[le site de Fabienne Swiatly ]

L'obstination du bleu Klein.

Photo du 10 03 2020 a 768 09.05

Confinement. Tout un pays confiné. Italie. Quelques heures d'ici. Ce matin, tout me semble vain sauf la danse. Mon corps en mouvement, en musique, en vie. Follement en vie. Tout le reste bien vain puisque la mort se rappelle à nous. Comment avons-nous pu oublier ?  Comme si l'effet miroir de nos photos, de l'appel des vitrines, de nos pauvres petits égos, se fissurait enfin. Je suis si peu, presque rien et pourtant miraculeusement vivante. Ça, seulement, ça. VIVANTE. Alors oui, il faudra bien couper les moteurs, ralentir le débit. S'arrêter et réfléchir. Laisser venir. Comme si ce virus nous offrait l'occasion de mettre nos systèmes, dits économiques, sur pause. Enfin sur pause. Et moi, ce qui me saisit, ce n'est pas l'angoisse, le désespoir mais toute la vitalité qu'il y a en moi, malgré oui malgré. Vivante. Putain je suis vivante. Alors j'écoute Deena Abdelwahed, Marcus Miller, Selah Sue, Brigitte Fontaine... et je danse de mon corps qui n'est plus jeune mais tellement vivant. Que cesse ce commerce qui met à mal la mer, la terre, les hommes et les femmes. Que cesse le cauchemar de nos faux besoins. Mettons nos corps en mouvement, on peut être ensemble sans se toucher puisqu'il faut garder de la distance. On peut épuiser nos faux désirs avec du muscle et de la sueur. On pourrait même laisser venir du son. Un son qui viendrait de loin et qui serait le plus beau des hymnes à la vie. Bouge mon corps. Bouge. Laisse monter ce que tu es à l'intérieur. Bouge, bouge. Nous sommes vivants et c'est ça la seule beauté du monde.

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Humaine, joyeusement humaine, terriblement humaine, indécrottablement humaine, délicieusement humaine, désespérément humaine car malgré la violence sociale, malgré les turbulences climatiques, malgré l'errance des plus pauvres, malgré la main-mise des puissants, malgré la bêtise crasse de ceux qui se veulent l'élite, malgré la violence faite à ceux et celles dites différentes, malgré malgré, malgré, malgré ... il suffit d'un ciel offert, d'un musique poignante, d'un livre saisissant, d'un rire partagé, d'un baiser profond, d'un regard vrai, d'une main tendue, d'une blague bien sentie et tout devient à nous vivable. Avec cette joie qui parfois me saisit. Cette joie qui me redresse la tête, m'ouvre les poumons et me rend un peu, beaucoup plus forte. Elle me met à hauteur de la vie. Je dois  bien cela à ceux et celles qui se sont battues et se battent encore pour que  mon horizon ne soit pas toujours bouché. Oui parfois furieusement, je sens le bonheur me saisir malgré, malgré... Cette sensation que rien ne me manque. Sensation furtive mais bien réelle. La vie. La vie, malgré, malgré. Et à mon tour, je peux me battre pour ceux et celles ...

