[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

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29 - La Caboulotte. Pour la première fois, depuis septembre, j'ai eu du mal à écrire cette chronique. J'ai repoussé, j'ai ouvert-fermé l'ordinateur, j'ai écrit-effacé. Il est vrai que l'aventure en soi ou plutôt l'expérience prend fin. Je vais quitter la Caboulotte dans deux semaines. En attendant je trie, je range et je donne-jette le peu, qui est déjà du trop, accumulé pendant ces onze mois. Des livres achetés ou reçus, des revues, des coussins, quelques vêtements achetés sur un vide-grenier, jolis mais totalement inadaptés à mon futur mode de vie et des cailloux que je ne peux m'empêcher de ramasser. Changement de rythme aussi ces dernières semaines à répondre aux invitations des festivals et pas mal de va-et-vient entre la Drôme et Lyon (docteur, dentiste, vie de famille). Mon Crafter arrive samedi et j'ai le trac : Je vais VRAIMENT vivre dans un fourgon. Et ce pour deux ou trois années au moins. Mon ventre se serre. Mes yeux se plissent. Des larmes de soulagement. Des larmes d'appréhension. Des larmes de fierté. J'ai osé. Mieux : J'ose. Les onze mois passés dans La Caboulotte auront été une étape préparatoire nécessaire et surtout heureuse. J'ai appris à restreindre ma consommation d'eau, moins de 10 litres par jour (la consommation moyenne en France est de 150 litres par personne). Comme je n'utilise quasi aucun produit de nettoyage (sauf du savon) l'eau est récupéré et utilisé pour l'arrosage de mon jardinet et les WC. L'usage de la douche collective aura été est un moment de fête surtout l'hiver quand il faisait froid mais pas tous les jours. J'ai utilisé au maximum ma lampe solaire Lagazel dont j'adore le design. J'ai appris à vivre dans la pénombre quand je n'ai pas spécialement besoin d'éclairage. L'hiver j'ai privilégié la bouillotte et le rajout de couvertures. Je ne suis pas exemplaire - téléphone connecté, ordinateur connecté, appareil photo connecté - Mais je suis ravie de cette sobriété en cours, même si je sais parfaitement que seul un changement radical et surtout collectif parviendra, peut-être, à sauver nos vies sur cette planète (et non pas sauver la planète qui s'en tape cordialement. Mars s'en fout d'être un tas de cailloux sans vie). Je parvenais pas à écrire cette chronique car c'est l'heure du bilan et je  prends conscience de tout ce que je n'ai pas fait. Alors le mieux est de me concentrer sur l'expérience à venir, organiser le matériel à emporter, déplier les cartes et trier encore et encore. Je dois privilégier le peu encombrant, éviter le jetable et surtout me délester du poids de la peur, expression utilisée par les grands marcheurs : apprendre à délester le sac de la peur d'avoir froid, la peur d'avoir faim, la peur de tomber malade, la peur de l’obscurité, la peur de manquer. La peur qui alourdit le sac en matériel inutile. Il est temps aussi d'organiser mes déplacements à venir pour ne pas consommer trop de carburant. Nomadisme ne signifie pas se déplacer tous les jours, bien au contraire. Je ne veux pas consommer du paysage mais découvrir les lieux où je vais m'arrêter. Rencontrer des gens. J'en parlerai plus tard sur mon nouveau site en cours de création. Site qui ouvrira ses pages début septembre quand je serai à Saint-Nazaire où je débuterai officiellement ma vie de bohème.