aboyaient bien plus qu'en Allemagne. Il me faudra retrouver ce passage et en  discuter avec Stefan.

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Caboulotte 2 - Le week-end se sera déroulé ailleurs, au festival A l'ombre des arbres à Parignargues organisé par Jean-Paul Michallet. Ateliers, lectures, rencontres. Se dire, se lire, se parler. Faire son métier d'écrivaine. Puis le retour dans le calme et les incertitudes. Ce matin, une lumière jaune pèse sur le paysage - il devrait pleuvoir. Réveil lent, je dors mal. Ce n'est pas la crainte de la nuit malgré tous les bruits : chuintements, hululements, cris, cavalcades de pattes sur le toit, grognements dans les buissons, museaux curieux qui fouinent vers la bassine,.. cela ne m'effraie pas, j'ai seulement le sentiment de n'y connaître rien. Frustration de ne pas savoir nommer les animaux nocturnes, ni d'ailleurs diurnes. J'écoute mais je ne m'endors pas. Alors la lecture à se griller les yeux. Et le matin, il faut me bousculer, ne pas se lever trop tard car je préfère les promesses du jour aux incertitudes de la nuit. Dans le cahier où je note quotidiennement quelques phrases, j'ai dressé une liste des sujets d'écriture possibles : Manger seule / réparer / la mésange bleue et le pic-vert / les jours gris / pisser dehors/ s'asseoir sur les marches / se déconnecter / les temps morts / relire Le mur invisible / se taire / la peur des hommes / aujourd'hui ça n'écrit pas / la joie / le café du matin / garder la distance, etc. Liste que les saisons, le temps passé ici et les imprévus viendront enrichir. Le vertige de la liste comme écrivait Umberto Eco. Vertige de la solitude ? Non, je ne crois pas, même si j'ai parfois le sentiment que l'humeur est  fluctuante mais sereine pour l'essentiel. Et, sans vouloir être pompeuse, l'écriture est le territoire où je rencontre les autres, où je ne me sens jamais seule - Être à distance mais pas indifférente. La possibilité aussi de jouir de cette formidable pulsion de vie qui m'a mise au monde. Se sentir vivre. Au loin, le bruit entêtant d'un engin agricole. Ici ça travaille. Tous les jours.

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Caboulotte 1 - Huit mètres carrés tout en bois sur un vaste terrain drômois au milieu des pins, des chênes et de prés où viennent braire quelques ânes. Une caboulotte, contraction entre roulotte et cabane, est un terme qui décrit parfaitement mon nouvel habitat où je vais passer une année entière. D'autres caravanes et cabanes autour de moi, c'est un lieu partagé et géré par un groupe de dix-huit personnes dont je fais partie. Un lieu dédié aux vacances. Si je suis loin de l'aventure sibérienne de Sylvain Tesson (je n'ai pas emmené des litres de vodka pour supporter la situation) ou encore de l'expérience de Rick Bass et sa femme qui s'installèrent au fin fond du Montana, loin de tout, prêts à affronter les longs mois d'hiver et de neige (je viens de finir la lecture de son livre Winter), cette année sera un sacré défi pour moi. Je ne suis pas isolée car le village est proche, un couple d'amis vit à proximité et je ne me priverai pas d'aller au marché ou d'aller boire un verre dans un bar à concert ouvert récemment. Côté confort, j'ai l'usage d'un local collectif où il y a chauffage au bois, douche, wc et fourneau de cuisson. Certains week-ends et pendant les vacances, il y aura du monde mais pour l'essentiel du temps, surtout de novembre à mars, je serai seule. Pafois, il faudra me rendre à Lyon ou dans d'autres villes pour mener des rencontres, des ateliers, des lectures - gagner ma vie. Mais j'essayerai de réduire au maximum ces moments d'éloignement. Et après seulement cinq jours de présence, je sens combien, il sera difficile de quitter ma solitude. Le temps est au soleil, à la chaleur, trop de chaleur pour un mois de septembre. Parfois quelques campeurs que je salue mais garde à distance. Je trie, je nettoie, je range car dans un petit espace, la place de chaque chose est importante pour se sentir bien. Un coin bureau, un coin repas, un coin couchage et dehors un coin pour la toilette. Je suis bien mais cela n'empêche pas l'inquiétude. J'ai peur que l'écriture ne soit pas au rendez-vous, j'ai peur que l'ennui s'installe, j'ai peur que la nuit avec ses bruits peu familiers m'empêche de dormir, j'ai peur de céder aux facilités de la 4 G, j'ai peur d'être oubliée ... Pourtant je me réveille tôt le matin avec la joie d'être là. Je sais aussi qu'il faudra m'imposer une discipline : limiter les heures de connexion, limiter les invitations. Ne pas trop me renfermer non plus. Je ne sais pas, en fait, le degré de solitude que je recherche. Sur le bureau un cahier ouvert pour noter, garder des traces.  L'appareil photo et l'ordinateur à portée de main. Je sais parfaitement où se loge mon ennemi, il se résume à un mot : le doute. 7 septembre 2021

