[le site de Fabienne Swiatly ]

Les bleus de l'enfance parce que jouer peut-être dangereux.

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Il me semble épuiser mon langage à vouloir raconter ce qui se vit, si fragile et intense dans les ateliers d'écriture. J'épuise la sensation. Alors cette photo, prise ce matin à l'Atelier pédagogique personnalisé (App) avec ceux dont l'urgence est de trouver un boulot. Un travail pour faire tourner la boutique comme l'on disait dans le quartier de mon enfance, surtout en fin de mois. Et Lui qui me raconte l'attente d'une réponse pour un job : tailler la vigne. Quelques mots pour dire la solitude du tailleur dans sa rangée ou toute une parcelle. La journée longue et le froid surtout les jours de grand vent. Les gestes répétitifs et encore la solitude. Je pense au film Sans toit ni loi d'Agnès Varda tourné dans le département de l'Hérault, vers Vendargues, pas si loin d'ici.  Mona la zonarde et Hassoun l'ouvrier agricole, couple tendre et improbable d'un instant du film. Hassoun qui tournait son propre rôle et que Varda retrouva une dizaine d'années plus tard, elle le raconte dans le passionnant documentaire qui accompagne le film. Un film  qui décrit bien la rudesse de l'hiver dans les paysages du Sud. Là où le soleil semble éternel dans nos imaginaires.
Ce soir, ce rayon de soleil et la grande solitude des tailleurs de vigne suffisent à l'histoire des ateliers. 

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Pour mes ateliers d'écriture au lycée professionnel (dit lycée des métiers) Fernand Léger de Bédarieux,  j'aime prendre l'entrée des ateliers. Entrer par la petite usine qui avec son récupérateur de copeaux , sa chaudière, ses alignements de maquettes de charpente (à l'échelle), ses élèves en blouse et le bruit des machines... me donnent le sentiment de pénétrer dans un lieu du travail plus que de l'apprentissage. L'atelier d'écriture se rend à l'usine...
Sauf que de méchantes rumeurs courent sur le regroupement des classes, le raccourcissement du temps d'apprentissage. Et tout cela viendra sûrement rogner sur les enseignements généralistes dont ils ont pourtant besoin. Je crois même qu'il est urgent de défendre (encore) l'idée que ceux des métiers manuels ont droit à l'histoire, à la littérature, à penser le monde comme dans les autres filières. Bien que ces apprentissages s'y réduisent aussi. Et je me souviens d'une jeune fille ayant choisi la couture (par passion), découvrit avec regret qu'elle n'aurait pas droit à des cours de philosophie.
Qu'il y ait des différences de tempérament, d'éducation entre les élèves des différentes filières, c'est évident, et heureux, mais leur rapport au langage, au dire le monde vient nourrir leur texte de manière très intéressante. Même si ça parle de routine. 
 
7h45 – Se faire réveiller par le surveillant. Se forcer. Se lever. Enfiler des habits. Se traîner. Sortir du préfabriqué. Déjeuner. Café. Sortir fumer. Quelques minutes avant la sonnerie. Écouter du reggae. Entrer en cours. 12 h – Self. Se nourrir. Manger. Retour en cours. 17h – Fin des cours. Fumer. Attendre. 17h30 – Pointer. Attendre. 19H - Manger. Attendre. 20h – Retour au préfabriqué. Lire. Se laver. Écouter de la musique. Dormir. Le cycle.     Loïc

 

