[le site de Fabienne Swiatly ]

Le fond d'écran de l’ordinateur qui aspire.

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Cambouis d’Antoine Emaz est un livre qui me porte en un période difficile avec l'écriture. Le sentiment de me traîner derrière les mots. De les supplier de dire. Alors ce livre qui me parle, expression que je n’aime pas utiliser d’habitude, mais comment dire autrement d’un livre qui entre en conversation avec ses questionnements les plus intimes. Un livre écrit sans emphase sur le travail d’écriture poétique.
Le livre ne me quitte pas. Je lis, souligne, relis et me dis : c’est ça oui c’est ça. Peu de livres dans la vie qui me collent ainsi : Le plaisir du texte de Roland Barthes, Ecrire de Marguerite Duras, Plume d’Henri Michaux, Frêle bruit de Michel Leiris,  La chasse à l’amour de Violette Leduc… si tout de même; les titres et les auteurs qui reviennent de suite.

Extraits de Cambouis : un poème, c’est de la langue sur une émotion qui rend muet. Il va contre ce mutisme, il est donc bien un exercice de lucidité, d’élucidation. Par les mots, je retrouve un peu prise sur ce qui oppresse. Par les mots, je me décale, je prends un peu de distance, je ne suis plus complètement dedans. On écrit sans doute moins pour ne plus avoir mal que pour comprendre de quoi on souffre exactement. […]

En simplifiant, on pourrait peut-être dire qu’en vers, il y a une saisie verticale du mot, alors qu’elle est horizontale en prose.  […]
La page reste une sorte de réplique à un choc ; elle travaille ce choc ; elle ne l’explique pas plus qu’elle ne l’efface ; elle pose ce choc, autant que possible.  […]

Pourquoi écrivez-vous ?
Parce qu’il faut.

Cambouis – Antoine Emaz,  Seuil-déplacements, 2009

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L'été du livre à Metz - Vendredi 5 juin. J'attends le chaland au stand 110. J'ai le vain espoir d'y croiser un ou une amie de l'époque où je fréquentais par intermittence le lycée Robert Schuman. Personne. Pour passer le temps je note les attitudes de ceux qui s'arrêtent devant ma pile de livres. D'abord deux collégiens qui collectionnent les autographes (au cas où nous serions ou deviendrions célèbres). Puis régulièrement, des gens passent,  feuillettent mon livre, lisent la quatrième de couv', le reposent et me disent merci. Je réponds de rien, ce qui est l'expression la plus adaptée à la situation. Avant de s'éloigner, il jette un regard plus ou moins discret sur mon visage (vérifier à quoi ressemble une écrivain).
Une dame, la cinquantaine active, se souvient d'avoir lu un article sur mon livre dans le Républicain Lorrain. Me sourit et s'en va. Une femme âgée, habillée très chic mais la bouche pleine de chicots me demandent quand François Koltès sera là. Sa pile de livres jouxte la mienne, il sera présent dimanche. Je donne l'information à la dame qui trouve très embêtant son absence. Derrière moi, un auteur d'héroic fantasy passe énormément de temps à discuter avec des jeunes garçons passionnés. Je ne comprends rien à leur conversation. Sur le stand des auteurs auto-édités, beaucoup de monde.
Les ados feuillettent souvent Boire. La couverture très BD attire leur regard. L'absence de dessins à l'intérieur doit  les décevoir car ils ne l'achètent pas. On me prévient que la lecture d'Une femme allemande aura lieu à la Librairie à 17h30. Il est 15h, je m'ennuie ferme. Quelqu'un me demande ce que je pense du livre de François Koltès. Je donne mon avis sur ce livre que j'ai lu et apprécié, il y a quelques mois. Je précise que je ne suis pas François Koltès. Cela ne fait rire personne. Malgré le whisky et le vin blanc bus avec l'incroyable Jean Favier ce midi (il va me décerner le prix Marianne dans quelques heures), je ne somnole pas. J'écris tout de même : au bout d'une heure, tout écrivain qui ne signe pas un livre, s'affaisse de 10 cm. Je m'interroge sur l'omniprésence des livres de Didier Decoin, presque une table pour lui tout seul. Serait-il mort ? Un homme très bronzé, chemise ouverte sur une croix dorée et un médaillon de la Vierge Marie achète mon livre, mais me prend pour une vendeuse. Une dame me salue, elle ressemble incroyablement à Marguerite Duras. Elle me demande si je suis de la famille d'Alfred Swiatly, avocat à la Chambre de Metz. Pour la cinquième fois aujourd'hui, je réponds non à cette question.
La couverture blanche de la Fosse Ours résiste mal aux nombreux attouchements des visiteurs. Une dame me dit qu'elle aurait volontiers acheté mon livre s'il avait été écrit en allemand. Encore une fois, je dis : non, François Koltès ne viendra pas aujourd'hui. Une suite d'hommes cravatés avancent sous le crépitement des appareils photos. Je suppose l'arrivée du maire et ses adjoints. Yasmina Khadra (parrain du festival) les suis timidement). Un bel homme s'approche de moi, me sourit, lit mon nom sur le présentoir, s'excuse et s'éloigne en rougissant. Quelque chose vient de m'échapper. Jacques Fourès de la librairie Géronimo m'annonce qu'il va être temps de se rendre à la lecture. J'aurais vendu un livre et signé deux autographes (à des collégiens) en presque quatre heures. L'auteur d'héroic fantasy discute avec un nouveau groupe de jeunes. Il a l'air content. 

