[le site de Fabienne Swiatly ]

L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

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J'ai le tremblement du doute qui rend l'écriture prétentieuse. A vouloir la tenir droite, elle s'épanche. Elle cherche à plaire. Elle devient vaine - elle se regarde péniblement écrire - Alors il faudrait s'en débarrasser ou plus simplement oser ce que suggère le très beau passage du texte d'Annie Zadek dans Vivant :

"Il faut arrêter d'écrire. Il faut agir. Fendre du bois.
Il faut travailler de ses mains,
faire sa chambre, allumer son poêle (...)
Je n'ai rien écrit aujourd'hui.
Je n'écrirai rien demain.
Cela semble mauvais mais c'est bien.
Je ne veux plus écrire mais être.
"

En ce qui me concerne, j'aimerais parfois m'en débarrasser. Couper court. Mais tout est dans le parfois. C'est ce chien d'écriture qui me revient. Celui qui s'excite contre ma jambe, la queue frétillante. Petit chien laid parce que je ne l'ai pas choisi et qui contre ma jambe quémande. Le dos rond, les pattes-avant perdues dans l'air mais les deux pattes-arrières bien posées sur le sol. Il sait la bonne posture. Il me veut pour assouvir son plaisir solitaire qui a malheureusement besoin de moi.

Au début, je m'autorise à repousser, doucement, ce chien qui n'est pas le mien même s'il m'a voulue. Léger mouvement de la jambe qui renvoie à distance. Et l'animal se soumet, un instant, à cet éloignement sans me lâcher des yeux. Puis il revient s'agripper à ma jambe, alors je dois oser un peu plus de violence. Et carrément le coup de pied. Et la honte m'envahit car c'est moi le sale objet de son désir - au chien. Je suis celle qui maltraite l'animal. Celle qui a osé le coup de pied. De désavouer son désir à ce tas de poils, me rend douteuse à mon tour.

Alors je me raccroche à l'écriture des autres, jusqu'à l'obsession. Je m'accroche à la jambe des écrivains comme pour ce passage du texte d'Emmanuel Hocquard dans ma Haie que j'ai souvent lu en atelier :

"...Ces poètes-là me font penser aux chiens chinois qui rongent de vieux os tout blancs sur lesquels il n’y a depuis longtemps plus rien à ronger. Mais à force de s’énerver les dents sur eux, ils se blessent les gencives et finissent ainsi par leur trouver du goût. Le goût de leur propre sang."

L'écriture ne me lâche pas.

Dernière mise à jour dimanche 9 novembre du côté des usines ici et une tentative sonore ici.