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Ligne de partage des eaux est un texte poétique que j'ai écrit sans difficulté même s'il vient interroger le vécu d'un avortement (les sales histoires des femmes comme on peut l'entendre parfois). Je n'ai pas non plus de difficulté à le lire mais j'ai demandé à la chanteuse Laurence Cernon de lui apporter une deuxième voix. La mélopée du monde extérieur. Une voix extérieure au cabinet médical, à la décision prise. Ma seule présence risquait d'apporter trop de pathos.  A deux c'est mieux. J'ai travaillé un an sur ce texte, par petites touches. Comme souvent avec l'écriture poétique, j'y reviens de manière irrégulière. Cela permet de me relire  avec une certaine distance et de gommer ce qui chante trop ou se complet dans l'emphase. Antoine Emaz en parle très bien dans son livre Cambouis. Par contre, je n'étais pas certaine de son acceuil. Une lecture à l'occasion de La Nuit Remue m'a permis de vérifier que c'était un texte "partageable". Depuis le Théâtre aux mains nues, théâtre de marionnettes, a proposé de le mettre en scène. Des gens que je ne connais pas ont lu ce texte et ont eu envie de le donner à entendre à d'autres. C'est un cadeau,  comme à chaque fois que d'autres artistes se saisissent de mon travail, une grande émotion et une belle gratification. Un moteur très fort pour continuer à écrire, même si l'agenda et la course à l'argent (celui qui fait respirer le quotidien) laisse peu de temps. S'accrocher. S'entêter. Je lirai ce texte avec laurence,le vendredi 13 novembre à la médiathèque de Bédarieux et le mercredi 16 décembre à La scène poétique de Lyon. En attendant je m'obstine avec les pierres du Causse, marcher, regarder, interroger cette région quand je n'anime pas d'ateliers d'écriture.  

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On a été en résidence à Saint-Claude dans le Jura. On a écrit un texte. On a préparé une lecture avec des musiciens, trois demi-journées de répétition. Et on restitue. Eclairagiste, technicien-son, vidéaste. Puis les gens s'installent dans la Maison du Peuple. Une centaine de personnes. Pérégrinations organisées par Saute-Frontière. Dans la salle des habitants, des militants, des lecteurs, des amis et des amies, des écrivains : Philippe Vasset, Matthias Zschokke, Alberto Nessi, Jérôme Meyzoz... et ceux que j'oublie parce que ce n'est pas si simple de lire devant eux... les pairs ,et les enseignants qui ont accueilli l'atelier. On lit. On a mis en musique l'histoire d'une résidence. Les musiciens qui donnent une autre épaisseur au texte lu.  Plus d'une heure. Puis c'est fini. Applaudissements. Et quelque chose semble dire que le texte a été reçu. Ce que l'on ressent alors est un mélange de soulagement, de plaisir et un léger doute (toujours). Que cherchait-on ensemble, ce soir là ? Un texte sur une résidence. Une ville. Une rencontre. Un rendre compte. Faire ensemble. Rendre compte d'une résidence.
Le lendemain, déjà, on fait une lecture ailleurs. Un hommage à un participant d'atelier, mort subitement : François Bailly Maitre. On lit des textes qui parlent d'amitié, de parternité, d'alcool et de son chien Samy. On lit. L'instant tremble et les cloches de la cathédrale sonnent quand il n'y a plus rien à dire. Un copain est mort. C'est tout. Puis le manger ensemble sur la place, au soleil. Oui le soleil jurassien même en octobre. Restitution des textes écrits par les élèves, petits et grands. sous le marché couvert. L'émotion du maire, sincère, qui étonne. On parle, on boit un peu, pas trop parce qu'il faut rentrer à Lyon. Puis repartir à Bédarieux. Ville du sud sous la tempête. Ecrivain, écrivaine. Nomade ! Et le "on" pour dire le faire ensemble malgré la solitude de l'écriture.  @misàjourlejeudi22octobre2009 et les ateliers d'écriture ici.

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Beaucoup de temps devant l’écran. A s’inscrire dans le flux des connexions. L’internet qui ne dort jamais comme l’on dit de New -York ou Rio. S’inscrire au flux, être dans le flux, rejoindre le flux. Et le flux de la discussion sur la liste d’échange avec sa centaine de mails qui interrogent, se répondent, s’ignorent, se trompent et parfois lire le tout le jour d’après. La  vague pleine qui déferle comme après une rupture de barrage. Nous cloue sur la rive. Nous oblige à l’en dehors. Hors flux. Des voix s’éloignent.
Je me sens plus vieille que l’avenir.
En revenir aux pierres, celles du Causse qui s’immobilisent dans le viseur de mon appareil photo. Angle d’attaque dans la lumière précise d’un après-midi qui va poursuivre l’éternité de sa présence à l’ouest du jour. Loin du flux. Loin. Pierres millénaires qui remontent à la surface. Retrouver du silence.
Ce matin dans un texte un jeune garçon se tenait sur l’étroit de sa fenêtre.  

