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La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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A revenir sur les lieux de son enfance, on finit par croiser des fantômes. Josiane, devant moi, épaules rentrées, sourire difficile, dents abimées et la voix qui hésite : tu me reconnais ? Et je m'étonne de la reconnaitre alors que je l'avais quitté adolescente, première de la classe en primaire et au collège. Élève timide et bosseuse. De ses parents l'on disait qu'ils étaient très stricts et très religieux. Josiane. Son manteau est fatigué et ses yeux évitent mon regard. Elle me parle de mes livres et de sa vie ratée. Plus précisément du fait qu'elle ne soit rien devenue. Ce sont ses mots. Rien. Et il aurait été stupide de rétorquer que l'on devient toujours quelqu'un. Elle sait de quoi elle parle. Tout son corps raconte qu'elle n'a pas réussi à vivre une vie choisie. Je la regarde comme un mirage et une peur rétrospective me saisit, que j'aurais pu moi aussi errer dans Metz à ne pouvoir rien ... je l'avais fait toute une année pendant l'internat. Josiane repart les mains loin dans les poches de son manteau. Le même jour, presque au même endroit, je croise Martine qui elle aussi me demande si je la reconnais. Martine, fille de mes voisins, qui nourrissait les commérages parce qu'à plus de vingt ans elle n'était pas mariée, habitait seule un studio et pratiquait les seins nus sur les plages de la Côte d'Azur. Elle revendiquait son célibat et moi j'admirais son indépendance. D'ailleurs, elle m'a confirmée : tu sais je suis toujours une célibattante ! Pour mes parents l'une était un modèle à suivre et l'autre pas. Il m'a semblé que le hasard voulait me dire quelque chose sur mes propres choix de vie. La vie rêvée de Martine est un livre qui pourrait commencer à s'écrire aujourd'hui.