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Un guide sur la Lorraine attire mon attention dans un Relay de la gare de l'Est. Ce guide je l'ouvre à la page d'Amnéville, car c'est la ville où je suis née, où j'ai vécu mon adolescence et elle traverse déjà quelques uns de mes livres. J'y ai vécu avant les thermes quand nous l'appelions encore Stalheim entre nous (foyer de l'acier), nom donné par l'occupant allemand. Dans le guide cette phrase est comme un trait tiré sur le passé : " On a du mal à imaginer qu'avant de devenir l'une des plus grandes stations thermales de Lorraine, cette terre était vierge de toute construction." Oui, ce lieu était la forêt où je jouais gamine. Effectivement, il n'y avait pas de construction, seulement des wagons abandonnés par les aciéries. Il y avait un crassier où on déversait le surplus des hauts-fourneaux. La ville n'était pas dans les hauteurs de la forêt mais dans son bas. Ville ouvrière où vivaient ceux qui donnaient leur corps et leur temps aux usines de la région. Il est vrai qu'il y a eu la crise des années 70, les licenciements et que ce fut étonnement de voir cette ville se transformer en un lieu dédié aux soins et aux jeux, alors que la jeunesse partait bosser dans les usines de Fos-sur-Mer. Le maire Jean Kiffer, celui qui souhaitait qu'Amnéville devienne principauté de Stalheim, déclarait aussi posséder des certificats psychiatriques comme quoi il n'était pas fou. Il était tristement célèbre pour avoir fait l'apologie du régime de l'apartheid après un voyage en Afrique du Sud. Ami de Charles Pasqua, il obtint facilement les autorisations pour l'ouverture d'un casino. La ville est proche des frontières luxembourgeoises, allemandes et belges. Rien de tel pour que l'argent circule généreusement. La ville ouvrière, n'a guère profité de cette exploitation commerciale. Ma sœur qui tenait un bar vers le temple protestant, a rarement vu entrer des curistes ou des touristes. D'ailleurs à la mort du maire, la ville a constaté (ou plutôt a été obligé de constater) que l'argent généré par le centre thermal allait dans la poche des privés et que la ville récoltait surtout des dettes. Jean Kiffer voyait les choses en grand, la ville possède le plus grand zoo d'Europe, malheureusement au cœur d'un récent scandale de maltraitance animale... etc. Ma sœur a fermé son bar couverte de dettes, et je me dis qu'il est peut-être temps de de reprendre le texte débuté il y a quelques années qui portait tout simplement comme titre : Amnéville. Une ville qui, après la première guerre mondiale a failli s'appeler Pétainville. Oui je crois que je tiens mon sujet. Les voeux du maire ici

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A la bibliothèque, j'emprunte Fragments de Marilyn Monroe. Des bouts de texte, des poèmes qu'elle écrivait sur des carnets, des cahiers, des feuilles à entête des grands hôtels où elle logeait. Textes inachevés qui souvent racontent, interrogent, creusent son état psychologique fragile. Son manque de confiance. Je ne suis pas une fan de Marilyn, d'ailleurs je ne suis fan de personne car je ne sacralise pas. Des humains, tous des humains et parfois des actes héroïques ou pas. Parfois des destinées singulières ou pas. Et si parfois je l'ai appréciée dans des film comme les Misfits de John Huston, il y a eu aussi des films où je détestais ce qu'on l'obligeait à faire. A être. Avec du vrai malaise face aux qualificatifs qui la décrivaient : hyper sexuée, sexe symbole, femme fatale, summum de la féminité, etc.  Elle fut surtout un objet de conquête permettant à certains hommes de pavaner devant d'autres hommes : moi, je l'ai eu dans mon lit (quitte à la dénigrer ensuite comme le fit Yves Montand). Sans oublier qu'elle a permis à de nombreux hommes de gagner beaucoup d'argent. Bien sûr, on peut dire qu'elle était consentant, mais jusqu'à quel point ? Car on connait bien sa fragilité psychologique. Malaise, encore, quand je lis dans le recueil, sa lettre adressée en 1961 au Dr Greenson, un an avant sa mort. Elle raconte un épisode vécu à la clinique Payne Whitney, alors qu'elle est enfermée dans le service psychiatrique (portes closes et barreaux aux fenêtres) : " Je n'ai de nouveau pas dormi de la nuit. j'ai oublié de vous dire quelque chose hier. Quand on m'a mise dans la première chambre, au sixième étage, on ne m'a pas dit que c'était une section psychiatrique (...) L'infirmière est entrée, après que le docteur, un psychiatre, m'eut fait un examen physique, y compris des seins pour voir si je n'avais pas de grosseur mammaire. J'ai protesté, sans violence, en expliquant que le médecin qui m'avait fait entrer, avait déjà fait un check-up complet." J'ai beau tourner cela dans tous les sens, je ne vois pas l'urgence à palper les seins de Marilyn alors qu'on est psychiatre et que votre patiente est dans un état mental inquiétant. Enfin, si, malheureusement, je vois bien où était l'urgence. Je referme le livre. Effroi.