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Trois classes différentes depuis mon arrivée à Bédarieux. Arts graphiques pour deux d'entre elles et lutherie. Les ateliers se déroulent à la médiathèque, on y est au calme, entourés de livres et surtout ailleurs qu'en classe. Et le mot roman qui s'affiche en lettres géantes sur le mur, derrière les rayonnages. Juste en face de moi. Impressionnant. Après une heure de lecture de mes textes,  de commentaires et de réponses aux questions, je tente de les embarquer sur un territoire d'écriture inhabituel pour eux. Leur faire comprendre que ce n'est pas les mêmes enjeux qu'un cours de français, sans dénigrer pour autant les enseignants qui acceptent d'accueillir un auteur malgré le programme. Qui acceptent de me faire une place. Emporter des groupes de 15 vers un lieu que je ne connais pas, comme je ne connais pas toujours l'avenir de mes textes. Seulement cette certitude que l'écriture va nous faire voyager. Nous aider à décrypter un petit bout du monde. De notre monde. 
La surprise à la pause, quand une autre classe vient continuer la conversation de la veille. Un garçon  me raconte avoir lu son  texte à ses parents qui doutent qu'il en fut l'auteur. Une autre qui veut me donner à lire ses textes poétiques. Celui-là qui évoque l'indifférence de ses parents. Je me sens des deux côtés. Je n'ai rien oublié de l'adolescence mais je suis  aussi une mère. Je sais l'adolescence qui fascine ou fatigue. Notre impatience devant cette période de la jeunesse. Notre envie de mettre des réponses parce que leur vocabulaire hésite. Trop chargé d'émotion. Répondre avec de l'ouverture. Aider à penser différemment. Rester à ma place.
Deux ateliers dans une même journée, ce n'est pas simple mais j'aime aussi intervenir avec la fatigue de mon corps. Travailler avec mes doutes. Mes questionnements.  Bégayer mon savoir-faire.
Pour des histoires de clé, je traîne seule dans la médiathèque un bon moment, alors  je parcours les rayonnages. J'extrais un livre jeunesse de Sarah Cohen-Scali, une biographie de Rimbaud - à partir de 12 ans. Je lis les premières pages. Voilà bien longtemps que je n'ai pas lu un livre jeunesse. L'écriture est simple mais juste.
Un livre qui tente juste de me raconter une histoire. Je le glisse dans mon sac sans demander l'autorisation à personne, puisqu'il n'y a personne. Je le rendrai. Je vais le lire ce soir, le sommeil difficile à trouver dans mon nouveau lieu. Ce soir, j'aurai 12 ans. Un instant. Un bref instant et je  vais me raconter des histoires.

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Bédarieux - Nouvelle résidence d'auteur jusqu'en janvier. Premier atelier avec une classe Bac pro arts graphiques. Treize élèves au look très affirmé, j'aime bien. Installation au Campotel, un ensemble de cabanons-gîtes. Je suis seule et entourée. Ce samedi, c'était week-end d'intégration d'une école de sages-femmes (et quelques hommes). Bientôt arrivera un groupe de mycologues. Le lieu accueille aussi des lycéens sans logis qui dormaient dans leur voiture. Les cabanons sont un peu austères mais j'ai un grand parc pour retrouver la lumière et la chaleur. Je découvre la ville qui se précise. Sur la carte, c'était Bédarieux vers Béziers. Ici j'apprends le Causse, l'occitan, le nom des rivières : l'Orb et le Vèbre. La mer n'est pas loin mais personne n'en parle. Il est vrai que les plages que j'ai vues ne sont pas extraordinaires. S'installer en résidence, c'est vérifier la connexion internet, brancher l'imprimante, ranger quelques livres et photos sur l'unique étagère, constater les oublis.
Puis se mettre au boulot. Comme j'aurai une fenêtre radiophonique sur la radio locale, j'ai décidé de tenir un journal de bord de ma résidence : L'OBSTINATION DES PIERRES. J'ai trouvé le titre en me baladant sur le Causse alors que j'étais cernée par le soleil et les murs de pierres sèches.
La photo avec le cadre est un essai du travail photographique que je vais mener dans les ateliers. Prendre tous les participants en photo avec le cadre - j'ai le trac. Première fois que j'intègre ainsi la photo dans mes ateliers. Ne pas me laisser déborder.
Les sages femmes ont quitté le Camp, retour du calme. Aller voir la mer, tout de même, cet après-midi après l'écriture. 

