[le site de Fabienne Swiatly ]

L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

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Le bavardage du monde qui fatigue à trop écouter la radio. Les voix assurées des spécialistes dans leur corps nourri de certitudes et de bonnes chairs. Ils devraient enfin avouer combien ils se sont trompés. Mais ce qui se passe-là ne les déstabilisent pas. Et ils s'appuient sur les mêmes discours pour dire, encore une fois, ce qu'ils savent. Ils possèdent les mots, la pensée, les analyses. Ils occupent le monde avec un langage pauvre. 

Et me reviennent les mots de Patrick Chamoiseau : il [l'écrivain] se trouve désormais en face du monde, comme au débouché d'un immense paysage. Un paysage indéchiffrable, avec ses impossibles, ses écrasements, ses vertiges de souffles et de possibles à définir. 

Paragraphe d'un texte qui clôt le livre Les tremblements du monde, le récit d'une aventure menée avec La maison des passages de Lyon en compagnie de Patrick Chamoiseau. Des ateliers  d'écriture proposés aux habitants du 5ème et 8ème arrondissement. Des ateliers pour écrire son  monde à soi en s'appuyant sur des phrases ou des mots issus des livres de l'écrivain antillais et  dont la force créatrice m'accompagne encore maintenant : Quand les murs tombent - Opacité et bruits du monde - Guerriers de l'imaginaire - Tout-monde -  Prophétiser le passé - On ne quitte pas l'enfance, on se met à croire au réel, ce que l'on dit être le réel...

Tout à l'heure je retrouve une classe de CM1, j'aimerais les frotter à ces mots. Peut-être est-ce trop tôt ou trop difficile. Je ne sais pas. L'envie pourtant. Souvent quand j'arrive dans un atelier traversée (chargée) fortement par les écrits d'un auteur, l'atelier fonctionne bien. Comme si nous étions deux à animer. A transcender l'instant. Mais le plus souvent, je le fais avec des adolescents ou des adultes. Les enfants me sont plus mystérieux. Je dois conserver en moi, cette idée inepte de l'innocence de l'enfance. Un monde où les facteurs se cassent le bout du nez et continuent à chanter pirouette-cacahouète.

J'aimerais que l'écriture leur offre un outil contre ceux qui voudraient rétrécir leur avenir pour cause de trop de complexité. Ceux qui savent même quand ils se trompent. Ceux qui parlent avec la même fièvre qu'un enfant qui tente de cacher une bêtise par un blabla incessant. Parler pour faire barrage à la vérité. 

Tout à l'heure, avec les enfants nous élargirons le paysage avec des mots. Rien d'extraordinaire mais tout de même différent. Et je répèterai, encore une fois, qu'ils ne doivent pas laisser les autres mettre des mots dans leur bouche. J'espère que l'enseignante aura envie de sourire.