[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

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Je termine parfois mes ateliers par une séance de photos. Une manière de conclure. D'illustrer. Ici une image d'une série sur une classe de 3ème. Pas toujours facile de les photographier à cet âge. Jouer avec le groupe. Les uns qui tournent le dos et celui que l'on appelle regarde l'objectif. La photo comme une autre trace de la rencontre. Avec cette classe du lycée Casanova à Givors, un portrait de chacun sur le thème : Fragments de moi parmi les autres. Le moment de la prise me permet de les découvrir différemment. Souvent, je les croise à la table, avec ce que l'écriture dicte à leur posture. Celui-là qui paraissait timide devant la feuille, se tient bien droit devant l'objectif. Celle qui osait parler d'elle avec les mots, se cache derrière ses camarades par peur de l'appareil. Image de soi. J'aimerais les amener à photographier eux aussi. Associer texte et image sans que cela soit gadget. Je  ne sais pas encore faire. J'y arriverai. L'envie (un de mes mots préférés).

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Vu au cinéma le documentaire, Les rêves dansants de Anne Linsel et Rainer Hoffmann, sur la recréation de Kontakthoff de Pina Bausch avec des adolescents... J'ai ressenti une très forte émotion à la fin du film car il me ramenait à la semaine de travail avec les Compagnons du NTH8 et à tous ces élèves avec qui je mène régulièrement des ateliers d'écriture. Ma chance d'être régulièrement confrontée à la richesse des jeunes générations qui ne sont pas un tout, encore moins un tas. Et que de les voir réduits à des simples consommateurs passifs, des bandes de demeurés, des gosses désœuvrés de la banlieue ou encore des paresseux qui ne veulent même pas accepter d'être apprentis bouchers ou maçons (dixit un copain qui m'avait habituée à une pensée plus nuancée) me rend parfois nerveuse. A chaque fois, devant leur désir de créer, de changer de monde ou d'apprendre, je trouve qu'il y a un vrai gâchis à ne leur proposer qu'un entonnoir pour avancer dans la vie. Ceux-là même sur qui il faudra compter quand nous seront devenus trop vieux pour nous assumer seuls. Avons-nous oublié combien cela peut-être difficile d'entrer dans le monde des adultes ? Alors ce texte de N, élève de 3ème pour qui ce fût un grand soulagement de partager ses angoisses avec les autres. N. veut s'occuper des personnes âgées plus tard : Je voudrais / je voudrais me sentir mieux / Je rigole / J'arrête / Je vois des gens / Pourquoi je ne suis pas pareille /  Je veux /  Je veux me guérir / Je  me bourre de médicaments  / J'essaye / ça ne marche pas / Je prends des médicaments plus forts /  ça ne marche pas / Je sais / je sais que ça va partir / J'espère...

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 La revue électronique Notes, bulletin de liaison me propose un nouveau gîte : quelques jours pour occuper cet espace virtuel qui va se mettre en jachère en 2012.  Alors j'ai pris le temps de m'y promener, de relire attentivement, de m'attarder sur les vidéos de Sofi Hémon et  de revisiter le gîte que j'avais occupé de mars à Juin 2008. Je redécouvre les cahiers, carnets, agendas que je tenais jusqu'alors. Ecrits sur papier que j'ai abandonnés depuis que je m'occupe de ce site électronique. Envie de me saisir à nouveau de la matière : le papier, le carton, les peintures, les feutres. Me manque un atelier. Appartement petit. Et aussi le temps qui manque. Déjà le tri des photos qui occupe les soirées, parfois tard, heureusement avec la radio allumée. Émissions en podcast avec la nuit dehors si froide depuis quelques jours. 

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Laboratoire. C'est le mot pour qualifier le travail que nous menons avec les dix acteurs compagnons du NTH8, Anne de Boissy - comédienne, Géraldine Berger - performeuse et moi-même. Recherche sur le corps, les mots, la littérature autour d'un même thème : vertige. Stimulant. Une grande chance de pouvoir vivre cela. Un vrai espace de travail  qui permet d'aller chercher ce que l'on ne sait pas encore. Mettre en commun des sensations, des clichés, des certitudes,des doutes et poser les bases d'un travail théâtral. Un grand luxe de temps, d'espace  pour chercher ce que l'on ne connait pas, du moins sous cette forme là. Et  le propos d'Antoine Emaz lu dans Cambouis qui soutient  "Il faut maintenir les conditions d'une absolue liberté d'écrire, tant pour les formes que pour les forces; cela ne veut pas dire écrire n'importe quoi n'importe comment, cela veut dire obéir à la nécessité interne du poème, et pas à d'autres contraintes. Et tant pis si le poème ressasse ou à l'inverse désoriente : nécessité fait loi. Le poète reste aveugle sur ce qui vient; il ne peut prévoir ce qu'il faut écrire. Surtout, il ne doit pas se caler sur ce qu'il a écrit et formater un produit consommable, labellisé"

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Madame la misère écoutez le tumulte
Qui monte des bas-fonds comme un dernier convoi
Traînant des mots d'amour avalant les insultes
Et prenant par la main leurs colères adultes Afin de ne les perdre pas