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Fureur de lire  - Genève, la ville où je me sens bien même si l'architecture contemporaine a effacé le visage de la ville, mais la présence du Rhône. Il fait beau ce jour-là, je délaisse la Maison Communale de Plain Palais pour me rendre au cimetière des Rois. Le cimetière des grands hommes comme disent les Genevois. C'est un joli lieu où les tombes se partagent une douce pelouse sur laquelle on peut s'assoir, pique-niquer, profiter de la présence des morts. Aujourd'hui je viens rendre une visite à Grisélidis Réal. Je trouve assez vite sa petite tombe derrière la stèle majestueuse de Borges. Et je reste un bon moment devant sa plaque qui raconte jusqu'au bout l'incroyable vie de l'écrivaine qui est parvenue à se faire enterrer parmi les grands hommes. Celle qui fit scandale parmi les biens pensants de la ville, même après sa mort. Et c'est debout, bien droite que je me tiens devant les mots gravés : écrivain, peintre, prostituée. Je me sens joyeuse d'une si belle insistance à assumer sa vie. Et je me dis que la journée est belle. Que la journée est grande. Fureur de vivre à Genève. @misàjourvendredi2octobre2009-lire aussi les ateliers d'écriture ici

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Signaler d'abord la fin du site historique Zazieweb et je vous invite à lire le texte d'Isabelle Aveline qui en dit long (et bien) sur l'audace nos institutions culturelles. Colère et tristesse en moi mêlées. Lire ici.
Répétition de ma lecture Résider en (Ville) qui aura lieu à la Maison du peuple le samedi 17 octobre à Saint-Claude. Frédéric Folmer et Claude Jordan créent la musique et le sonore (trouve pas d'autre mot) de cette lecture, ce sont deux musiciens professionnels et c'est très agréable de travailler avec des pros. Quoique impressionnée,  je me sens à l'aise pour lire. Cadrée. Nous avançons bien. Sérieusement - même si je ne peux m'empêcher de raconter deux ou trois bêtises, inévitables lorsqu'on doit se concentrer longtemps. J'aime lire à voix haute et c'est la première fois que j'écris un texte uniquement pour une lecture (environ 1h20 de spectacle). On aborde la page, les mots, la construction différemment. J'ai toujours aimé la lecture à voix haute que j'ai pratiquée pendant plusieurs années à la radio et en salle avec le groupe Abus de langage.
Et j'aime passer ainsi, dans une journée de l'écriture de mon roman (lecture à voix basse) à celle d'un texte poétique (lecture à voix haute). De toute façon, je travaille de manière mosaïque. Je ne sais pas faire autrement. Une heure sur un texte, une heure sur l'administratif, une heure pour la vie de famille, retour au texte. Deux heures est mon temps de concentration maximum, il me semble. J'ai appris à apprivoiser ce tempérament. J'ai pu mener ainsi de front ma vie de femme, de mère, d'écrivain et élever plus ou moins sérieusement quatre filles et un chat. Quand je lis Simone de Beauvoir, j'envie sa capacité de travail. Des heures entières à lire, écrire, la tête penchée sur ses feuilles. Bien sûr, elle n'avait pas de filles et de chat. Comment la vie de famille interfère-t-elle dans notre travail de création est une question que j'aimerais développer. En tout cas, je n'ai jamais voulu poser la création et l'enfantement comme une dualité. J'ai eu des enfants et j'écris des livres. C'est possible.@misàjourle19septembre2009 - écouter aussi ma tentative sonore ici dont je viens de découvrir que la lecture est prohibée à partir de la Médiathèque où je suis connectée, le titre contient le mot Obscène. Bien entendu j'ai accès à tous les potins concernant Secret Stories ou les derniers caprices de la dénommée Jennifer.