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La vie est une fiction est une série de photos que je partage sur les réseaux sociaux - parfois en m'interrogeant sur le sens de ce geste, de ce besoin de partager. Ces photos sont prises pendant mes déambulations. Je marche énormément. Pas de la randonnée, de la déambulation à pas rapide. Parfois une composition m'arrête et je la cadre. Le cadre engendre la fiction car je choisis ce qui restera dans le cadre et ce qui restera en dehors. Je compose avec le réel pour dire le ressenti ou plutôt le saisissement ressenti. Quelque chose m'a arrêté dans mon avancée. Fiction donc, car ce que je partage n'a peut-être rien avoir avec la réalité des sujets cadrés. La photo ne dit rien d'eux mais seulement de moi et, peut-être de l'époque. J'ai vu  de la douceur et comme j'en ai furieusement besoin en ce moment, j'ai photographié. J'ai pensé : Tiens, une mère et son enfant. Une mère qui se met au niveau de son enfant pour lui montrer un cygne et un pigeon. Supposition car la femme est peut-être une nourrice, une sœur, une amie des parents. L'instant est doux mais qui me dit que cette femme n'éprouve pas, parfois, de la haine pour cet enfant qui lui prend de son temps. En tout cas l'instant est doux, mais quelque chose penche un peu dans les traits horizontaux. Quelque chose est trop bleu dans le ciel. Quelque chose est trop joliment en place. Peut-être. Il est vrai que je penche pas mal ces derniers temps à ne plus savoir penser notre monde. Alors il faut bien composer avec le réel qui s'impose à nous chaque jour. Il faut faut bien l'absorber. Le digérer. L'intégrer à notre mémoire, puis l'oublier. L'art permet, peut-être, cette ingestion de l'instant présent. Si je creuse bien, cette photo réveille en moi une profonde tristesse. Celle de n'avoir jamais eu une mère qui se mette à ma hauteur. De n'avoir jamais eu une mère qui me montre des oiseaux. Alors pour ne pas en mourir, j'ai marché loin. J'ai regardé ailleurs et j'ai fait confiance à la fiction.

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Méfiance. C'est le mot qui m'est venu immédiatement à l'esprit le jour où dans ma messagerie, j'ai reçu un mail d'un duo de poètes chinois : Lam Kongchuen et Cherry Tsang qui me demandaient de participer à une performance : photographier mes livres (tranches visibles) dans l'étagère de ma bibliothèque. Les autres livres rangés tranches cachés. Mon premier réflexe a été de me méfier, comme beaucoup, ma boite accueille régulièrement spams, fakes, tentatives d'extorsion de mes codes sans parler de ceux qui veulent faire de moi leur légataire universelle en échange de mes  coordonnées bancaires. Je partage mes doutes sur facebook, les réponses sont aussi variées que le profil de mes "ami.es". Personnellement cette histoire me plait car j'ai envie d'y croire. Iels citent mes livres et ceux de Serge Pey. Depuis que j'ai accepté de collaborer, nous échangeons dans un anglais - français traduit par un quelconque traducteur accessible gratuitement sur le net, cela donne parfois des formulations savoureuses - tant mieux -  j'aime ça quand la langue dévie de la droite route des usages. Pour les photos, cela tombe plutôt bien, je suis en plein déménagement, je donne-vends mes livres. Les manipulations seront faciles. J'installe, je photographie, je recadre, je retouche, etc. J'envoie une série de photos fortement contrastées. J'ai droit à un retour élogieux sur ma série. On me compare à Jean-Luc Godart. Je suis un peu dubitative mais je ne connais rien à la Chine. Je connais mal sa littérature, sa poésie et encore moins les usages entre personnes. Je joue le jeu. C'est tout. On verra bien. Depuis dans ma messagerie, il y a chaque jour un tercet qui m'est dédié. Peut-être que les autres poètes reçoivent le même poème, à un changement de prénom près. Pour l'heure, il. m'arrive des mails de Chine, avec des idéogrammes  dans les intitulés. C'est beau. C'est inhabituel. Que mon nom, mes livres circulent dans une partie de la Chine, m'étonne totalement. La vie est une (belle) fiction.
 
     Get up in the morning and read Fabienne's poems,
      A new day will arrive as scheduled.
      Sun, eggs and bread.
 