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Je quitte la ville et à cet instant-là, je ne sais rien en dire. Rien à écrire. Comme après un long voyage à l'étranger. On retrouve le lieu des habitudes, les amis posent des questions et ce que l'on dit est d'une banalité affligeante. Mémoire immédiate qui ne sait pas dire ce qui a été ressenti. Ce qui a été transformé. C'est comme s'il me fallait oublier d'abord pour que les images fortes reviennent. Et ça reviendra. L'écriture s'infiltrera dans les différentes strates de la mémoire.

Je pourrai écrire avec et contre la mémoire. La fiction s'installera en moi et je trouverai les mots justes.  Alors ce soir je range les cartons, je trie les photos, je relis les notes. J'accepte qu'il n'y ait rien de particulier à dire de ces cinq mois passés à Saint-Claude.  Rien de particulier pour l'instant, seulement ce temps du partir, du quitter. Ce temps où il faut savoir s'abandonner.

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Dans une dizaine de jours, ma résidence dans le Jura se finit. C'est l'heure de préparer l'exposition qui retrace les ateliers. Affiches, dessins, diaporama et le livre donné à chacun des élèves. Derniers moments passés avec les enseignants.  Et déjà la rencontre avec l'auteure retenue pour  2010, Emmanuelle Pireyre, que j'ai eu du plaisir à rencontrer à la Maison de la Poésie.

Travail terminé avec le doute parfois et les petites bourdes qui ternissent un peu le plaisir, des noms d'élèves oubliés ou un diaporama qui rechigne à fonctionner sur certains ordinateurs. On court après le temps et quelque chose finit par échapper. Mais le plaisir aussi, le livre qui fait sens, les enfants qui disent vouloir être écrivain plus tard (qu'ils ne lisent surtout pas la fin de ce texte),   la jeune fille croisée dans Saint-Claude qui prend le temps de se rapprocher malgré son air timide. Je ne me souvenais plus de son prénom mais qu'elle était en classe de CAP. Je la questionne sur ses cours et c'est elle qui me dit combien elle a aimé l'atelier. Oui vraiment trop bien. Et ça fait plaisir. Nos sourires échangés sur le parking de l'Intermarché. 

Depuis quelques jours aussi, avec ceux de la rédaction de Remue.net, dont une bonne partie sont écrivains, nos échanges concernant les résidences. Un même mot pour résumer des situations très différentes. De la résidence qui offre uniquement un lieu pour écrire et celle qui demande une implication plus importante, voire très importante. Le calcul 30 % pour le projet et 70 % pour l'écriture personnelle qui formalise par contrat ce qu'un écrivain a pourtant du mal à quantifier, pour lui-même :  le temps nécessaire pour écrire un livre. Temps qui ne peut se limiter à celui  passé devant l'ordinateur. Tiraillements parfois avec les organisateurs contraints par les désidératas des financeurs et des partenaires.  

De la somme qui parait importante (1500 euros à 2000 par mois) mais sans aucune cotisation ou garantie d'une somme maintenue si jamais l'auteur invité à la mauvaise idée de se casser une jambe ou d'attraper un mauvais microbe. Le logement comme un supplément alors que le loyer court de toute façon pour le lieu de vie habituel. Et du comment faire pour certains quand il y a des enfants. Alors je nous sens proche de ceux d'une autre époque : tâcherons, journaliers qui allaient de ferme en ferme, d'atelier en atelier, louer leur bras. Recevaient gite,couvert et argent. Et retournaient à la précarité et au mystère. 

