[le site de Fabienne Swiatly ]

La couleur absente de la Lorraine.

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Il a 14 ans et me dit : nous on a de la chance, on sait tout sur la sexualité. Je m'étonne, il continue, ben ouais avec internet on voit tout. Dans la classe, les autres élèves acquiescent plus ou moins ouvertement. Voir tout. Comme si le sexe était une question du voir et du tout. Et qu'a-t-il vu ? A trois clics près : des pratiques filmées comme elles étaient vraies, des femmes soumises au désir d'hommes désincarnés, des hommes qui bandent à volonté, des femmes violées se transformer en chaudasses comme ils disent, des pratiques zoophiles, scatologiques ... en une absence totale d'imagination. Devant l'écran, il ou elle aura pu se masturber frénétiquement devant des images nombreuses, répétitives et très vite écœurantes. Des scènes éloignées de la réalité sexuelle surtout ainsi disponibles en quantité affligeante. Avec qui ont-ils pu en discuter ensuite ? Que fera-t-il face à une fille qui dit non. Que fera-t-elle face à un homme qui ne parvient pas avoir une érection. Que pourront-ils inventer ensemble les yeux bourrés d'images réductrices malgré leur nombre. Plus d'éducation sexuelle à l'école (ou très rarement), parents silencieux, émissions éducatives absentes... Jeune, j'ai eu accès à des livres pornographiques mais c'était rare et la parole qui circulait entre nous, lycéens, étaient souvent encadrés par des adultes (infirmières, animateurs de groupe de paroles, même le curé du lycée nous parlait de sexualité). On ne peut pas mettre au même niveau l'accès à un livre ou un texte pornographique et cette possibilité de regarder sans fin (j'allais écrire sans faim) du porno dès le plus jeune âge. Il ne s'agit pas de nier la sexualité des enfants ou de s'effaroucher de leurs pratiques masturbatoires, mais le commerce de la pornographique renvoie à des échanges pauvres et majoritairement avilissantes pour les femmes. Après le tout voir, peut-être pourrait-on essayer le : en parler un peu !