[le site de Fabienne Swiatly ]

L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

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Les supplétifs, on les appelait ainsi les harkis ou encore les Rona (rapatrié d'origine nord africaine). Ce n'était plus des simples français. Ils avaient servi le gouvernement de l'époque et on en laissa plus de 150 000 entre les mains du FLN. Supplétif, celui qui complète, que l'on met à la place de. Il n'était pas des frères, même pas des amis algériens. Seulement, des bras que l'on arme quand c'est nécessaire - pour suppléer - et que l'on désarme dès qu'il s'agit de fuir. Ceux qui furent emmenés perdirent leur nationalité française le temps d'une traversée en bateau et se retrouvèrent isolés et abandonnés dans des campements à Rivesaltes ou dans le Larzac. Sur France Culture un fils de harki raconte comment il a vu, dans un camp, un de ces expatriés obliger ses enfants à participer aux levées des couleurs tous les matins, le drapeau était une serviette, puis un jour il les tua tous à la chevrotine ainsi que leur mère. Pierre Joxe connait-il cette histoire ? Lui qui en 1961 comme Ministre d'Etat aux Affaires algériennes défendit à des officiers d'honneur de rapatrier les soldats algériens qui s'étaient battus à leurs côtés. Il prétendait alors que la France s'en occuperait bien et qu'il était impensable de les abandonner. L'impensable n'empêche pas l'horreur. Mais se lavent-t-ils seulement la bouche ceux qui osent ainsi avec les mots mettre un paravent entre le peuple et la vérité, entre l'histoire et leurs lâchetés ?  
La fabrique de l'histoire - france culture.                                                                                                                                                                                                            

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Comme ils m’écorchent les oreilles les gardiens autoproclamés de la Langue. Ceux qui aiment faire rouler le mot dans leur bouche et l'employer ensuite avec un "lan" qui semble baigner dans une sauce grasse et un "gue" qui suit en une brève érection. Une langue qui existerait en soi et dont eux seuls maîtriseraient l’usage. Comme si à l'origine du langage, il n'y avait pas des humains qui tentent avec les mots de fabriquer du bien commun. Leur Langue, c'est l'esprit qui vient directement s’exprimer dans leur bouche de sachant. Ils devraient pourtant se méfier, car il en est un qui a oublié de tourner sept fois sa langue dans la mangeoire avant d’avouer sa haine pour ceux qui viennent bâtardiser notre belle langue française, si lumineuse, si blanche. Il est parti langue pendante se faire oublier car même pas on lui a fait la grâce d'un bâillon. Il aimait pourtant bien délier sa Langue chez l'autre qui a obtenu voie libre sur la radio. Un gardien ou plutôt un châtelain, quelque peu solitaire et aigri, réfugié dans une forteresse de livres sérieux, car sa mère le priva, petit, d’accès aux bandes dessinées et à l'imagerie (que les mères peuvent être sottes parfois). Mais il lui arriva presque de sourire devant nos espoirs déçus d’une France black, blanc, beur et multi-langues. Alors quand je les entends avec leur Langue, j'ai l'impression qu'ils n'ont pas quitté le miroir, celui que j'embrassais gamine pour m'entraîner à rouler une pelle. J'avais si peur de me confronter à la langue des garçons que je préférais cet ersatz de baiser. Heureusement, j'ai osé aller vers l'autre, alors le mot langue me ramène à celles que j'ai invitées à rencontrer la mienne, les  joueuses et fines, les lentes et précises, les gourmandes et fouineuses et même celles qui savent se faire si délicieusement vulgaires. Des langues qui font oublier la mort. Alors ceux-là avec leur Langue en sauce, qu’ils se partagent la soupe car jamais, même les soirs de grande fatigue, ils ne m’ont donné envie de les inviter en moi, même pas à la lisière de mes fesses.

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Cet enfant ne dort pas, il écrit. Depuis quelques mois, pendant mes ateliers, je tente de donner à comprendre que l'écriture ne se limite pas à mettre des mots sur une feuille ou un écran. Qu'il y a l'étape du questionnement qui pour les uns se joue la nuit, pendant une randonnée, en faisant du vélo, en gérant son insomnie... puis vient celle du brouillon : noter, coller, chercher des infos sur internet, dans les livres, regarder des images, mettre à jour son blog (à écouter sur Remue.net : Les écrivains sont-ils brouillons ?). Le passage à l’écriture est chargé de ces moments où quelque chose flotte pour venir se préciser ensuite sur la page. Alors avec les enfants, je propose de fermer les yeux, de poser la tête sur ses bras ou la table et d'écouter un poème, puis les inviter à voir ... les yeux fermés. Après un quart d'heure ou plus, ils peuvent écrire. Constater que pour certains enfants, il est difficile de s'abandonner, alors je dois leur répéter plusieurs fois : Pas d'inquiétude, je surveille le monde. 
"Je vois les poèmes que Fabienne nous a racontés, puis je vois du noir, puis je vois des figures géométriques, puis je vois mon sang qui descend dans mon cœur, puis je vois ce que tu penses."

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Les poètes comptent leurs heures maintenant ? Et vous savez quoi ? Les poètes demandent même, parfois, des sous. C'est fou, cette absence de légèreté. Il parait qu'ils ont faim et soif. ça rime à quoi ? Poètes qui ne se contentent plus de garnir l'affiche mais veulent aussi garnir leur frigo. C'est con un poète si on y pense, ça bouffe comme les autres. Et même que certains ont des enfants qui ne se contentent pas de manger le blanc des livres, pourtant le meilleur morceau. Les poètes dédaigneraient-ils leur verre d'eau fraiche ? Les poètes ne se conteraient-ils plus des minima amoureux. Les poètes seraient-ils pénibles com