[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue

biche

Juin. Dans l'étau de l'agenda. Finir le travail des résidences. Finir le travail des ateliers. Finir les dossiers des résidences à venir. Finir les projets des ateliers à venir. Demander de l'argent. Déposer des dossiers et remplir les fiches de renseignements sur les interfaces des institutions qui ont toutes un mode opératoire différent. Rester calme. Faire. Faire dans les temps impartis, être dans les clous. Montrer patte blanche. Commencer tôt le matin. Finir tard le soir. Faire. Si tu fais, tu existes. Pas le temps de prendre du recul. Pas le temps de penser. Faire est devenu plus urgent que penser. Temps lourd et humide.  L'orage, la pluie et la grêle viennent conclure chaque fin de journée. Trois dossiers à finir en urgence et l'amie au téléphone qui te supplie de relire son programme : Faut que je boucle avant demain. Alors on lit. T'en penses quoi  ? Elle dit ensuite. Rien, je n'en pense rien, j'ai corrigé les fautes. Sur l'écran m'attend le dossier de demande de bourse à la Région Bourgogne Franche-Comté. Mes yeux piquent à ne plus quitter l'écran. Je fais. Je fais au mieux. Et dans ma tête se bousculent toutes les infos entendues à la radio. La montée de l'autoritarisme et du repli national en Italie, en Hongrie, en Pologne. Et les chômeurs qu'on va surveiller au plus près. Ces salauds de profiteurs. Et les soldats et la police dans les gares avec la mitraillette au poing. Et qu'il ne faut plus donner son ticket encore valable à la sortie du métro à ces jeunes, ces vieux et vieilles qui ne peuvent pas se payer un trajet tous les jours. Délinquante si tu donnes ton ticket encore valable à ces salauds de fraudeurs. Je fais des dossiers et je pense que la Méditerranée est grand cimetière, et j'espère qu'aux Voix Vives de Sète on entendra de la rage, de la colère et que l'on ne proposera plus des siestes et des massages pour faire passer les voix. Une mauvaise colère alors j'ai tout laissé en plan pour nager au Carré d'eau de Bourg. Pour 5 euros 10, j'ai épuisé le mauvais de ma colère dans le couloir 2 du bassin de nage. A la sortie, j'ai croisé sur le chemin qui longeait la Reyssouce un vieux monsieur édenté et souriant qui m'a dit après avoir échangé sur les orages et la grêle : C'est bien de parler à quelqu'un. Oui parfois c'est bien de parler de la pluie et du beau temps.   

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Parfois un trajet en voiture vous emmène au-delà de la route. Des voix, des musiques à la radio. Les yeux happés par les lignes d'arbres sur le bord de la route puis les éclairages d'une commune qu'on traverse sans avoir pris le temps de lire son nom. J'avance. Au poste un chanteur raconte son parcours de bad boy et qu'il faut bien s'assagir quand on devient père. La frime dans la musique urbaine qui est une fiction. Comme avec les catcheurs, croire que c'est vrai alors qu'on connait les trucages, la mise en scène. Littérature. J'écoute. Puis il évoque une de ses chansons Madame Courage, le nom d'une drogue consommée en grande quantité à Alger. Un psychotrope utilisé pour soigner la maladie de Parkinson. Mélangée à de l'alcool, elle désinhibe. Avec elle on ose... n'importe quoi. C'est la drogue des soldats et de la jeunesse oubliée d'Alger. Madame Courage aura été généreusement distribuée pendant la sale guerre dans les années 90. Sofiane, c'est le nom de l'artiste, chante et malgré la voix transformée au vocodeur (ce qui d'habitude me vrille les oreilles) il parvient, cette nuit-là, à m'émouvoir. J'entends quelque chose de la jeunesse d'une ville que je voudrais questionner dans mon prochain livre. Une ville, un pays qui ne parvient plus à s'inventer un avenir. Je pense au récent film de Sofia Djama Les Bienheureux qui nous embarque dans la capitale avec des personnages qui sans cesse s'interrogent : Quitter le pays ou rester ? Je roule, direction Saint-Nazaire. Mes paupières se font lourdes quand un chevreuil sur le bord de la route se fige dans la lumière des  phares. Je crie Ne traverse pas et klaxonne. L'animal retourne à l'obscurité et Sofiane chante : Dans une nuit gelée à faire pleurer l'été  / Plus rien à fêter, feu d'espoir éteint / mes yeux cachent un cimetière / Oublier hier pour enterrer demain.

