[le site de Fabienne Swiatly ]

La fumée bleutée d'une Gitane ou d'une Gauloise, les cigarettes que je ne fume plus.

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Emmener un groupe d'adolescents dans un musée, pour une visite libre. Les emmener rien de plus simple du moment qu'on les arrache à leur table de classe, leur lycée. Tout est  bon à prendre  pourvu qu'il n'y ait pas cours. Ecole buissonnière. Pas un vrai défi pour l'adulte que de les faire adhérer à une sortie. Mais comment faire pour qu'ils se sentent concernés par ce qu'ils vont voir ? 
 Derrière nous trois séances d'atelier, de prises de notes, d'écriture, de lectures, d'échanges.  L'enseignante souligne que j'ai plusieurs fois répété qu'ils ne devaient pas laisser les autres mettre des mots à leur place dans leur bouche, dans leur tête ou dans leurs écrits.
Je souris.
Pendant le trajet, j'échange avec certains, pour en savoir plus sur leur quotidien. Pas facile, une grande méfiance de l'adulte et comme une absence de mots, justement. Une élève me dit être trop contente de voir autre chose que d'habitude. Je souris à nouveau.
Dans le musée, ils acceptent de se mettre devant un tableau et de le décrire jusqu'à épuisement. A l'arrivée un texte pas forcément intéressant en l'état, mais un moyen de se concentrer sur ce qu'ils voient. Et eux de s'étonner des épaisseurs de peinture, des différents niveaux de lectures, de détails qui apparaissent dans le tumulte des couleurs.  Ils posent beaucoup de questions. L'une écrit : des peintres qui travaillent à l'arrache, d'autres qui veulent tout mesurer, cadrer. Besoin de cadrer les choses.
Et dans le groupe toujours un ou une élève qui découvre le plaisir de l'énumération. Ne veut plus s'arrêter. S'étonne de pouvoir remplir aussi facilement plusieurs pages de carnets. Le plaisir de remplir, de mettre du noir sur du blanc, de se relire. 
Les mots de Georges Perec me reviennent comme une évidence :  Au départ tout semble simple, je voulais écrire, et j’ai écrit. A force d’écrire, je suis devenu écrivain.
Le Musée des beaux arts de l'Abbaye a ouvert ses portes, il y a peu. C'est un endroit très beau qui attrape la lumière avec douceur même les jours gris. De grandes fenêtres s'ouvrent sur la ville de Saint-Claude et le paysage. Je m'y sens bien, les élèves aussi. La gardienne se mêle au groupe, donne des précisions sur les  peintures, les artistes. 
Pendant 1h30, ils vont noter ainsi. Sans chahuter. Puis c'est à même le sol du cloître de l'Abbaye, entourés de fresques du XIVème, d'ossements de moines, de phrases latines que nous lisons nos notes dont cette phrase que j'ai eu le temps de noter à mon tour : quelque chose ressort des tableaux. On dirait que quelqu'un vient nous parler à l'oreille.
Je souris encore.  
Dernière mise à jour le vendredi 6 février 2009  et lire aussi sur Gandrange ici