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Six journées à trimballer livres, appareils photos, papier, crayons, lumières ... dans la prison, Benoit de Carpentier, photographe, et moi. Six journées à franchir les sas, les portes, les portiques, les escaliers ... à montrer notre carte d'identité, à enlever la montre, la bague, les clés, les chaussures pour pas que ça sonne au détecteur. Et ça sonne quand même et le soir découdre le soutien-gorge pour enlever les baleines en fer. Rappeler plusieurs fois à l'un ou l'une surveillante qu'on vient pour l'atelier organisé par Stimultania. Chaque jour se dire qu'on fera avec ce qui est, sans se laisser envahir par la colère ou le désarroi. Découvrir que sur les deux salles réservées, une seule est disponible, alors improviser un labo photo et un atelier d'écriture dans moins de vingt mètres carrés avec une quinzaine de personnes. Lire un texte à voix haute dans le bruit continue du tuyau de la chaufferie. Se casser le dos, se vriller le cerveau et  rire de ce que l'on a osé proposer aux participants-détenus dans l'espace restreint de l'atelier. Et qu'ils ont bien ri aussi. Et toujours  l'émotion s'invite (la vie... tout simplement la vie) car certains textes en disent long à travers leurs mots qui plient la langue française à leur vouloir dire, comme écrivait le poète Aimé Césaire. Et le dernier après-midi se retrouver dans le gymnase assis en rond sur le grand tapis emprunté au culte musulman autour de Fernand le gitan qui nous chante avec sa voix de ténor un chant qui convoque un humble moineau. Tous ensemble, oublieux du lieu ... et incroyable surgissement de la réalité, un moineau volète au-dessus. Il nous survole même pas effrayé. A ce moment-là, nous tous, malgré le dur des vies qui se retrouvent ici, nous tous, nous étions heureux. Photo©BenoitdeCarpentier

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Il est des villes comme des rencontres amoureuses, parfois il y a coup de foudre. Sentiment inexplicable mais tangible. Physique. C'est là et on ne peut pas lutter contre. De retour du Haut Adige et des Dolomites, j'ai traversé la ville de Gênes. Je n'en savais pas  grand chose hormis l'effondrement tragique du Viaduc Morandi en 2018. Je traverse la ville et je suis saisie. Prolifération d'immeubles (assez similaires au premier coup d’œil) singularité de la répétition de stores du même vert foncé. Une urbanisation qui donne à la fois un sentiment d'ordre et de chaos. Je traverse la ville et mes yeux sont happés, fascinés. Où est le centre ? Comment appréhender cette ville séduisante et inquiétante à la fois. Je m'imagine la conquérir à pied malgré son immensité, ses entrelacements de montées, d'escaliers, de recoins. J'hésite à m'y arrêter de suite car il fait très chaud. Lourd. L'air semble chargé de sable. Je voudrais me baigner, je longe la ville par sa côte plus de 40km de long, mais je n'arrive pas à trouver un endroit où me poser. Les plages privatisées où il faut louer transat et parasol me découragent. Trop de monde Trop de bruits. J'abandonne et repars dans l'autre sens, les avenues sont larges, ça circule bien. Je n'ai pas encore la bonne énergie pour rencontrer cette ville. Je reviendrai. Direction Sanremo et la frontière française. Mes yeux enregistrent, happent les dégradés d'ocre, les villas cossues et les maisons lépreuses, l'étonnant du port. Oui je reviendrai et Gênes viendra se déployer dans le texte que j'ai repris :  Jusqu'où la ville ? Une évocation fragmentée et très subjective de Lyon, Marseille, Saint-Nazaire, Berlin et maintenant Gênes. Le livre de Benoit Vincent : GEnove, villes épuisées publié au Nouvel Attila sera mon guide. Oui y retourner et peut-être que soufflera la Maccaja, ce vent où se mêlent chaleur et humidité. Peut-être. Mon excitation est joyeuse et créative.

