[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est le bleu changeant du ciel comme une fiction.

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Soleil de février comme un sourire qui enrobe toute la ville. Levée tôt, je me laisse faire par cette promesse de retour du printemps. Je n'écoute pas les commentaires pessimistes : pas normal, trop tôt dans la saison, dérèglement climatique... Ma seule certitude : ce soleil du dimanche illumine les habitants et les façades, réveille les plantes et déjà ça miaule derrière les bosquets. De retour dans l'appartement, je tire le rideau sur la fenêtre, chambre éclairée comme un jour d'été. Allongée sur le lit me reviennent les rencontres de la semaine passée et toutes les langues partagées, entendues, écrites : pachto, arabe dialectal marocain, roumain, portugais, italien, farsi, bambara, italien... et l'anglais comme langue commune. Un anglais pauvre mais très utile. Des prénoms, des visages, des histoires de migrations. Cette après-midi, je me repasse le film de ma dernière semaine de résidence à la Maison de la poésie du Jura ... et les mots d'Omer, lycéen de 16 ans venu écrire samedi matin et qui s'étonne, à prendre des notes sur Saint-Claude : Je ne l'avais jamais vue comme ça ma ville. Saint Claude que de jeunes migrants afghans ont surnommé San-Close parce que parfois l'étroit des rues ne sied pas toujours à l'envie d'ailleurs, au besoin de sentir le sang couler vite dans ses veines. Je pense à cela sur mon lit refuge, dehors les voix des promeneurs, des passants et des passantes. Je me sens ailleurs mais pas éloignée. Le rideau rouge est une belle  invitation à la rêverie. Je retrouve cette langueur de  l'adolescence où je trainais sur mon lit à Amnéville. Pas de smartphones, pas d'écrans, pas d'alertes ... Juste cet apprentissage du vivre avec soi et quand l'ennui était trop prégnant : la main cherchait un livre. Un gros livre de préférence pour que ça dure. Aujourd'hui ma main cherche quoi ?