Parfois aussi des propos qui se font durs à avaler comme ceux de Dominique Lebrun secrétaire général de la Société des gens de lettres et administrateur de l'Agessa qui dit exactement cela dans une interview à Livre et lire, revue de l'Arald : il n'est plus guère envisageable de vivre de la publication de ses livres. Si vous voulez avoir une création littéraire riche et durable, ayez un métier à côté et écrivez pour votre plaisir (voir article en PDF ci-dessous).

Tout le monde sait que l'écrivain écrit seulement pour le plaisir. A côté, il lui suffit d'avoir un métier qui ne l'absorbe pas trop. Ainsi, il aura du temps libre pour écrire, et aussi pour rencontrer son public dans les librairies, pour animer des ateliers d'écriture, pour signer des livres dans les salons, pour préparer et donner des lectures dans les médiathèques. Pour les résidences qui demandent un temps de présence plus long, il restera les écrivains retraités ou chômeurs. Car il est compliqué de quitter un travail pendant trois mois surtout si on est dans l'enseignement. Et surtout dire  au Pôle emploi (ex.ANPE) que l'on écrit la nuit pour ne pas perdre ses indemnités Assedics si on est au chômage. Et que les comédiens, danseurs, metteurs en scène se méfient, on leur demandera bientôt aussi d'avoir un métier à côté, tout le monde sait bien que l'on joue, danse, chante pour le plaisir.

Bon, assez joué, il est l'heure pour moi de retourner à mon travail le vrai. Le sérieux. Oui mais lequel ? Dernière mise à jour dimanche 24 mai et aussi Obsession Usine ici

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Je suis où ? J'en suis où ? Depuis quelques mois  je tiens un site, un blog... l'expression de carnets numériques est ce qui me convient peut-être le mieux. Laisser une trace sur l'espace internet. Mon constat est que si  je parviens à faire exister la page d'accueil, je paresse un peu sur les autres entrées.

La  multitude des possibles : partager ses lectures, communiquer sur ses activités, explorer le son et l'image est chronophage. Et si je suis envieuse du Tierslivre de François Bon, du Clavier cannibale de Claro ou  le blog de Chloé Delaume, j'ai vu aussi se flétrir bien des sites.  L'élan de la nouveauté, l'apparente facilité de l'outil et ce sentiment d'être lu, là tout de suite. Entrer dans la vitrine. Poser avec les autres. La tentation est forte de vouloir en être sans réfléchir exactement  au contenu et aux contraintes que cela engendre. Parfois l'outil me fait peur.

Certains visiteurs (lecteurs ?) me demandent pourquoi je n'ai pas de forum, ma réponse est  des plus nettes : je ne supporte pas l'anonymat qui règne sur la blogosphère. Et si l'on m'envoie un message par le site, je peux le mettre en ligne s'il y a lieu d'être. Mais l'anonymat, je ne peux pas.  Etaler un point de vue sans l'assumer, c'est contraire  à mon éthique, tout simplement. De plus modérer les forums prend beaucoup de temps, Alain Mabanckou, on a pas mal parlé au salon du Livre de Bron (et consultant là tout de suite son site, pour enregistrer le lien, je constate qu'effectivement ce sont des prénoms et des surnoms qui signent les commentaires et avec ça j'ai du mal). 

Je rentre de Paris où j'ai participé à une rencontre autour des ateliers d'écriture sur le thème Agir  Ecrire (titre emprunté à Pierre Bergounioux). Soirée qui fait partie d'une série de rencontres organisées par Remue.net et Scène du balcon. J'y ai retrouvé Anne Brüschweiler du Grain des mots de Genève et j'ai pu découvrir Jean-luc Raharimanana, auteur malgache, dont l'air si doux (un air de fils comme le surnommaient d'ailleurs des femmes maghrébines qu'il a eu en atelier d'écriture)  étonne un peu lorsqu'on connait la force et l'engagement de son travail littéraire. Ecriture qui tient éveillée.

Agir en atelier avec des personnes souvent éloignées de la littérature et ce  que cela génère comme réflexion, échange, mise en voix du monde, des mondes. Et s'étonner encore que l'écriture puisse faire peur, Jean-Luc nous racontant les textes de lycéens censurés par une municipalité, dont j'ai malheureusement oublié le nom (heureusement la rencontre a été enregistrée et bientôt vous saurez tout sur Remue.net).

Et dans le train, le lendemain, j'ai retrouvé l'envie d'y retourner dans les ateliers et  je me réjouis déjà des propositions qui me sont faites pour la rentrée (dont un important travail sur le langage avec la médiathèque de Givors). Ne pas lâcher l'idée que la littérature est vivante et qu'elle concerne tout le monde.