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Membre fantôme. C'est ainsi qu'on nomme le membre amputé qui reste présent de manière sensible, nerveuse dans le corps jusqu'à provoquer des douleurs. J'ai découvert qu'un corps social pouvait ressentir un membre fantôme. Comme femme je l'ai identifié petit à petit. Rien à voir en tout cas avec la présupposée frustration féminine quant à l'absence de pénis entre ses jambes. Surtout depuis que j'ai appris que je possédais également un bel et grand organe intérieur. En fait depuis l'enfance, j'ai été amputée d'une part de l'histoire, de l'héritage des femmes, réduites à celle de mères, épouses et autres seconds rôles. Il y a eu quelques exceptions comme les figures de Georges Sand ou Marie Curie qui servaient de paravent puisque l'exception confirme la règle. Et j'ai cru ceux, parfois des hommes de savoir, qui prétendaient que les femmes n'avaient jamais produit de grandes œuvres car tenues à l'écart de ces activités. Depuis quelques années des femmes chercheuses, historiennes, sociologues, artistes... déterrent le nom et l'histoire de nombre de femmes qui en d'autres temps se sont appropriées les arts, les sciences, le travail sans qu'on veuille en garder trace. Heureusement mes sœurs fantômes retrouvent voix au chapitres et me rendent ainsi l’entièreté de mon corps. Très récemment ce fut avec le film de Céline Sciamma, Portrait de la jeune fille en feu, où on voit des femmes faire ou tenter de faire œuvre. Avec cette séquence éloquente où trois femmes décident en plein 18ème siècle de peindre un avortement (Ce tableau a peut-être existé). Puis il y a eu un passage du Livre Sorcières de Mona Chollet où elle nous invite à ne  plus dire qu'au Moyen-Age on brûlait des sorcières mais qu'on brûlait bel et bien des femmes. L'importance des mots, du choix des mot. Une simple phrase qui remet l'histoire à l'endroit et depuis je comprends mieux ce qui a été perpétré à l'encontre de femmes qui avaient pour certaines du pouvoir ou un pouvoir. J'ai vécu longtemps dans l'ignorance. Et maintenant, je m'interroge sur cette volonté de réduire la place des femmes. Parfois même de les effacer du tableau. Un effacement qui récemment s'exprimer dans une forte réticence à féminiser certains noms de métier. Au nom de quoi exactement ? Pour quoi exactement ? Je repense aux militantes des années 70 qui scandaient : Mon corps m'appartient ! Et nous pouvons ajouter maintenant : encore fallait-il qu'il fusse entier...

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Les cimetières comme lieu de promenade, d'inspiration. Petite déjà c'était un espac de liberté pour moi. Ma mère frottait la pierre, changeait les fleurs et moi je courais sans surveillance entre les stèles. Dans chaque allée une découverte : les poèmes tendres et kitsch gravés dans le marbre, une sculpture originale - sûrement un artiste,  des prénoms qui convoquent la fin du 19ème et le début du 20ème siècle : Augustine, Abel , Léontine, Aimé, Étiennette, Modeste, Paulette ... Les tombes des grandes familles qui en imposent jusque dans la mort ou encore ceux qui précisent les métiers : égyptologue, archéologue,musicien. Des médailles et titres honorifiques. Des traces de franc-maçonnerie. Parfois une stèle où la date du décès est la seule information,  rappellant l'anonymat de certaines morts. J'avance au hasard, m’arrête ici ou là, et parfois l'émotion des vies qui se comptent en jours : A mon petit Bonhomme. Dans les cimetières, je pense à la vie, je me sens en vie.  Formidable réservoir à histoires. Au cimetière de Loyasse dans les hauteurs de Lyon, la vue sur la ville y est superbe. L'ambiance sereine. Beaucoup d'oiseaux. Et on y trouve toujours de l'eau potable et des toilettes. Parfois on s'étonne d'un nom suivi d'une date de naissance mais celle de la mort reste en suspend. Ces personnes viennent-elles parfois sur leur propre tombe ? Apprivoiser leur mort ? Il y a aussi les prêtres qui ont droit à un carré aménagé grâce aux subsides d'une riche famille lyonnaise. Que des hommes (j'ai pu poser un caillou sur la tombe de  Luc Moreau qui fut aumônier à la prison et militant de l’Observatoire International des Prisons, l'OIP. Nous étions amis.) Les sœurs, les nonnes sont regroupées dans des tombes communes, et cette inscription sur l'une d'elle :  Servantes du Saint Sacrement. Les servantes de l’église. Ce qui nous confirme le peu charitable sexisme de l'Institution. Observer discrètement aussi ceux qui viennent entretenir les tombes, des femmes le plus souvent. Femmes au service. Et ce jour-là un enterrement avec en musique de fond du rap écouté fort par les ouvriers du chantier d'à côté. Et enfin cette photo sur une stèle aux inscriptions illisibles. Ce beau gars qu'on croirait sorti du film Querelle de Fassbinder. Une gueule d'amour. Un homme sans nom, sans dates, sans épitaphe et qui vient exister un bref moment sur ce blog. Tout un monde à quelques pas de la basilique de Fourvière. Je m'y promène comme dans un livre d'histoire.

