[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est l'ecchymose, douleur qui s'efface.

bonnet

Ce bonnet que je sors les jours de grand froid et qui, à chaque fois, me fait sourire. C'est un bonnet en laine tricotée main que m'a donné un jeune Afghan à Calais. J'étais partie en 2004, voir sur place la réalité des réfugiés dans cette ville où la côte anglaise se laisse voir certains jours. J'avais pris en photos les vêtements oubliés, jetés par les réfugiés, un peu partout dans la ville. Des vieilles dames leur tricotaient des bonnets. Les  plus jeunes refusaient de les porter. Ils avaient constaté qu'aucun jeune de la ville ne portait un bonnet de la sorte, et qu'ils se feraient remarquer de suite par la police. Ils préféraient les bonnets avec des marques. Comme j'avais froid à la tête, un jeune garçon m'a donné le sien. Il avait le visage mangé par une maladie de peau. Les stigmates des nuits passées dehors sans pouvoir se laver. La gale le plus souvent. Je n'ai pas eu peur de la maladie et j'ai pris le bonnet.  Il a eu un merveilleux sourire. Il ne parlait pratiquement pas français, alors il souriait. Quand, j'enfile le bonnet, je pense à lui, à eux et à tous ces nouveaux aventuriers de la terre. Ceux de l'errance. Je pense à leur courage, à leur obstination. Je souris pour que la vie ne me mette pas toujours à l'étroit.