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dombe

En résidence à la Maison du Théâtre de Jasseron dans l'Ain, je suis  amenée à prendre régulièrement la Départementale 1083  qui va de Bourg à Lyon. De jour vers Lyon, de nuit vers Jasseron. Parfois des rangées de platanes condamnés par la maladie accompagnent miraculeusement mes trajets. La route longe la Dombes. A l'heure où la disparition de nombre d'oiseaux semblent devenue une réalité à laquelle on s'habitue déjà, je suis excitée comme une enfant lorsque je vois des dizaines de cigognes piétiner dans les champs, les hérons cendrés se mêler aux grandes aigrettes et tous ces oiseaux d'eau dont j'ignore le nom égayer la surface des étangs. Je m'arrête souvent malgré le froid et la boue des chemins. Parfois des photos, pas toujours. L'autre jour, remontant dans la voiture je me suis mise à cogiter sur les chantiers en cours, les lectures à préparer, les ateliers à animer, les dossiers à finir et les sous à faire rentrer avec la peur de ne pas réussir à TOUT FAIRE. Je râlais même si la lumière était particulièrement créative. Certains jours, la brume du dedans couvre toutes les images du dehors. Je ruminais, mains sur le volant, quand la radio m'a donné à entendre un rire, celui du  peintre Gérard Fromanger. Un rire qui ponctuait ses propos sur son âge, son cœur malade, la mort à venir ou encore les rétrospectives qui ne prennent pas en compte ses derniers travaux (ses travaux de vieux) ... Un rire qui donnait  de la force, qui dissipait la brume ... Allez camarade Fabienne, me suis-je dis, arrêtez donc de vous plaindre (oui il m'arrive de me vouvoyer) tout va bien pour l'instant. Et il m'est revenu la blague du type qui tombe d'un gratte-ciel et qui à chaque étage se répète : Jusqu'ici tout va bien ! Jusqu'ici tout va bien ! Du coup j'ai ri. J'ai ri avec Fromanger, avec les oiseaux de la Dombes, avec les types qui tombent... J'ai ri à chaque étage de la vie. De ma vie. 

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chevaux

Voilà un titre étrange qui nous laisse songeur quant à son contenu avant de l'avoir ouvert : Mort d'un cheval dans les bras de sa mère. J'ai lu tous les livres de Jane Sautière et noué une grande confiance quant à sa manière de déployer sa mémoire pour nous embarquer vers des questions plus complexes et collectives. Pourtant certains résumés concernant celui-ci auraient pu soulever de la méfiance chez moi : la relation d'une écrivaine aux bêtes (aux animaux ?). Heureusement, je me doutais bien qu'il serait question d'autre chose. Un des premiers chapitres m'a donné très vite une clé de lecture. A partir des souvenirs du documentaire Le Sang des bêtes de Georges Franju tourné aux abattoirs de La Villette en 1949, Jane Sautière décrit l’abatage d'un cheval avec une telle justesse que j'ai été saisie aux tripes comme jamais, bien plus que pendant le visionnage du film. D'ailleurs j'ai pleuré, ce qui m'arrive très rarement en lisant un livre. Le magnifique cheval blanc décrit - il  pourrait  être la version âgée du Magnifique dans la Belle et la bête de Cocteau - s'effondre de toute sa hauteur, assommé par le boucher. En quelques coups de couteau il n'est plus un animal mais un morceau de viande.Quelque chose de terrible a eu lieu. J'avais vu le documentaire mais le texte m'a ébranlée bien plus violemment, moi qui pourtant mange de la viande. Moi qui m'entoure peu d'animaux sauf quelques chats qui finissent toujours par disparaitre. Alors dans quel bras m'étais-je fourrée avec ce livre ? Comme souvent avec Jane Sautière ce qui est creusé va bien au-delà de la thématique du livre comme la maternité avec Nullipare ou les vêtements avec Dressing, etc. Lu d'une traite puis relu plus tranquillement, j'ai noté sur le carnet qui accompagne les lectures qu'il était question de notre inépuisable besoin de consolation. Les bêtes meurent nous le savons. Elles meurent avant nous le plus souvent alors nous pouvons les côtoyer, les choyer, les aimer sans jamais oublier leur mortalité. Cette mortalité que nous avons du mal à regarder en face quand elle nous concerne directement. Dans les yeux des bêtes nous regardons la vie sans la dissocier de l’inéluctable qui adviendra : Notre propre mort. Les bêtes nous consolent, un peu parce que nous portons leur deuil.  Mort d'un cheval dans les bras de sa mère aux éditions Verticales. 

