[le site de Fabienne Swiatly ]

Le fond d'écran de l’ordinateur qui aspire.

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Après un long moment d'écriture, balade dans la campagne aux alentours. Fesses molles, dos vrillé, se tenir loin de l'écran. A cette heure de l'après-midi où il fait presque nuit, je marche vite. Il fait frais. Je pense à celle qui nous a quittés, il y a quelques jours, Françoise Héritier et même si je ne la connaissais pas personnellement, j'ai envie d'écrire : celle qui m'a quittée. Pas toujours besoin des corps pour se sentir proche. J'avance. Le souffle des chevaux me surprend avant même d'apercevoir leur silhouette. Sur le chemin me reviennent le nom, les visages, les histoires d'autres femmes qui m'ont quittée, pas des sœurs, pas des mères mais d’irremplaçables compagnes de route. Celles dont les écrits, les propos et aussi l'art de vivre m'ont aidée à exister, j'allais écrire à m'inventer. Je murmure leurs noms sur le chemin où je suis seule : Thérèse Clerc, Hannah Arendt, Anne Dufourmantel, Marguerite Duras, Susan Sontag, Jeanne Moreau, Christine Daure-Serfaty... Je marche avec mon chagrin mais, pas un chagrin qui engloutit les forces, bien au contraire. Elles sont  présences, là tout de suite, sur le chemin boueux qui contourne les champs. Je marche, personne ne sait que je suis là, et c'est un grisant sentiment de liberté. Dans le taillis noir, arbres sans feuilles, quelques cris d'oiseaux dont je ne saurais dire si ce sont ceux du jour ou de la nuit