[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est le bleu changeant du ciel comme une fiction.

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436 détenus transférés de la vieille prison Saint-Paul - Saint-Joseph vers la toute nouvelle prison de Corbas, en banlieue lyonnaise. Du beau, du propre, du sécuritaire. Je connais assez la prison pour savoir que les problèmes de l'enfermement ne se résolvent pas avec du carrelage et du presse-bouton. La vieille prison avait le mérite d'être à portée de train et de métro. Une facilité pour les familles (souvent pauvres) qui viennent parfois de très loin pour visiter un proche.  Avoir un parent en prison coûte très cher à la famille : avocat, transport, argent pour cantiner, frais de justice. Comme s'ils devaient payer également le prix du délit.

Le lendemain du transfert, j'ai pris le métro jusqu'à Perrache, j'ai traversé le tunnel et j'ai retrouvé les deux grandes masses de la prison. J'ai pris des photos. D'abord l'immeuble qui se construit juste à côté - l'immobilier va exploser maintenant que les prisonniers (après les prostituées) ont été éloignés du quartier. Et cela travaillait dur. Les drapeaux qui ornaient les deux entrées ont été rangés (renvoyant au passé le passage sur la prison de mon texte Jusqu'où la ville dont vous pouvez entendre une tentative sonore en cliquant ici).

J'ai tenté de photographier l'absence. Un monsieur m'a parlé du silence qui régnait maintenant dans le quartier. Plus de parloirs sauvages, plus de hurlements des angoissés, plus de cris de colère, plus d'appels d'une cellule à l'autre. Du silence sauf le bruit des voitures de l'autoroute et des  trains de la gare juste à côté. Un bruit moins dérangeant somme toute.

Dans la prison où je suis venue souvent, il n'y avait plus personne. Envie de garder une trace, de faire mémoire même si le lieu était une honte de notre société : saleté, surpeuplement, rats, humidité... J'espère que l'autre prison propose vraiment du mieux. Mais déjà un deuxième lit  prévu dans la cellule individuelle (au cas où). 

Donc j'ai pris en photo la rue, les murs et aussi les yoyos qui traînaient sur le mur extérieur. Ces objets bricolés pour envoyer un message, un bout de shit, des cigarettes d'une cellule à une autre. Parfois du dedans vers le dehors. J'aurais aimé prendre des photos de l'intérieur. Voir ce qui restait comme trace des détenus après ce déménagement qui a duré tout le dimanche (900 personnes mobilisées pour le transfert). Mais tout est clos et sous le contrôle d'une société de surveillance privée. La peur des squatteurs.

Les femmes rejoindront les hommes demain.