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duo

Poet-architect Lam & Cherry ( Lam Kongchuen e Cherry Tsang) was an internationally Duo of multi-disciplinary practice. They carried out worldwide contemporary art and architectural practice through literature. Their creative scope included poetry, fiction, drama, review, translation,speech,film, architectural design, urban studies, Installation, sculpture, painting, modern calligraphy and seal (Chinese/Japanese/ Korean), economics, performance, etc. They never cross the border, but take the elimination of the boundaries-the basis of literature to cancel the boundaries between disciplines, and their practice has a wide reputation in the world.They are known in the Nordic literary community as the reappearance of Jean-paul Sartre and Simone de Beauvoir.The Nobel prize in literature judges have attended their solo exhibitions three times. It is considered by Japanese critics that "their work is a completely new creation from Hagiwara Sakutarou's "Principle of Poetry" (1928) to the present.

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Les beaux jours est un film de Marion Vernoux. Un film où l'on suit le quotidien et l'extra-quotidien d'une femme de soixante ans qui va vivre une liaison sexuelle avec un homme plus jeune. Cette femme est jouée par Fanny Ardant, ce qui fait retomber aussitôt le propos. La plupart des femmes de soixante ans auront du mal à se reconnaitre dans l'actrice. En général, il leur manque des centimètres de hauteur, de longueur de cou, de tour de lèvres, de cheveux voire quelques kilos en plus. Sans parler des éclairages de cinéma qui rajeunissent, sans douleur, bien des visages et des corps. Film agaçant qui semble dire, encore une fois, que seule les femmes belles ont une vie à l'écran. J'ai pensé à un autre film bien plus troublant et riche : Tous les autres l'appellent Ali de Rainer Fassbinder, sorti en 1974. Le titre allemande signifie  littéralement : La peur mange les âmes. Une veuve et un immigré marocain, bien plus jeune qu'elle, se rencontrent dans un bar et vont vivre une relation amoureuse. La comédienne Brigitte Mira a un physique moins élogieux que Fanny Ardant. Elle fait son âge comme dirait l'autre. Fassbinder nous embarque avec brio et lucidité dans cette histoire. Deux cœurs solitaires qui vont se tenir chaud puis finiront par s'aimer et connaitre des problèmes de couple d'une grande banalité : l'usure des sentiments. Il y ait question aussi du racisme ambiant en Allemagne. Les deux protagonistes ne sont pas issus de la bourgeoisie et ne peuvent donc pas s'offrir un week-end à Reykjavík sur un coup de tête comme dans le film de Marion Vernoux. C'est un film qui ne cherche pas à nous imposer de l'empathie pour la femme, généreuse mais un peu pénible ou l'homme, parfois trop secret et versatile. Le film de Marion Vernoux me met en colère car tout le monde ne s'appelle pas Fanny. La question des femmes dites belles, surtout au cinéma, me dérange depuis quelques temps :  Qui décrète qu'une femme est belle (donc les autres ne le sont pas) ? Quel est le mérite d'une femme dite belle ?  A quoi elle sert exactement ? Quel pouvoir donne une femme dite belle à celui ou celle qui la manipule ? N'est-ce pas une forme de paresse de la part du réalisateur ou de la réalisatrice : on dirait qu'elle est belle, donc on dirait qu'elle est désirable. Toujours ça de pris sur le scénario. Et c'est ce que j'aime dans le film de Fassbinder, il ne filme pas une femme désirable mais il filme le désir. Ce n'est pas la même chose et c'est bien plus puissant.

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A partir de septembre, mon habitat passera de 100 m2 à 8 m2. Ce petit espace, sera mon seul lieu de vie de toute l'année et ensuite je vivrai dans un fourgon aménagé, tout aussi petit mais nomade celui-là. Choix de vie. Pas une obligation, c'est important de le souligner, même si mes moyens financiers sont modestes et que restreindre mon espace vital, me permettra d'économiser pour un futur voyage. Huit mètres carrés, il faut donc me séparer de mes meubles, objets, livres etc.. J'ai déjà évacué un grand nombre de choses mais il en reste toujours et encore. Je donne beaucoup. Revends un peu. Mais il y a toujours du trop. Même si une partie de mes livres, après avoir passé deux ans dans un garage, puent tellement que même Emmaüs, n'en veut pas. Direction la poubelle. C'est fait ! Mais il en reste encore. Le fourbi du passé. Samedi j'ai été à la déchèterie pour un premier bon débarras. J'ai longuement hésité devant un carton : jeter ? Ne pas jeter ? J'ai fini par demander au gardien des lieux - gentil, souriant et joli garçon : J'en fais quoi ? Aussitôt il m'a répondu : les encombrants ! désignant le container le plus éloigné. Et c'est comme s'il m'ouvrait de nouveaux possibles. Ce mot d'encombrant pour les déchets je le connais mais il prenait ce jour-là toute sa force. ENCOMBRANTS. Ce qui encombre. Ce qui n'est pas matière noble ou recyclable. Le rebut. J'ai pris le carton, je l'ai balancé par dessus bord. En partant, je me suis dit que je ferais bien, un jour, une résidence d'écriture dans une déchèterie pour le recyclage, pour les encombrants, pour le joli gardien des lieux ...

