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Les bleus de l'enfance parce que jouer peut-être dangereux.

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Quartiers sensibles. C'est le terme utilisé par les médias et dans les documents officiels. Sensible, c'est plutôt beau comme mot si on laisse s'exprimer l'émotion plutôt que la douleur. Quartiers sensibles où je vais régulièrement pour les ateliers d'écriture, les photos et le plaisir d'y retrouver des gens que je connais. Quartiers plutôt calmes, mais qui me ramènent à ce gamin qui pour tenir tête à une amie répond qu'il est de la racaille. Il a une dizaine d'années. Qui a pu lui mettre cette idée en tête ?  Un enfant ne s'assimile pas à de la racaille sans raison. Il ne lui reste peut-être que cela pour hausser la voix. Élargir la vision. Et peut-être qu'il a une tête de racaille puisque quelque ministre prétend pour sa défense que lui n'a pas une tête de fraudeur. Ce qui signifie logiquement que certains ont une tête de fraudeur, de voleur, de racaille. Et ils sont quelques uns à nous les montrer du doigt  ces gens-là : chroniqueur de télé, président énervé ou encore un philosophe qui a trouvé urgent de de donner son point de vue à la radio sur la dérive d'une équipe de foot : la faute à la caillera.  Il y avait urgence effectivement, les micros étaient ouverts. Alain Finkielkraut pour le nommer, est un philosophe. Une personne qui grâce aux mots et à la pensée doit nous aider à mieux saisir la complexité du monde. Donc voilà, c'est la France entière qui est en dérive et le mal vient de la banlieue. Oui, il nomme, désigne des territoires très différents avec un seul mot : la banlieue ; ajoute pour notre gouverne, et sa racaille : "l’esprit des cités est en train de dévorer l’esprit de la cité". Bien entendu la racaille est basanée ou noire, comme on veut, mais pas plus claire. Je me demande quel espoir il reste à ce gamin de dix ans si le philosophe l'enferme - à distance - avec quelques mots pauvres dans une banlieue stigmatisée. Prendra-t-il un jour le chemin des banlieues le philosophe ? Il constaterait qu'elle est immense, multiple et sensible. Oui, mais le philosophe est pressé, il doit donner son point de vue sur le foot. Il n'a guère le temps de se rendre dans les quartiers-là et puis trop de racaille. Alors nous avons fait la fête sans lui

©patrickArpino