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C'était après les cinq jours de formation, ceux sur les outils de l'atelier d'écriture, que j'aime tant animer. Mais de la fatigue tout de même, le dernier jour et sur le lit en rentrant, de suite je me suis étendue, perdue, oubliée. Puis le réveil, subitement, vers minuit, plus envie de dormir et le besoin d'aller marcher. De me dégourdir les jambes. Je suis partie de la gare Saint Paul dans le vieux Lyon jusqu'à l'Institut Lumière quartier Monplaisir. Et la lumière était partout. Des belles lumières et aussi des moches, des inutiles qui éclairaient des vitrines sans intérêt, des entrées sans mystères, des monuments sans vie. J'ai ri de moi car je m'obstine à éteindre toutes les pièces non occupées de mon appartement. Écologie de bonne conscience. Mais Lyon se veut éclairée, dépensière et lumineuse. Pas d'interrupteur. J'ai marché encore. La nuit était aussi ivresse. Dans les rues, sur les terrasses, les quais, les pelouses, ça buvait. Beaucoup. Puis ça titubait sur les vélos, les trottinettes, les bords de fleuve, les bouts de trottoirs. Rue de la Guillotière, j'ai vu une belle et grande femme noire virer de son bar un autre homme noir bien plus petit qu'elle. Il a bégayé : Mais tu vas pas me taper quand même, et elle lui a flanqué une sacrée claque sur l'épaule. Il est reparti piteux et vacillant sous les éclairages publiques. Toujours pas d'interrupteur. Je marchais engrangeant des instantanées de vie nocturne, moi qui ai souvent vacillé aussi dans les rues de Lyon. Rue des Frères Lumière, l'ambiance était plus calme mais toujours autant d'ampoules, de néons et de leds allumés, même derrière les grilles où un mannequin exposait son cuir. Pour qui ?  Pourquoi ? Photographier. Noter. Certains soirs traverser la ville comme un long travelling jusqu'à ce que l'écriture s'impose. Arrêt sur image. Alors il est temps de rentrer chez soi.