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Dès le début de mon séjour à Saint-Nazaire, j'ai entendu parler des Forges de Trignac. C'était peut-être Jean-Louis Vincendeau dont les parents ont tenu le magasin Les Galoches de Trignac qui les a évoquées en premier. Des mots qui sonnaient bien. Je les ai vues un jour, de loin, alors que j'étais perdue sur la quatre voies du côté de Montoir. Des fantômes, ai-je pensé. Il pleuvait, la circulation était dense, je n'ai pas pu prendre de photos. Il y a quelque jours, j'ai été invitée à une réunion de l'association La belle industrielle (encore des mots qui sonnent bien) qui œuvre à la conservation et la valorisation des Forges désaffectés, petit à petit après la deuxième guerre mondiale.  Installés dans un ancien bar, face comptoir, nous avons discuté de ce que signifiait le travail de mémoire. Car si le bâti est un impressionnant, ce qui doit rester à jour ce sont les conditions de travail des milliers d'ouvriers qui ont fabriqué le métal dont les chantiers navals étaient gourmands. L'entreprise connaîtra de nombreux déboires financiers et les grèves qu'on n'appelait pas encore mouvements sociaux, se sont succédé. L'écrivain Jean-Pierre Suaudeau vient de publier un livre chez Joca Seria sur les Forges. Il raconte avec force et poésie les vestiges de béton, les hommes, les luttes d'ici et aussi celles des gars des hauts-fourneaux de l'est du pays. Ma résidence s'achevant cette semaine, j'ai été voir sur place les fameuses forges. Je me suis d'abord perdue dans les rues de Trignac, puis j'ai suivi le Brivet à travers la Zone Artisanale. Certes, le lieu offre une belle scène de crime pour série policière, et il ne faut pas être dégouté par les monticules de merde et de papier toilette, mais la visite reste impressionnante et, pour moi, émouvante. Les usines, les aciéries, les ouvriers mon terreau littéraire. Je photographie, un peu trop vite comme toujours quand je suis émue. Je croise trois types en tenue de travail, des gars de la Ville comme ils me disent. Ils repèrent le chemin qu'ils auront à nettoyer bientôt. Ils commentent : Faudrait tout raser. Rénover c'est trop cher. Il y avait un mur d'escalade mais c'est tout écroulé. Trop dangereux. Un coup de bulldozer et ... Ça a de la gueule tout de même. Vous avez pas peur d'être là ? Je raconte les hauts-fourneaux d'Amnéville, de Florange comme si cela pouvait me mettre à l'abri d'une mauvaise rencontre. La pluie a chassé le soleil, il faut se quitter. Je rejoins ma voiture d'un pas rapide, je suis contente de faire partie de La belle Industrielle. 