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J’ai des énervements. De ceux qui vous saississent avant même d'y penser en profondeur. C'est tout de suite  là. Le ventre se serre, les lèvres se pincent et quelque chose démange les doigts.  Un  agacement ressenti à la lecture de Libération. Le journal organise un grand forum les 18 et 19 septembre sur le thème : 20 ans arprès la chute du mur ( de Berlin, je précise pour ceux qui auraient échappé à l'événement et à sa commémoration). Des thèmes aussi divers que le Zapping aura-t-il la peau de la civilisation ? Que reste-t-il des idéologies ? Comment gouverner à 27 ? La culture européenne nous réunit-elle ?... seront abordés. Sont invités à s’exprimer chercheurs, politiciens, écrivains sociologues, journalistes, êveques… Une grande diversité de penseurs, acteurs, édiles., militants associatifs.  Seule diversité à ne pas être représentée, celle des sexes. Au total 12 femmes pour 116 hommes. Malgré la diversité des corps de métier sollicité, seules 12 femmes auront la voix. C’est à dire 10 % des intervenants à un chouias près. C’est dire combien certains murs résistent mieux que d’autres. Et je m'en étonne (sauf bien sûr, avec l’église catholique qui depuis longtemps affiche une mysoginie assumée et peu contredite par ses ouailles. Relisant le journal, je constate d'ailleurs qu’il y a beaucoup plus d’articles signés par des hommes que des femmes. Je sais que mon propos va en agacer plus d'un, plus d'une. Pourtant, je crois important de signaler ce qui vient conforter mon inquiétude devant le recul des acquis pour les femmes - qui souvent est accompagné d'un recul des acquis pour les autres minorités (par minorité, je n'entends pas le nombre mais le fait d'avoir un accès réduit aux prises de décision). Déficit de médecins pratiquant l'avortement (les militants de la cause partent tous à la retraite), difficulté à garder son nom de famille après  le mariage, représentativité faible dans les instances politiques, femmes voilées sans visages, remise en question du planning familial,... A vrai dire je ne suis pas énervée, mais sérieusement en colère. Et j’espère, vraiment, que c’est un énervement qui peut se partager au masculin.

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La vieille dame me reconnait mais ne sait plus exactement pourquoi je suis là. Elle tremble et remâche inlassablement le présent. Et le présent n'est rien s'il est détaché du passé, s'il ne parvient plus à désirer l'avenir. Avec la vieille dame, il est un enfer de l'instant. L'instant qui dit et redit l'angoisse. Je viens souvent la voir. Je lui parle, la fais parler et parfois je dois lutter contre l'endormissement. Elle se souvient qu'elle va en maison de retraite mardi et me demande toutes les dix minutes : et tout ça ? désignant les objets et les meublent qui garnissent son salon. Et je ne sais pas quoi répondre. Tout ça est accumulation qui nous donne l'impression d'être éternel. Tout ça.  Pour avoir souvent déménagé ces trois dernières années, pour avoir aidé la vieille dame à vider une maison de famille, pour avoir trié les affaires des disparus, je sais combien certaines choses deviennent poussière, vieillerie, illusion... une fois sorties de leur contexte. Les objets n'existent qu'à travers notre regard. Sinon les objets s'en foutent. Je ne sais pas quoi dire à la vieille dame. Je sais le partage de l'héritage à venir, mais il ne me concerne pas. Elle me donne une photo de son mari décédé avec dans ses bras une de mes filles. Je l'ai toujours vu cette photo sur le mur du bureau mais je la regarde pour la première fois. De la poussière sur mon propre passé. Puis je quitte un moment l'appartement et vais saluer la voisine de palier chez qui je m'attarde une demi-heure. Quand je reviens, la vieille dame est paniquée. Elle attrape ma main, elle dit mon prénom avec force. Elle dit : calme-moi, calme-moi. Je prends ses mains, ses bras. Elles ferment les yeux, sa tête tombe et je pense qu'elle va mourir. Je me dis que c'est aussi bien. Je voudrais qu'elle meure pour que le drame s'arrête. Je me sens capable de recevoir sa mort. C'est calme entre nous. Mais les yeux s'ouvrent  à nouveau et la litanie des questions reprend : et tout ça ? et tout ça ? Je serre ses mains. Je lui caresse les bras. Je me force. Cette intimité est gênante avant sa maladie, une grande distance physique. Seulement une bise avec les lèvres qui ne touchent pas la joue. Alors je me force et je pense à la vieille dame que je serai un jour et à qui voudra encore me caresser la peau.@16juillet2009  Mise à jour d'obsession usine ici 