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Lire. Tout un dimanche. Après une semaine chargée en trajets, rencontres, animations et aussi une gastroscopie. Examen où il m'a été dit plusieurs fois que ce n'était rien. Rien d'avaler une caméra qu'on vous fait glisser par le nez. Rien d'avaler une pâte anesthésiante, rien de respirer un spray également anesthésiant, rien de se laisser gonfler et inspecter l'estomac, rien de ne pouvoir déglutir. Rien de vous laisser seule ensuite sur un  brancard après vous avoir conseillé de ne rien boire, rien manger dans l'heure qui suit au risque de vous étouffer. Au revoir et n'oubliez pas de passer au secrétariat. Gestes intrusifs donc rien. Examens nécessaires mais quelques mots pour souligner que oui ce n'est pas rien, auraient suffi. Retour en voiture Lyon - Saint Claude. Je m'arrête vingt minutes avant d'arriver à destination. Épuisée. Je m'endors sur la banquette arrière pendant une heure. Rien ! Alors ce dimanche de pluie et surtout sans contraintes, je laisse l'ordinateur fermé et passe ma journée au lit ou presque. Lecture. Il pleut. Plusieurs livres ouverts et  entrouverts et ce sont les Neiges du Kilimandjaro d'Hemingway qui m'embarquent. Quelques nouvelles qui m'entrainent en des lieux qui me sont et me resteront définitivement étrangers  : chasse au lion, safari sous tente avec boissons presque fraiches, toréadors de seconde zone, boys et memsahib, buffets de gare comme il n'en existe plus. Et  des personnages féminins, un peu lointaines qui parlent au nom de toutes les femmes. Autre époque. Je tourne et me retourne dans les draps. Changer de position. Toute une journée au lit se peut être fatigant. Se lever pour se dégourdir. Un café. Une pomme. Retour dans le lit. J'écris vaguement quelque chose dans mon carnet. Puis Hemingway se saisit à nouveau de moi. Les taies d'oreillers tantôt bien raides dans le dos, tantôt pliées et repliées sous la tête. Livre en version poche aux pages jaunies, odeur désagréable (Rien à faire, pour moi les livres sentent la chimie donc aucune nostalgie par rapport à l'odeur du papier). La nuit s'installe. J'écoute le Masque et la Plume cinéma. Leur mauvaise fois me fait rire. Je n'écoute jamais les dimanches dédiés à la littérature car là je ne ris plus . Demain je me lèverai tôt.

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L'importance des mots pendant la propagande. Car c'est bien cela qu'ils et elles font sur les ondes des radios, dans les journaux... les professionnels du politique. Faire passer le discours. Mais parfois, à les écouter attentivement, on distingue ce qu'ils ont vraiment en tête. Celui là est invité sur France Inter, Guillaume Larrivé, député de l'Yonne et secrétaire délégué des Républicains. Quelques jours après les échauffourées à Paris, il n'a de mots trop forts pour analyser la situation, des mots sans concession : émeute, saccage, incompétence, guérilla urbaine, changement de braquet, démission, groupuscule, cyber infiltration, etc. Il discoure longuement là-dessus, va jusqu'à dire que  ces violences arrangent le gouvernement. Il est intarissable. Quand la journaliste évoque les 45 000 mille manifestants réunis pour le Climat, il souffle et prend une voix un tantinet méprisante. Il n'a pas manifesté même s'il trouve que c'est sympathique comme démarche mais ses responsabilités l’appelaient ailleurs. Et de toute façon, ajoute-t-il, cela ne changera pas grand chose au Schmilblick.  Puis il se débrouille pour passer à autre sujet. Son attitude est très révélatrice : la violence mérite qu'on s'y attarde, qu'on la questionne, qu'on en fasse un sujet alors qu'une mobilisation pacifiste cela n'a pas plus d'intérêt qu'un jeu télévisé. Faudra-t-il, alors, que les milliers de manifestants pour le climat s'habillent de noir, cassent des vitrines et viennent se frotter aux policiers, aux militaires et autres gardiens de la paix, pour qu'un politique s'y intéresse un tant soit peu ? Apparemment le schmilblick a besoin d'être sérieusement secoué pour qu'il devienne sujet. Un sujet d'intérêt. # photo du spectacle : " Et tous ensemble nous avancerons seuls" mis en scène par Nicolas Ramond.

