[le site de Fabienne Swiatly ]

Le métallisé des eaux profondes, le bleu glacé des torrents.

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D'abord le travail en atelier que j'aime mener avec la comédienne Anne de Boissy au NTH8 - Un thème : chaussures, et le groupe que l'on embarque  dans un va-et-vient entre table d'écriture et mise en voix, en jeu. Ne pas laisser  le temps à la routine, aux clichés, aux habitudes de s'installer. dans les textes et les corps. On remet en jeu tout le temps - justement. Et cela fonctionne bien. C'est étonnant. Juste. Le week-end passe vite. Trop vite. On aimerait une journée encore pour approfondir. L'étrange surgit plus tard. D'abord la neige qui nous entoure, alors que le printemps ... puis ce livre que je prête à Anne, Hécatombes de Cécile Philippe et mes paroles : c'est une écrivain lyonnaise que j'aime bien... mais je ne sais pas ce qu'elle est devenue. Le soir même un ami m'apprend qu'elle est morte. Enterrement, il y a quinze jours. Personne ou si peu de présence pendant la cérémonie. Elle était écrivain et journaliste culturelle sur France 3 Rhône-Alpes, il y a quelques années. Elle n'était pas seule alors, entourée de ceux qui parlent avec du miel dans la voix quand vous leur ouvrez la porte des médias. Elle a tourné un documentaire sur  Louis Calaferte dont je me souviens, elle le connaissait bien. Ses cheveux coupés ras qui étonnaient à l'écran. Sa voix rauque et ses choix culturels affirmés - elle impressionnait. Elle n'était pas seule ou du moins entourée. Elle est morte. Je l'apprends dans la sécheresse d'un coup de fil malgré la voix tremblante de l'ami, Frédérick Houdaer qui donnait parfois des nouvelles d'elle sur son site.  Et je m'étonne du hasard qui m'a fait exhumer ce matin, Hécatombes, de mes piles de livres en désordre qui encombrent mon couloir. 

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Tinqueux- architecture de ville nouvelle qui vient s'adosser à Reims. Habitations plus qu'habitants. Longueurs de rues qui ne parviennent pas à se définir un centre. Rond-points qui malgré l'arrondi  prolongent la ligne droite. Dans la trouée d'un ensemble d'immeubles, les deux tours de la cathédrale. Déjà la gare Champagne-Ardennes qui donnait l'impression de s'arrêter en plein champs et c'était vrai. Le ciel qui prend toute sans ampleur dans la plaine puis la surprise d'une remontée de vignes. Etrange sensation que de se retrouver en un tel lieu. Et pourtant le Centre culturel qui offre d'abord un public d'enfants : c'est déjà bien d'écrire de la poésie. Puis le soir, ceux qui semblent venir de nulle part tant la géographie des lieux restent un mystère pour moi, et qui écoutent, interrogent ce que je suis venir lire avec le peu de voix qui me reste. Stimmlos encore une fois et pourtant bien là. Et l'on m'a invitée à écrire pour un joyeux et vital manifeste : le droit à être dans la lune !

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Le papier résiste au livre. La page se courbe et c'est beau mais cela ne peut passer à la machine. Alors le texte patiente et la feuille rend l'eau sous la presse. La photo est belle, l'ensemble comme une sculpture et l'on voudrait presque garder la forme. En rester là. Le texte vivrait ailleurs. Finira bien par rendre le jus, ce papier, et le texte pourra s'imprimer en un gris mesuré. Livre d'artiste qui se vit dans la précision de la matière. Livre précieux qui m'impressionne moi qui trimballe le corné, le plié, le taché de mes textes dans le sac à main. Livres lus et relus pendant les rencontres et les ateliers. Livres rompus. Et celui-là qu'il faudra prendre avec des gants et peut-être agrandir le sac à main pour acceuillir le bel objet. 

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La couverture d'un livre qui me fascine : Francis Bacon photographié au milieu d'un fatras de papiers, pinceaux, de pots de peinture, outils... son atelier. Le livre nous explique le travail de l'artiste  en analysant les objets et les strates du lieu, comme lorsqu'on découvre des ruines romaines. D'ailleurs des archéologues, on participé au transfert de l'atelier londonien à la Hugh Lane Gallery à Dublin. Je connais mal le travail de Bacon, mais entrer dans l'intime de son oeuvre par l'atelier me rassure. Parfois les grands qui jalonnent notre mémoire culturelle, m'effraient. Je n'ai pas appris à côtoyer ces univers. Je m'y perds très vite. Je viens d'une famille sans culture ou plutôt sans désir. Mes parents ne lisaient pas, ne jardinaient pas, ne cuisinaient pas, n'invitaient jamais d'amis. Ils haussaient les épaules et me laissaient seule face au monde. D'ailleurs ce geste de hausser les épaules apparait plusieurs fois dans mes textes. Heureusement j'ai puisé dans leur indifférence au monde, une curiosité insatiable. Mais j'ai besoin d'une émotion concrète pour m'attacher au travail d'un créateur au risque, sinon, de m'égarer. Je manque de repères. D'où mon intérêt pour l'atelier, le chantier, le carnet, les épreuves, la correspondance. J'apprivoise la démarche et  peux porter un regard sensible sur le travail fini. Désacraliser. Retrouver l'humain qui s'exprime dans la création.  Y trouver ma place.  Francis Bacon : L'atelier - Margarita Cappock, ed. La bibliothèque des arts. 

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Ma petite résidence à Givors prend fin - Restitution des textes par la Cie Locus Solus, le 27 mars à  la médiathèque (11h pour être précise). Textes qui interrogent le rapport à la langue française, au langage. Jeunes, moins jeunes et étrangers qui ont accepté de dire ou écrire, ce qui fait une langue - maintenant. A lire ici. Givors,  ville qui s'étire le long du Rhône et qui à la particularité d'avoir deux arrêts de gare, Givors-ville, Givors Canal, ce dernier arrêt a toujours beaucoup fait sourire les lyonnais (sans que j'en comprenne le sens exact).  Ville qui ne fait pas rêver, mais qui abrite des gens heureux d'être là (je souligne, car il est des villes et des banlieues qui ne sont pas des bannissement, justement). Certains participants me l'on dit ou écrit. Une ville à qui il manque un centre, même si le marché  réunit, entre hôtel de ville et médiathèque, sa population métissée, deux fois par semaine. Une ville singulière avec sa Maison du fleuve Rhône et sa rue Malik Oussekine, étudiant tué par des policiers (condammnés pour ces faits) lors d'une manifestation contre la loi Devaquet en 1986. Toutes les villes ne commémorent pas cette bavure. Givors et sa Cité des étoiles bâtie par l'architecte Jean Renaudie, assemblage étrange et sympathique de logements, de commerces, un théâtre, une médiathèque qui assume les angles aigus et le béton. Givors la ville du Rhône, la ville du canal. La ville qui reçoit une écrivain. 

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