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La trace bleue

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    Cette photo prise lors d’un atelier d’écriture que j’animais, je l’aime bien car ce petit garçon a laissé venir le sommeil et la rêverie après quelques mots écrits. Il était en confiance.
    Depuis plus de quinze ans, j’entre dans des écoles (primaires, collèges, lycées et parfois aussi dans les universités).
    Je lis de la poésie, la mienne, celle des autres. On échange puis je propose un temps d’écriture à partir d’une idée, d’une phrase, d’une contrainte plus ou moins précise. Je laisse faire.
    Et toujours quelque chose de fort à lieu, de l’émotion, du rire, des larmes, des étonnements avec ce qui a été écrit … La vie, quoi !
    Cet engagement me tient debout alors que la France, l’Europe et tant de pays dans le monde, font une place à des mouvements, des paroles, des injonctions, des actions xénophobes, racistes, autoritaires et anti-féministes et difficile de s’exprimer sans être immédiatement renvoyée dans les cordes. Et les mots, paroles utilisées cherchent surtout à intimider, à soumettre : Ta gueule si tu ne penses pas comme moi !
    Un retour en force du masculinisme et de l’autoritarisme dont nous les femmes seront les premières à en pâtir ainsi que les personnes racisées. Et je dois avouer que depuis quelques semaines, je me sens piégée cela se traduire par une difficulté à agir. A creer. A invente l’avenir laors que c’est essentiel, vital. Je déteste cet empêchement.
    Alors oui, les ateliers avec les jeunes me redonnent du courage, de l’allant. Parce que je leur dis qu’ils et elles sont mon avenir. Et que j’aimerais qu’ils et elles deviennent des adultes autonomes et généreux. Des adultes soucieux de l’autre. Des adultes respectueux de l’autre. Et j’aime voir leur yeux m’offrir l’éclat d’un sourire.
    Dans ce sens avec d’autres camarades et soucieux de donner sa chance à un monde moins individualiste et violent, nous avons créé la revue de poésie contemporaineGustave Junior.fr , totalement gratuite et facile d’accès. Et ce depuis quatre ans.
    Je viens égalment d’éditer un court texte chez Color Gang qui a pour titre Veux Croire et ce texte aussi m’aide à me tenir debout.

    Veux croire qu’à l’enfant on offrira des rêves sans lui marcher sur les pieds.
    Veux croire au pas de côté même si l’ambiance est à la ligne droite.

    Veux croire que la poésie continuera à bousculer la littérature.

    Veux croire que tout le monde sera au rendez-vous quand l’heure sera venue de se mettre debout.

    Veux croire que si je prononce le mot joie, ils n’éteindront pas aussitôt la lumière.


  • Rester ou passer

    Bouger. Se déplacer. Partir. Ne faire que passer. Déménager. Emménager …
    Rester si peu sur place.
    Demeurer. Voilà un mot qui met du poids dans la vie.
    Vivre à demeure. Le titre de cette nouvelle rubrique. Une phrase qui contient le verbe vivre et le verbe mourir. Rubrique pour interroger ce qui m’empêche de rester en place.
    Adolescente, j’ai fait en sorte de fuir la maison familiale en choisissant l’internat dès le lycée. Les week-ends se passaient dans la famille de ma meilleure amie. Lycée quitté en terminal pour voyager en stop avec mon amie Corinne. Une tente comme maison.
    Mère à 20 ans, il a bien fallu se poser mais en quatre ans j’aurais vécu à Étretat puis Rouen puis Paris, puis Lyon.
    Puis une longue parenthèse sur une péniche qui était considérée comme un bien meuble (objet qui peut être déplacé). Et le Rhône semblait me dire, à se vouloir ici et ailleurs, que je n’étais pas vraiment sédentaire, même si.
    Un jour, le bateau est resté à quai et je suis partie. Déménagements, colocations, cabane en Drôme, deux années en fourgon et une maison en Creuse.
    Une maison. Pourtant j’ai quelques difficultés à dire : Je vis ici. D’ailleurs je ne fais souvent que passer dans cette nouvelle maison. Je la ressens comme un abri plus qu’une demeure. Et je rêve encore de ce fourgon nommé Chéri.
    Pourtant je ne fuis rien. Je ne ne suis pas non plus une aventurière. Et j’envie les enraciné.es, ceux et celles qui s’inscrivent dans une ville, une commune, un territoire bien défini. Ceux et celles qui peuvent dire : Je suis d’ici. Je me sens d’ici. Ma famille a toujours vécu ici.
    Mon grand-père polonais a migré avec femme et enfants au début du vingtième siècle. Il n’a pas choisi la Lorraine par goût mais pour le travail. Pour fuir la misère. Ma mère a quitté l’Allemagne par amour et nécessité (deux enfants alors il a bien fallu rejoindre le père). Dans mon corps, j’ai le sentiment de poursuivre la migration ou du moins de chercher encore et encore le lieu où m’arrêter. Souvent je me pose la question : Où vais-je être enterrée ? Car oui je tiens à ce que mon corps soit en terre et qu’une stèle porte mon nom et mon prénom. Oui mais où ? Je ne parviens pas à dire qu’importe !
    Est-ce pour cela que j’aime tant visiter les cimetières ?
    Comme si j’allais croiser la tombe qui contiendra ma dépouille.
    Et ce qui reste à creuser (justement) tient dans cette question : Pourquoi est-ce si important pour moi ?



La trace bleue

crédits photo © F. Swiatly

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