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Ce dimanche matin, je suis partie user ma mauvaise humeur sur le chemin côtier, du Grand Traict jusqu'à Pornichet, trois heures aller-retour. Après TOUTE UNE NUIT au Garage à faire écrire une trentaine de personnes jusqu'au matin (on a parfois de ces idées), la fatigue a fait virer ma belle énergie en une humeur plus grise. Il était temps de me dépenser en marchant. Pour ne rien perdre de mes pensées ronchonnantes, j'ai convoqué  Arthaud, Céline, Violette Leduc dans mes méditations. Les bougres et la bougresse savent  parfaitement bien nourrir ma détestation du monde de certains jours. La brume se transformait en bruine et je n'avais de cesse à bougonner contre les bâtons des marcheurs nordiques, les collants des adeptes du running (on ne dit plus footing) qui font la jambe maigre et le cul bas. M'interrogeant sur la capacité des humains à payer très chères des tenues qui font la publicité gratuite aux entreprises du CAC 40 dont la plupart exploitent, sans vergogne, les petites mains du Bangladesh ou de Turquie. Même les mouettes paressant sur l'eau, ne parvenaient pas à réveiller un brin d'empathie envers les sportifs du matin quand au bout de la plage, j'ai vu venir vers moi, un homme en short court et ample, comme les athlètes en portaient communément à la fin du vingtième siècle, révélant des cuisses musclées et rosies par l'effort. Il a relevé la manche de son sweet délavé dépourvu de toute marque publicitaire apparente pour regarder sa montre qui n'était pas connecté. Il avait un bel avant bras qui est la partie qui m'émeut le plus chez les hommes. Le passage étant étroit je me suis plaquée à la roche pour le laisser passer tranquillement. Il m'a gratifiée d'un très beau sourire que j'ai emportée avec moi car il était temps de rentrer mes griffes. Le soleil perçait derrière la brume, les mouettes se sont envolées poussant des cris amples et j'ai eu cette phrase qui prouvait mon changement d'humeur : Dieu est grand certains jours  !

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brume

1 - Quand le paysage, vu de mon bureau,  me déprime, je vais marcher. Dehors, il prend une autre dimension. Les bruits, la sensation de froid, la présence des oiseaux ou d'autres humains redonnent de l'ampleur à ce qui semblait être un jour gris. Mon corps en mouvement fait barrage aux idées noires. Le ressassement devient pensée. Je marche avec le monde, il ne m'engloutit plus sous les mauvaises nouvelles. Ce matin-là, de la brume. Je prends l'appareil photo et pars sur le chemin, toujours le même, de la petite route vers le pont de pierre, puis je bifurque vers les vergers, je continue le long du Gelon, longue ligne droite avec parfois la surprise d'un héron cendré. Sur la départementale des fourgonnettes blanches se croisent - des artisans pour la plupart - après le pré aux vaches, toujours l'agriculteur (le fermier, l'exploitant, comment nomme-t-il son métier ?) s'active. Nous nous saluons mais il y a un tout un monde d'ignorance entre nous. Derrière, la grille le chien noir grogne, grogne, grogne toute dents dehors et moi je l'emmerde. La maison aux volets pervenche, puis la petite route qui monte, le pré aux ânes et j'arrive à la grande bâtisse dont je n'ai jamais vu le propriétaire. Une dernier bout de route et j'ai fini ma boucle. J'ai marché presque deux heures. De prendre toujours le même chemin, c'est ça qui me plaît. Je peux me laisser surprendre par un détail nouveau, un changement. Le même chemin et pourtant toujours différent, forcément. Je tape mes souliers contre le banc et j'ouvre la porte. Le paysage entre avec moi. 

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Il me reçoit dans la salle à manger de sa maison, sa femme prépare le café et offre les gâteaux. On parle des chantiers de l'Atlantique. Il y est entré en 56, il avait 14 ans. Il me montre son marron, le badge qui servait à pointer. Je découvre, collée dessus, la photo d'un petit gars, un enfant. Entré comme mousse puis  devenu traceur de coque, un métier noble. Plans tracés grandeur nature sur un grand parquet en bois. Une salle immense. Il se souvient, raconte. Le froid mais le salaire intéressant et cette fierté d'appartenir à la navale. J'écoute, je note, je regarde le gamin sur le badge et je rate la photo. Décidément, Saint-Nazaire m'impose souvent du flou. Il raconte la croisière sur le France offert par les gars au moment de la retraite, et la fierté quand le commandant le présente aux autres voyageurs et exprime sa joie d'avoir un des bâtisseurs à bord. Il raconte les grèves de 67, deux mois sans reprendre le boulot, la solidarité entre les ouvriers. Il raconte aussi les problèmes d'alcool, la centaine de cafés dans la rue de Trignac vers les chantiers, quartier Penhoët. La paye touchée en liquide et dépensée en liquide. Il raconte des histoires qui ne sont pas tout à fait inconnues, mais qui, dites-là avec la photo du petit mousse posée devant soi, ajoute un réalisme qui bouleverse. On parle encore du France, des méthaniers et des nouveaux paquebots, toujours plus grands, des buildings flottants qui trimballent plus de 3000 touristes. Moins de gueule c'est sûr : Oui, mais, ça a ramené le boulot à Saint-Nazaire. 