Puis j'ai relu quelques pages d'Agir Ecrire et retenu ce passage :  Les choses n'ont pas besoin d'être présentes à la conscience pour régenter le cours de l'existence. Jamais leur tyrannie n'est aussi entière qu'en l'absence de reflet, d'une idée qui leur soit plus ou moins assortie, de la perception approximative de leurs amplitude, poids, nécessité. 

Passage que j'ai envie de mettre en écho avec le texte d'un élève d'une classe de formation en bijouterie, Paul : Dans mon monde, il n’y a rien, il y a tout, tout est vrai, tout est faux. Les plaisirs, les envies, la bijouterie, ça ne sert a rien. Le tiramisu, les amis, les sonneries, le réveil, la gourmandise, pourquoi ? Dans mon monde, j’aime faire des hypothèses car, il n’y a que ça de vrai : on ne sait rien. On subit mais on le sait, et ça nous plait parce qu’au moins on en est sûr. Le matin, mal de tête, l’envie de me tromper moi j’aime ça. Penser et se dire que ça ne sert a rien de penser. Mais tout est faux, tout est vrai, on n'en sait rien, tout est la devant, derrière, à l’intérieur et on avance, on s’élance pour tomber plus loin à observer, attendre. Dans mon monde, il y a moi, ça c’est sûr, les autres on les imagine.

Lire aussi j'en suis donc là, ici 

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436 détenus transférés de la vieille prison Saint-Paul - Saint-Joseph vers la toute nouvelle prison de Corbas, en banlieue lyonnaise. Du beau, du propre, du sécuritaire. Je connais assez la prison pour savoir que les problèmes de l'enfermement ne se résolvent pas avec du carrelage et du presse-bouton. La vieille prison avait le mérite d'être à portée de train et de métro. Une facilité pour les familles (souvent pauvres) qui viennent parfois de très loin pour visiter un proche.  Avoir un parent en prison coûte très cher à la famille : avocat, transport, argent pour cantiner, frais de justice. Comme s'ils devaient payer également le prix du délit.

Le lendemain du transfert, j'ai pris le métro jusqu'à Perrache, j'ai traversé le tunnel et j'ai retrouvé les deux grandes masses de la prison. J'ai pris des photos. D'abord l'immeuble qui se construit juste à côté - l'immobilier va exploser maintenant que les prisonniers (après les prostituées) ont été éloignés du quartier. Et cela travaillait dur. Les drapeaux qui ornaient les deux entrées ont été rangés (renvoyant au passé le passage sur la prison de mon texte Jusqu'où la ville dont vous pouvez entendre une tentative sonore en cliquant ici).

J'ai tenté de photographier l'absence. Un monsieur m'a parlé du silence qui régnait maintenant dans le quartier. Plus de parloirs sauvages, plus de hurlements des angoissés, plus de cris de colère, plus d'appels d'une cellule à l'autre. Du silence sauf le bruit des voitures de l'autoroute et des  trains de la gare juste à côté. Un bruit moins dérangeant somme toute.

Dans la prison où je suis venue souvent, il n'y avait plus personne. Envie de garder une trace, de faire mémoire même si le lieu était une honte de notre société : saleté, surpeuplement, rats, humidité... J'espère que l'autre prison propose vraiment du mieux. Mais déjà un deuxième lit  prévu dans la cellule individuelle (au cas où). 

Donc j'ai pris en photo la rue, les murs et aussi les yoyos qui traînaient sur le mur extérieur. Ces objets bricolés pour envoyer un message, un bout de shit, des cigarettes d'une cellule à une autre. Parfois du dedans vers le dehors. J'aurais aimé prendre des photos de l'intérieur. Voir ce qui restait comme trace des détenus après ce déménagement qui a duré tout le dimanche (900 personnes mobilisées pour le transfert). Mais tout est clos et sous le contrôle d'une société de surveillance privée. La peur des squatteurs.

Les femmes rejoindront les hommes demain.

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Je n'aime pas mettre des photos de moi sur le site. D'ailleurs, comme tous ceux qui photographient, je n'ai guère de photos qui me représentent. Mais j'aime bien la fiction qui se raconte sur celle-ci,  photo prise par Marion Ciréfice de Saute-frontière, pendant un atelier d'écriture.

