[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

IMG 5153

Caboulotte 11 - Retour en Drôme après une soirée lecture à la librairie La Virevolte pour les 5 ans des éditions Des Lisières. Froid et brouillard m'accueillent. Je sais que la période hivernale sera rude à vivre ici. Le froid. Les nuits plus longues. La nature moins accueillante. On verra. Mais déjà la brume se lève en début d'après-midi et m'offre d'heureux changements de lumière. Et je pense  aux 27 hommes et femmes morts au large de Calais et je me demande : Qu'est-ce qui a fait qu'ils et elles soient sorti.es des brumes de l'indifférence pour réapparaitre ainsi dans les médias et la parole de nos dirigeants ? La loi des chiffres ? Au-delà de 27 quelque chose n'est plus plus imaginable ? Supportable ? Ou parce qu'ils et elles sont devenues enjeux entre deux chefs d’État dressés sur leur égo, qui se toisent par-dessus la Manche devenue terrain de polémique et cimetière encombrant ? Depuis  combien de temps déjà, dure cette aventure terrifiante d'hommes et de femmes qui viennent risquer leur vie tout au bout de la France parce que la seule issue possible à leur vie de misère ? Dans un des pires lieux de leur parcours, c'est ce que migrants et migrantes répètent dans leurs témoignages. Depuis combien d'années ? Il y a douze ans, alors que je rencontrais à Calais des associations militantes, elles étaient déjà au bout du rouleau. Usées par toute cette maltraitance, violence et absurdité. Tant à faire avec si peu de moyens. Tant de morts noyés, écrasés, brûlés, tués, disparus. Alors pourquoi ces 27 ont-ils dissipé le brouillard ? La présence d'une femme enceinte et d'une fillette parmi les morts ? 27 d'un coup c'est trop voyant ? Du moins pour l'instant. Car on sait que la brume reviendra, l'anonymat reviendra, la maltraitance reviendra, la bêtise reviendra. Et les hasards de l'actualité viennent m'offrir un contre-champ hasardeux mais dont je ne parviens pas à me défaire. Grâce aux médias, je sais qu'un animal est mieux défendu par la loi que des humains. La mort d'une ourse, tuée par un chasseur imprudent, a enclenché une instruction pour destruction d'espèce en voie de disparition. Tant mieux pour les ours. Mais je ne peux m'empêcher de penser, qu'il vaudrait peut-être mieux pour ceux et celles encore vivantes sur les quais et les plages de Calais être né.es animal, être né.es ours plutôt qu'Afghane ou Afghan plutôt qu’Éthiopien ou Éthiopienne, plutôt que Pakistanaise ou Pakistanais, plutôt que ... Il est tard. J'ai froid. La brume a disparu. La lumière a disparu aussi. Pas encore de lune. Reste la nuit. Je vais me mettre au chaud dans ma caboulotte. Mes pensées et mon corps sont glacés. J'hésite à écrire cette chronique. Bien pensante ? Nécessaire ? Écrire est mon métier.  Alors je vais écrire. Malgré.