[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est l'ecchymose, douleur qui s'efface.

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30 - La Caboulotte. Dernière. Levée tôt pour finir de ranger, vider la Caboulotte qui est redevenue Rouge-Gorge de son nom de baptême. Des ami.es du camping étaient là pour saluer mon départ. Je voulais partir avant leur réveil mais c'était bien de prendre un café avec eux. J'ai souvent du mal à dire au revoir. Onze mois passés ici dans une aire naturelle près de Bourdeaux. Un lieu géré par un collectif de 18 personnes dont je fais partie. Un lieu ouvert aux campeurs et campeuses, aux ami.es et parfois on y accueille aussi des groupes de travail, des artistes, des camps de jeunes... Et parfois la surprise d'une lecture improvisée, d'un solo de violon sous les arbres, d'un cours d'impression végétale, etc. Et son lot de soucis aussi, forcément. Même si j'ai tendance à apprécier la solitude, j'aime sentir qu'ici est aussi l'espace vivant d'autres personnes. Pendant l'hiver où la solitude était particulièrement prégnante, il me semblait ressentir leur présence. Il y avait du nous dans leur absence. La gestion est collective mais aucune obligation de vivre son séjour en communauté. On peut s'isoler avec son ou sa compagne ou ses invité.es. On peut saluer de loin et ne pas venir aux apéros du soir. Le contraire est possible également. Évidemment la gestion collective a ses contraintes surtout que nous habitons ailleurs, certains même hors de France (ma présence sur un temps long est une exception). Seule l'agricultrice associée habite sur place. Inutile de dire que les Assemblées Générales sont des moments délicats car il faut prendre de nombreuses décisions sans avoir vraiment eu le temps de les débattre. Il arrive que l'un ou l'autre quitte l'Assemblée en pestant ou se promettant de vendre sa part. Puis les week-ends travaux nous remettent d'accord ou au moins en amitié. Au-delà de la beauté du site, j'apprécie ce lieu pour le faire ensemble qui s'invente au fur et à mesure. Et cette aventure collective, je l'emmène avec moi alors que je ne sais pas encore bien ce que signifie vivre dans un habitat roulant. Dans un fourgon. Seule.
Fourgon dans lequel j'écris cette ultime chronique de La Caboulotte qui deviendra bientôt la chronique de Mon Chéri puisque j'ai baptisé ainsi mon Crafter (oui cela me fait rire). Il est garé à  l'ombre d'un immense thuyas qui souffre terriblement du manque d'eau. La porte est ouverte. J'entends des voix d'enfants et les grondements du ciel mais pas de pluie attendue. Je vais y rester deux jours, au-dessus de Maclas dans la Loire. Le temps d'apprivoiser les rangements, les circuits électriques (je suis quasi autonome en électricité grâce un panneau solaire sur le toit). Et je ne sais toujours pas quel est le meilleur endroit pour poser ma brosse à dents. Dans ce fourgon je suis bien et je le dois au travail de Xavier Meyer de Vanroadevasion qui a su m'écouter et répondre à mes besoins en respectant mon budget. La Caboulotte est loin. Le fourgon est là. Je ne sais pas encore ce que je vais faire de mes prochains jours. Écrire est la seule certitude, Mon enracinement dans la vie. Depuis longtemps. Écrire. Bonne qu'à ça. Tant mieux.