Il pleut difficile d'écrire. On s'imprègne alors du paysage. J'ai donné comme consigne le début d'un texte de Olivier Domerg, Treize jours à New-York, voyage compris qui débute ainsi : par où commencer ? par où commencer ? par où commencer ? .
Texte que nous avions lu avec mon groupe d'alors, Abus de langage, dans je ne sais plus quelle médiathèque. Une lecture polyphonique difficile à mettre en place, mais très excitante à restituer.

Donc j'ai proposé au groupe de l'atelier de marcher jusqu'au belvédère de Cinquétral avec cette phrase en tête :  par où commencer ?

Au retour les écrits seront très intéressants. Très variés. Mêlant ce qui a été vu du paysage mais aussi d'autres commencements. Ceux qui jalonnent la vie de chacun.

Je suis toujours très contente quand une proposition d'écriture fonctionne bien. Quand elle entraîne vers de l'essentiel. Quand elle autorise et contraint à la fois. 

J'aime aussi la composition de cette photo :  les participants tournés vers la vallée pour observer Saint-Claude sous la pluie et moi, tournée vers l'objectif. Un air sûr et égaré à la fois. Ici et ailleurs. C'est exactement ce que je ressens quand j'anime un atelier. De la certitude et du doute. Mon extrême présence et pourtant ma pensée qui s'éloigne comme si cela permettait aux autres d'écrire. Quelque chose qui doit ressembler à l'écoute flottante des analystes et qui  fait que je ne m'ennuie pas à ne rien faire même si parfois je feuillette un livre ou note deux, trois choses sur un carnet. Car en atelier, je n'écris pas. Je suis là. Ecrire, ce serait m'éloigner totalement du groupe et ce n'est pas possible. Mais il me faut m'évader tout de même. Alors je me plonge dans un état second. 

Et c'est un peu ce qu'il me semble voir sur cette photo. Mon état second. Alors j'ai eu envie de la mettre en ligne. Et peut-être aussi le besoin d'une photo souvenir de la résidence, car si je retourne encore à Saint-Claude jusque début juin, les ateliers d'écriture sont clos. Un période est finie. Alors, oui cette photo pour clore à mon tour. 

Treize jours à New-York, voyage compris - Olivier Domerg – le bleu du ciel.

par où commencer ? par où commencer ? par où commencer ?
ici.
ici ?
ici, la barre est à plus de huit mètres. quatre cent douze exactement. c’est en débouchant sur la terrasse du centre des affaires, le quadrilatère venteux du promenoir, que tu poses le mieux le problème de la ville – le problème de la ville – le problème de la ville. un rapide coup d’œil circulaire suffit à te convaincre de la difficulté d’en rendre compte. impression confirmée ensuite, quand, arpentant rues et avenues, tu songes – tu songes- tu songes que ce n’est pas demain la veille que etc etc etc etc etc etc. - vu que ça fourmille, vu ce que ça trimballe, vu ce que ça pulse ; vu que c’est géant, changeant ; vu que ça bouge tout le temps – sans que – sans que – sans que la configuration de la ville n’en soit affectée.

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Parfois cela ne vient pas l''écriture. Les mots s'alignent sur l'écran avec le sentiment qu'ils ne m'appartiennent pas. Rien à dire peut-être.  Malgré ma visite à l'atelier de sérigraphie à la Maison du peuple de Saint-Claude. Lieu où je me sens bien. Pour son ambiance atelier  (outils, matériaux qui se mêlent aux objets exposés), ses fenêtres ouvertes sur la ville... Pour Michel Bastien, le responsable du lieu avec sa gentillesse un peu bougonne quand il ne vous connaît pas.  Mais très vite il vous donne à partager son enthousiasme pour le livre, l'image.  Et va jusqu'à lire et interpréter les livres-objets exposés ici et fabriqués des élèves.

Oui, je devrais pourvoir raconter aussi la conversaiton et les gâteaux échangés avec Dominique Lacoudre,  peintre nantais en résidence depuis quelques semaines  et qui travaillait, ce jour-là, à un  kamishibaï, théâtre de papier... . Oui il faudrait que j'écrive plus longuement sur la maison du Peuple de Saint-Claude, mais la force de son histoire humaine m'effraie.  Me tétanise. Comment saisir en quelques mots ce qui fut une longue et belle histoire de coopérative ouvrière, de militance, de partage ? Ne pas réduire à quelques clichés la belle aventure humaine. Il me faudrait une fiction pour oser donner à lire une telle histoire. Alors quelques photos, ci-dessous, pour raconter un peu le lieu. Sans les mots. Les mots qui reviendront, je le sais. Mais la peur tout de même de se perdre en leur absence.

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