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Une de mes photos préférées. Sans retouches. Une photo qui me donne à penser au travail du Caravage. Dans ses tableaux, il savait mettre la tragédie au centre. Ici, l'autre offre quelque chose de lui sans le savoir. Une main puissante qui se loge dans une nuque fragile. Photo sensible car ce même homme quelque mois plus tard tournera le dos à notre histoire, définitivement, car sa vie sera ailleurs. Sur cette même nuque, lors de notre dernière rencontre, je poserai un baiser furtif mais il ne se retournera pas. L'histoire est finie. A ce moment-là, il ne présume en rien de  la béance qu'il vient de creuser en moi. Je me croyais à l'abri de ces puérils sentiments. Je suis quelqu'un de raisonnable. Au-dessus de ça. Ce ça qui me fera, bien vite, osciller entre le plus mauvais des romans de gare et les grandes tragédies classiques. Au-dessus de ça -  pourtant dans un Relay de la gare de l'Est, je lirai l'horoscope d'un quelconque magazine dit féminin pour savoir s'il reviendra un jour. Renouons ainsi avec les phrases magiques de l'enfance : si je ne touche pas les lignes du trottoir, j'aurais une bonne note en dictée. Et je me souviens d'avoir envoyé le texte de la Fulgurance du geste, qui parle d'amour, à une amie poétesse dont la réponse fut sans équivoque : Pas pour moi. Parler d'amour, parler de chagrin d'amour serait-ce vulgaire ? Thème bien plus présent dans les chansons populaires que dans les textes littéraires (il me semble). Je crains pour la première fois de trop m'exposer. D'être ridicule. Alors que j'ai écrit des textes parfois très crus ou très violents. Je regarde  à nouveau la photo, je voudrais faire entrer l'homme dans une fiction. Faire  en sorte, que l'homme réel devienne très vite un étranger. L'oublier pour mieux me souvenir. Et me dire qu'avoir été aimée, c'est déjà beaucoup. Je pense des choses raisonnables mais ouvre au hasard un livre de la bibliothèque comme j'ouvrirais un livre de divination : Va-t-il me regretter ? Et le hasard, sans aucune tricherie, me donnera à lire un extrait de Quarante cerf-volants de la poétesse arménienne Salpy Baghdasssarian  (éd. Des Lisières) : Seule la brise / peut écarter deux fleurs / et laisser voir  / la petite fleur blottie. 

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Achever un texte. Moment particulier où on se dit : C'est bon. C'est fini ! L'ossature, la chair, le muscle, tout est là. Bien sûr, il y aura des retouches, mais le texte tient debout. Depuis quelques jours, j'étais confrontée à une difficulté, les derniers vers de Mère éléphante ne fonctionnaient pas. C'était mou. J'ai fini par trouver. Dans ce poème narratif où se confronte une mère malade des nerfs, expression courante dans les années 70 et une adolescente solitaire curieuse de poésie, la mécanique de fin n'était qu'un petit filet d'eau. La mère quittait le texte trop tôt. Alors, j'ai repris. J'ai imprimé les dernières pages, je me suis installée à la table de la cuisine, là où la lumière est comme une promesse de légèreté, et j'ai relu à voix haute. D'une voix neutre (surtout pas d'emphase). Puis j'ai quitté le texte plusieurs fois pour me servir un café ou passer un coup d'éponge sur l'évier. Relecture. Réécriture jusqu'à ce que je sente que tout tenait ensemble. L'autre difficulté avec ce texte était de rester à hauteur de vocabulaire d'une adolescente sans verser dans la caricature d'une langue dite jeune. Et toujours le Plaisir du texte de Roland Barthes comme garde-fou. Achevé. Mon texte est achevé et je vais l'envoyer à Maud Leroy des éditions Des Lisières qui le publiera en juin. Lâcher enfin ce texte débuté pendant ma résidence à la Maison Julien Gracq - puis laissé en jachère jusqu'à l'an dernier. Maud va le relire, souligner sûrement quelques passages bancals, et il me faudra y retourner mais, cette fois-ci, sans chercher à tout réécrire. Seulement répondre avec ou contre ce qu'elle aura souligné. J'apprécie ce moment où un autre, le premier lecteur (lecteur averti) intervient dans mon texte. Puis l'imprimerie viendra clore la possibilité de réécrire. Ensuite je passerai à la relecture finale de Jusqu'où la ville publié par Le Clos Jouve. Deux livres qui sortiront en même temps car les deux maisons vont se prêter main forte et c'est pour moi une joyeuse alliance. D'autres chantiers m'attendent déjà mais certains finiront définitivement dans le dossier d'archive que j'ai humblement intitulé : Pour la postérité.

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