[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

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22 La Caboulotte - Tombe la neige. Une journée entière. Silence impressionnant des oiseaux. Une belle poudreuse qui recouvre tout le paysage. Par moment le bruit du grésil emporté par le vent. Je décide aussitôt de creuser un chemin de subsistance comme disent les encabanés canadiens. Ceux et celles qui aiment traverser l'hiver dans des cabanes rustiques en pleine forêt. Creuser un chemin vers l'eau, vers le bois, vers la voiture tant que la neige n'a pas gelée. S'organiser différemment pour éviter de tout mouiller. Emprunter une paire de bottes aux amis de la ferme du dessus. Pratiques pour marcher dans la neige mais pas facile à retirer quand on est seule. La neige. Je suis traversée par une joie enfantine et un peu d'appréhension : combien de temps ? Penser aux agricultures qui doivent lutter contre le gel. La neige, le froid me contraignent au repli même si j'ai traversé les bois et les prés en sautillant comme une gamine. M'enfonçant parfois jusqu'aux cuisses. Mes traces qui viennent se mêler à celles facilement reconnaissables du lièvre. Puis se sécher et se poser au chaud. J'ai de quoi lire et écrire. Je me suis lancée dans la lecture des carnets de Pierre Bergounioux qui est un écrivain que je connais mal. Une écriture en ombre et lumière. Mais l'ombre est parfois terriblement menaçante sans qu'il ne nomme jamais la menace. C'est là. Ses obsessions. Les insectes qu'il immortalise tout en réduisant leur vie pourtant déjà brève. Son besoin d'apprendre ou plutôt de connaître. Le lumineux d'une partie de pêche, puis l'accablement après une longue journée comme prof. Je lis avec intérêt mais mon étonnement tout de même qu'à la date du 10 mai 1981, il soit seulement noté : Mitterrand est élu. Pas un seul commentaire sur ce qui fut un événement (joyeux ou terrifiant) pour toute la France : la gauche prend le pouvoir. Troublant. Et moi qui tiens un journal quasi quotidien depuis mon installation ici, je m'interroge sur mes propres oublis. Je relis des passages. L'Ukraine, les élections, la pandémie sont bien présents, même si mes commentaires ne sont jamais très longs. Une nuit sous la double couette et déjà la neige se soumet au soleil du matin. Bavardage des oiseaux. Les toits, les rebords de fenêtres, les branches des arbres gouttent. Retour aussi  des vautours qui quadrillent scrupuleusement le territoire. Ils ont faim. Cette fois-ci j'en compte plus d'une vingtaine. Trop loin pour que je les prenne en photo de manière intéressante. Il fait un temps à marcher, ce que je vais faire tout à l'heure, appareil photo à la main, bottes aux pieds. Moi aussi j'ai faim. De lumière.