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1 - La forme d'une ville, Lyon -  1982. Je ne veux pas vivre à Lyon mais j'y suis plus ou moins contrainte. Je ne veux pas de cette ville bourgeoise, franc-maçonne, envahie par le brouillard et qui ne semble posséder qu'une seule voie, éternellement dédiée aux embouteillages : le tunnel de Fourvière. La ville est livrée au gang des lyonnais et à la quenelle, c'est ce qui se dit à Paris où je vis. Des connaissances me suggèrent de chercher à la Croix-Rousse, sur les pentes. Et je trouve très vite un immense appartement rue des Tables Claudiennes, au-dessus des Clochards Célestes, lieu qui existe toujours. Parquet au sol, fenêtres immenses, moulures au plafond. Pas de salle de bain mais 120 mètres carrés pour l'équivalent de 100 euros par mois, je ne fais pas la fine bouche. Radiateurs à bain d'huile dans toutes les pièces, le compteur tourne, on s'en fout, on a trafiqué le compteur EDF. Les gestes écologiques se limitent à apposer un Nucléaire Non Merci sur le capot de nos vieilles caisses qui distribuent de la particule avec générosité. Le stationnement est gratuit un peu partout. Les pentes sont le repère des mouvements libertaires, leur journal IRL s'imprime rue Burdeau mais je lis religieusement Libération. Le restaurant alternatif les Tables Rabattues va prendre pour nom l'Opéra Bouffe.  On y mange pour pas cher et on y croise des potes, des artistes, des militants et militantes de gauche. François Mitterrand est encore l'icône de mes espoirs même si j'ai trouvé ridicule L'Homme à la rose chanté par Barbara. En quelques semaines, j'appartiens à un réseau dynamique et joyeux. On s'interpelle d'une fenêtre à l'autre. Mimmo et Gemma sont un bout d'Italie à eux deux. J'aime les entendre parler, m'expliquer avec un bel accent que les pentes ce n'est pas le plateau. J'oublie Paris. Aux Clochards Célestes, l'Arfi joue des musiques déconcertantes pour la très jeune femme que je suis. Lyon commence le lifting de ses façades et je découvre que ledit brouillard est un poncif entretenu par la rumeur et les écrits de Stendhal. Par contre Francisque Collomb est bel et bien un maire fade et sans ampleur qui rejoindra Bruno Mégret quand Michel Noir prendra la mairie. En quelques semaines, je me sens habitante de ce village où on monte ou descend tout le temps... et il arrive même de descendre des montées. Quant à Mimmo il est resté fidèle à sa Croix-Rousse qu'il nous donne à voir sur le site des Ateliers de Création libertaire,  ici

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Soleil de février comme un sourire qui enrobe toute la ville. Levée tôt, je me laisse faire par cette promesse de retour du printemps. Je n'écoute pas les commentaires pessimistes : pas normal, trop tôt dans la saison, dérèglement climatique... Ma seule certitude : ce soleil du dimanche illumine les habitants et les façades, réveille les plantes et déjà ça miaule derrière les bosquets. De retour dans l'appartement, je tire le rideau sur la fenêtre, chambre éclairée comme un jour d'été. Allongée sur le lit me reviennent les rencontres de la semaine passée et toutes les langues partagées, entendues, écrites : pachto, arabe dialectal marocain, roumain, portugais, italien, farsi, bambara, italien... et l'anglais comme langue commune. Un anglais pauvre mais très utile. Des prénoms, des visages, des histoires de migrations. Cette après-midi, je me repasse le film de ma dernière semaine de résidence à la Maison de la poésie du Jura ... et les mots d'Omer, lycéen de 16 ans venu écrire samedi matin et qui s'étonne, à prendre des notes sur Saint-Claude : Je ne l'avais jamais vue comme ça ma ville. Saint Claude que de jeunes migrants afghans ont surnommé San-Close parce que parfois l'étroit des rues ne sied pas toujours à l'envie d'ailleurs, au besoin de sentir le sang couler vite dans ses veines. Je pense à cela sur mon lit refuge, dehors les voix des promeneurs, des passants et des passantes. Je me sens ailleurs mais pas éloignée. Le rideau rouge est une belle  invitation à la rêverie. Je retrouve cette langueur de  l'adolescence où je trainais sur mon lit à Amnéville. Pas de smartphones, pas d'écrans, pas d'alertes ... Juste cet apprentissage du vivre avec soi et quand l'ennui était trop prégnant : la main cherchait un livre. Un gros livre de préférence pour que ça dure. Aujourd'hui ma main cherche quoi ? 

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