[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

DSC 2199 chant Fernand BD

Six journées à trimballer livres, appareils photos, papier, crayons, lumières ... dans la prison, Benoit de Carpentier, photographe, et moi. Six journées à franchir les sas, les portes, les portiques, les escaliers ... à montrer notre carte d'identité, à enlever la montre, la bague, les clés, les chaussures pour pas que ça sonne au détecteur. Et ça sonne quand même et le soir découdre le soutien-gorge pour enlever les baleines en fer. Rappeler plusieurs fois à l'un ou l'une surveillante qu'on vient pour l'atelier organisé par Stimultania. Chaque jour se dire qu'on fera avec ce qui est, sans se laisser envahir par la colère ou le désarroi. Découvrir que sur les deux salles réservées, une seule est disponible, alors improviser un labo photo et un atelier d'écriture dans moins de vingt mètres carrés avec une quinzaine de personnes. Lire un texte à voix haute dans le bruit continue du tuyau de la chaufferie. Se casser le dos, se vriller le cerveau et  rire de ce que l'on a osé proposer aux participants-détenus dans l'espace restreint de l'atelier. Et qu'ils ont bien ri aussi. Et toujours  l'émotion s'invite (la vie... tout simplement la vie) car certains textes en disent long à travers leurs mots qui plient la langue française à leur vouloir dire, comme écrivait le poète Aimé Césaire. Et le dernier après-midi se retrouver dans le gymnase assis en rond sur le grand tapis emprunté au culte musulman autour de Fernand le gitan qui nous chante avec sa voix de ténor un chant qui convoque un humble moineau. Tous ensemble, oublieux du lieu ... et incroyable surgissement de la réalité, un moineau volète au-dessus. Il nous survole même pas effrayé. A ce moment-là, nous tous, malgré le dur des vies qui se retrouvent ici, nous tous, nous étions heureux. Photo©BenoitdeCarpentier