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Après un long moment d'écriture, balade dans la campagne aux alentours. Fesses molles, dos vrillé, se tenir loin de l'écran. A cette heure de l'après-midi où il fait presque nuit, je marche vite. Il fait frais. Je pense à celle qui nous a quittés, il y a quelques jours, Françoise Héritier et même si je ne la connaissais pas personnellement, j'ai envie d'écrire : celle qui m'a quittée. Pas toujours besoin des corps pour se sentir proche. J'avance. Le souffle des chevaux me surprend avant même d'apercevoir leur silhouette. Sur le chemin me reviennent le nom, les visages, les histoires d'autres femmes qui m'ont quittée, pas des sœurs, pas des mères mais d’irremplaçables compagnes de route. Celles dont les écrits, les propos et aussi l'art de vivre m'ont aidée à exister, j'allais écrire à m'inventer. Je murmure leurs noms sur le chemin où je suis seule : Thérèse Clerc, Hannah Arendt, Anne Dufourmantel, Marguerite Duras, Susan Sontag, Jeanne Moreau, Christine Daure-Serfaty... Je marche avec mon chagrin mais, pas un chagrin qui engloutit les forces, bien au contraire. Elles sont  présences, là tout de suite, sur le chemin boueux qui contourne les champs. Je marche, personne ne sait que je suis là, et c'est un grisant sentiment de liberté. Dans le taillis noir, arbres sans feuilles, quelques cris d'oiseaux dont je ne saurais dire si ce sont ceux du jour ou de la nuit

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Saint-Nazaire. Photo floue d'un soir où le soleil se retirait du jour avec un certain panache. Choisir la plus floue parce qu'il y a tant de clichés sur cette ville et les chantiers qui se concentrent dans le quartier de Méan-Penhoët que j'ai du mal à trouver des mots justes. Alors pour l'heure, moi qui ne suis ici à Saint-Nazaire que depuis dix jours, je préfère me tenir dans le flou de ma résidence même si je rencontre, chaque jour, ceux du travail de nuit, des horaires décalés. Et bientôt celles du ménage tôt le matin. Une résidence permis par le CCP, le centre de culture populaire. Je questionne, je note et je me méfie de la carte postale. Je rencontre des gars qui bossent, qui triment, qui s’abiment la santé avec les trois-huit pour construire ces énormes paquebots qui emporteront leurs milliers de passagers consommer du voyage comme on se sert dans les rayons d'un hypermarché. De toute façon sur les paquebots on y monte jamais, me dit un jeune charpentier fer rencontré dans le bar de la base sous-marine, et je ne sais pas si c'est du regret, de l'indifférence ou peut-être même une forme de résistance. Il raconte aussi les visites des chantiers organisées par l'office du tourisme mais jamais dans son atelier à lui,  trop vieux, trop sale. Les vieilles ampoules jaunes, ça ne fait pas rêver les touristes. Je note, je prends des photos floues. Il est des villes qui vous rendent modeste. 

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Parfois. Rien. Parfois rien ne vient. On voudrait écrire quand même. On s'obstine. Écrire c'est notre métier. Notre mode d'expression. Mais rien. La barre verticale clignote sur l'écran blanc. Sans impatiente, sans dépit.  On se dit à soi-même : si tu n'as rien à dire, tais-toi !  Va faire des photos ! Va marcher sur le chemin !  Lis un livre ! Mais, le problème est qu'on a rien envie de faire. On aligne tout de même quelques lignes pour le bruit familier des doigts sur le clavier. Pour l'alignement des phrases. On insiste. Contre l'écran, contre soi. La page blanche, l'écran vide c'est avant tout la peur de ce qui pourrait s'écrire. Ce qui pourrait surgir. Parce que ce serait trop violent, trop impudique. Pire ce serait mou. Le mou de son propre corps. Le mou de ses propres pensées. L'absence de courage. On voudrait secouer le cocotier. Ébranler la blogosphère (oui on utilise parfois des mots pareils ). Tirer sur la corde ou donner le coup de hache qui soit de la littérature. Mais non. C'est mou. On a cherché dans les mots des autres et on n'a pas trouvé de quoi pimenter sa prose. Alors on aligne. On relit. On hausse les épaules. Les yeux s'échappent vers la fenêtre mais  les nuages gris rosé du ciel ne parviennent pas à électriser ni la phrase, ni le paragraphe. On a mis noir sur blanc l'absence de goût d'une journée. On espère que demain... et on flanque un point final au tout, ça au moins cela fait un peu de bruit.