Ce sont des enragés qui dérangent l'histoire
Et qui mettent du sang sur les chiffres parfois
Comme si l'on devait toucher du doigt pour croire
Qu'un peuple heureux rotant tout seul dans sa mangeoire Vaut bien une tête de roi

Madame la misère- Léo Ferré

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Beau travail de Claire Denis est un film étonnant. Étonnant, car la réalisatrice s'attache à des hommes  qui trimballent bien des clichés et qui à force de se plier au règlement, finissent  par ressembler à leur propre caricature : les légionnaires. Elle les filme fascinée mais avec une grande liberté de regard.  S'autorise toutes les approches : dans le lointain d'un désert de pierres ou de sel ou au plus près de leur peau, de leurs muscles, de leur visage fermé. Claire Denis aime et sait filmer le silence des hommes. Ceux-là mettent toute leur énergie vitale dans des exercices physiques épuisants et vains, car dans la caserne de Djibouti, seules les prostituées semblent encore attendre quelque chose d'eux. Les hommes de la Légion inventent une chorégraphie de torses nus au soleil du matin, de corps à corps virils et violents, ensuite, les mêmes qui repassent minutieusement leur tenue : c'est le pli qui fait l'élégance de l'uniforme, précise leur chef, l'air grave. Esprit de corps où sont gardées à distance les émotions. Amitiés viriles. Rien d'autre sinon le groupe vous exclut. Film à voir sur Arte + 7 pour quelques jours encore. 

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J'étais à Cherbourg pour les Mercurielles pour discuter du thème : littérature et travail. Le jeudi, il y a eu la manif et j'y suis allée. Faire nombre. Et il y avait du monde, les chiffres officiels contredisent bien entendu les chiffres des organisateurs. En tout cas, cela faisait du peuple. Comme je ne savais pas derrière quel drapeau  marcher, j'ai remonté la file puis je l'ai redescendue pour prendre des photos. A Cherbourg la pluie a fini par tomber et les parapluies se sont ouverts. Je n'en avais pas, j'ai mis mon appareil photo à l'abri.  Le soir, à un journaliste local qui me demandait ce que je faisais à Cherbourg en dehors des rencontres, j'ai répondu que j'avais participé à la manif. Il m'a dit qu'il n'allait pas écrire cela. J'ai demandé pourquoi ? Il m'a répondu que cela n'avait pas de lien avec le thème. Évidemment : littérature et travail... et manifestation, il n'y a aucun lien. L'écrivain est au-dessus de tout ça. La neutralité créative. J'ai haussé les épaules : tant pis pour le mythe moi j'étais dans le ça, avec ça. Ensuite à la rencontre où il y avait Gérard Mordillat (Les Vivants et les morts) et Sylvain Rossignol (Notre usine est un roman), nous avons encore parlé de ça, mais peut-être que nous ne sommes pas des vrais écrivains. De ceux que le travail et la manifestation ne concernent pas 

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Après avoir emmené une amie aux urgences de l'hôpital militaire de Desgenettes le plus proche de son domicile, nous voilà quelques heures plus tard dans une chambre, rassurées sur son sort, à interroger chacun du personnel : médecins, infirmiers, soignants, administratifs... pour savoir s'ils sont des engagés et il s'avère que oui. Ils affirment avec fierté se sentir appartenir à une belle et grande famille. Notre étonnement et le souvenir qui nous revient de nos frères, compagnons et amis qui rivalisaient d'imagination et parfois d'inconscience pour échapper à l'armée alors encore obligatoire. Avec pour crainte suprême de se retrouver dans un régiment en Allemagne. Simuler une psychose ou la provoquer en avalant médicaments et excitants, parfois une vraie dépression à la clé qui obligeait à l'hospitalisation. Certains s'engageant dans des comités d'insoumis avec le risque de longs mois en prison ou de régiment disciplinaire. Ceux qui trouvaient une planque et profitaient alors pour passer le permis voiture et poids lourds. En tout cas cela occupait les têtes et certaines soirées où chacun racontait son parcours : réformé P4 ou P5 ? Notre soulagement au vote de la loi  en 1997 qui suspendait l'appel sous les drapeaux de tous les français, parce que nos fils ou ceux à venir ne connaitraient pas cette situation. Avec tout de même, certains qui pensent que l'armée était le lieu de la mixité sociale, du repérage de l'alphabétisation et que peut-être une armée de métier, à la solde du pouvoir en place, représente un danger en cas de dictature ou de guerre civile - ce qui bien sûr n'est pas envisageable dans le pays des droits de l'Homme. 

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Parce que le cul finit par être mou à rester sur la chaise devant l'écran, demain je vais marcher dans le massif des Bauges. Marcher et je sais que d'abord je vais râler, ressasser, cracher le fiel  et en baver. Parfois même comme une envie de vomir. Je vais me purger. Ensuite viendra le plaisir même avec la fatigue et  je pourrai ruminer les textes en cours. Réfléchir au sens plus qu'à la forme. Retrouver l'équilibre entre le travail des muscles et celui de la pensée. Me sentir bien. J'aurai le cul moins mou et pourrai retourner lundi à la chaise, à l'écran, aux doigts sur les touches et à ce quelque chose qui défile noir sur blanc et qui espère devenir texte, devenir livre, devenir sens. 

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