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La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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C'était après les cinq jours de formation, ceux sur les outils de l'atelier d'écriture, que j'aime tant animer. Mais de la fatigue tout de même, le dernier jour et sur le lit en rentrant, de suite je me suis étendue, perdue, oubliée. Puis le réveil, subitement, vers minuit, plus envie de dormir et le besoin d'aller marcher. De me dégourdir les jambes. Je suis partie de la gare Saint Paul dans le vieux Lyon jusqu'à l'Institut Lumière quartier Monplaisir. Et la lumière était partout. Des belles lumières et aussi des moches, des inutiles qui éclairaient des vitrines sans intérêt, des entrées sans mystères, des monuments sans vie. J'ai ri de moi car je m'obstine à éteindre toutes les pièces non occupées de mon appartement. Écologie de bonne conscience. Mais Lyon se veut éclairée, dépensière et lumineuse. Pas d'interrupteur. J'ai marché encore. La nuit était aussi ivresse. Dans les rues, sur les terrasses, les quais, les pelouses, ça buvait. Beaucoup. Puis ça titubait sur les vélos, les trottinettes, les bords de fleuve, les bouts de trottoirs. Rue de la Guillotière, j'ai vu une belle et grande femme noire virer de son bar un autre homme noir bien plus petit qu'elle. Il a bégayé : Mais tu vas pas me taper quand même, et elle lui a flanqué une sacrée claque sur l'épaule. Il est reparti piteux et vacillant sous les éclairages publiques. Toujours pas d'interrupteur. Je marchais engrangeant des instantanées de vie nocturne, moi qui ai souvent vacillé aussi dans les rues de Lyon. Rue des Frères Lumière, l'ambiance était plus calme mais toujours autant d'ampoules, de néons et de leds allumés, même derrière les grilles où un mannequin exposait son cuir. Pour qui ?  Pourquoi ? Photographier. Noter. Certains soirs traverser la ville comme un long travelling jusqu'à ce que l'écriture s'impose. Arrêt sur image. Alors il est temps de rentrer chez soi.