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Château de Chaumont sur Loire. Catherine de Médicis y a vécu, Madame de Staël aussi ainsi que le prince Henri-Amédée de Broglie. On visite la chambre du roi, de la reine, la salle de garde, la salle du conseil. Meubles d'époque, tapisserie restaurée. On s'y croirait. C'est impressionnant. Beau ? Je ne sais pas. Des artistes ont investi les lieux dont Sarkis qui s'est installé dans les combles, là où dormaient les domestiques. Peintures écaillées, restes de tapisserie, meubles poussiéreux. Dans les cuisines aussi des installations artistiques mais plus de traces des étagères, des crémaillères, des ustensiles. Comme dans nombre de châteaux, sont mis en évidence les modes de vie, les objets, les œuvres des nantis, des aristocrates. Les employés, les artisans... les petites gens qui trimaient, cuisinaient, entretenaient sont quasi inexistants dans l'histoire du lieu. Disparus. Quelques effets dans les combles et les oubliettes de l'histoire. J'avais vécu la même expérience au Havre avec une exposition sur la vie d'un grand paquebot dont j'ai oublié le nom. Des photos de voyageurs, des gros plans sur les personnes célèbres, la salle de repas, les ponts de première classe mais quasi rien sur le personnel et les marins. Pas de soutes, de salles des machines, de cuisines... Le monde du travail évacué de l'historique, de l'histoire. Il est certain qu'on prenait rarement son valet de chambre ou sa bonne en photo, mais il pourrait y avoir une forme de reconstitution ou des témoignages écrits. Ah mais que je suis sotte, je n'avais qu'à visiter un écomusée. L'éternelle histoire des classes sociales.L'oeuvre au centre de la photo est de l'artiste Sarkis

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Cinq euros de moins par mois, ce n'est rien pour celui qui n'a jamais cherché désespérément dans ses poches, le fond de son sac, dans ses tiroirs de quoi s'acheter un paquet de café, des tickets de métro, un paquet de cigarettes, une boite de paracétamol, du pain etc. Cinq euros  ? De la chiure de mouche pour ceux qui ont des salaires correctes, des frais professionnels remboursés, des primes annuelles, des voitures de fonction et la gratuité aux spectacles, musées etc. Ceux qui ont de la chance d'avoir les moyens de vivre décemment et bien plus. Cinq euros enlevés à l'allocation logement pour eux ce n'est rien. Il faut être un sans dents, un gagne-petit, un moins que rien pour s'offusquer de perdre si peu. Pourtant cinq euros c'est une vraie perte pour ceux qui gagnent peu. Oui Monsieur Macron, oui Messieurs et Mesdames les Ministres, en France il y a beaucoup de personnes et pas seulement des chômeurs mais aussi des bas salaires, des précaires pour qui cinq euros est un vrai manque. Cette mesure est un acte de mépris, que dire d'autre, même si l'APL vient surtout enrichir les propriétaires et qu'il faudrait vivre dans un monde où ceux qui travaillent, étudient, élèvent des enfants, participent à la vie sociale devraient non pas obtenir des aides mais un salaire décent. Pour l'heure, cette réduction est un acte qui en dit long sur ceux qui la décident. Alors j'espère, oui vraiment, j'espère que ces cinq euros se transformeront en une fameuse goutte d'eau qui fera déborder le vase. Celle qui va ébranler l'édifice de ceux qui trouvent raisonnable voire audacieuse une telle décision. Ceux qui ont les dents longues, les poches garnies et qui se mettent en marche sans prendre garde si leurs pas en avant écrasent les citoyens du pays. Cinq euros :  le prix d'un crachat. 

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