 

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Une semaine sans internet cela fait du bien. Même si au retour, un peu d'impatience à lire mes messages et la même petite déception qu'à l'ouverture de la boite aux lettres. Rien de  bien intéressant ou si peu. D'ailleurs soi-même, on a peu écrit aux autres. Une semaine loin de ce qui fait le quotidien, à photographier. A me mesurer à la technique qui pèse pas mal de pages dans les modes d'emploi. Livrets qui vous parlent comme à un technicien et non pas à un être sensible. Du coup j'ai du mal à progresser mais je m'y attèle. Je travaille à un projet difficile à résumer mais qui se traduira par un journal écrit et une série de photos de nu (nue) avec comme entrées : lieu du crime, flagrant délit et autopsie. Des corps nus et crus. Je me donne une année pour le mener à bien et le donner ensuite à lire et à voir. L'usage de la photo d'Annie Ernaux et Marc Marie,  livre qui m'avait mis mal l'aise à la première lecture et que j'ai mieux compris presque un an plus tard, a été le déclencheur de ce travail que nous menons à deux. En attendant je photographie, me fait photographier et aussi je trie et je jette. Avec le numérique il faut savoir faire le deuil de certaines photos. Sinon on est débordé par le nombre. On se satisfait d'un résultat obtenu parfois par hasard, alors qu'il faut obtenir ce que l'on attend précisément. Il faut rester maître du sujet. Pas toujours facile. En tout cas ce travail me plaît beaucoup. Il m'amène à lire, relire les journaux et correspondance de peintres et photographes. Et à relire aussi l'imbuvable mode d'emploi de mon Sony. En me méfiant d'un vocabulaire qui s'inspire de l'argentique mais ne propose pas la même sensibilité. Parfois, comme tous les autodidactes, je rêve de tout reprendre à zéro. Un CAP photo par exemple. En d'autres temps, j'ai passé une équivalence de bac qui ne m'a servi à rien et rêvé d'études de lettres, de science du langage, histoire de l'art, etc. Apprendre avec d'autres. 

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Pour les lectures publiques de mon texte Ligne de partage des os, j'ai demandé à Laurence Cernon (la voix des Mad'leine Jack) et animatrice pendant plusieurs années de l'Orchestre des lecteurs, d'apporter une deuxième voix. Un ailleurs,  pour ce texte très lourd si on l'ancre uniquement dans le présent de l'événement : un avortement. Je voulais, par le biais d'une autre voix, plus chantée - garder un pied dans le vivant. Rappeler l'avant, l'après et l'en dehors. Depuis on se retrouve de temps à autre pour répéter, improviser, pour trouver le juste équilibre qui nous fait rester dans une lecture et non pas un spectacle. Garder l'idée de Tentatives Sonores. Patrick Dubost de la Scène poétique de Lyon, nous offre une occasion de rendre publique ce travail. Ce sera le mercredi 16 décembre à 18h30, médiathèque de la Part-Dieu à Lyon. J'ai un joli trac et Laurence aussi. @lundi27juillet2009

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