[le site de Fabienne Swiatly ]

Le fond d'écran de l’ordinateur qui aspire.

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20 La Caboulotte - Dans le Bois de Vache marchant au milieu des hêtres m'est revenue la question posée par une amie : Toi qui vis un peu en dehors du monde qu'est-ce que tu penses de la guerre en Ukraine ? Je ne vis pas en dehors, je vis différemment que les années passées. Un peu plus solitaire que ceux et celles de mon entourage. Un peu plus contrainte dans mon espace de vie. Mais je vis dedans ce monde. Penser donc ? Je ne pense pas grand-chose mais, comme beaucoup, je ressens peur, indignation, impuissance ... Je ne parviens guère à penser au-delà de mes émotions. Je ne parviens pas à une pensée suffisamment forte pour se transformer en actes, car c'est bien d'actes dont a besoin l'Ukraine. Exprimer une opinion, je peux. Envoyer de l'argent, je peux. Faciliter l'accueil des réfugié.es, je peux. Mais ravitailler l'Ukraine en armes ? Envoyer des hommes se battre sur le front ? Déjà j'hésite. Déjà du Trop tard plombe ma matière grise. Je me méfie du prêt-à-penser (à dégainer) médiatique. Par expérience - ma mère était une jeune femme allemande pendant la deuxième guerre mondiale et mon père un soldat dans l'armée français - j'ai subi les analyses simplistes : d'un côté  les méchants (les Boches) et de l'autre les gentils (les Français). Pour apprendre bien plus tard que se jouait aussi le drame des égos machistes à la tête des Nations car une guerre met en jeu des intérêts financiers qui forcent bien des politiques à détourner leur regard. Alors que répondre à cette amie ? Je pense mille choses dont si peu, voire aucune, ne semble pouvoir agir sur la situation. Et pour l'instant rien ne change dans nos habitudes, sauf à réduire notre consommation d'essence car le prix en est trop élevé. De retour à la caboulotte, je me suis installée sur les marches extérieures et j'ai regardé autour de moi en poussant un soupir de bien être. Je constate que déjà des violettes, déjà des primevères, déjà des jours plus longs, déjà le printemps, déjà la guerre. Je taille avec mon beau vieux couteau des branches qui deviendront tuteurs pour le mini jardin printanier que je veux m'inventer. Et je pense à toutes les  femmes agissantes croisées la semaine passée à Coulommiers, Paris et Lyon. Celles qui agissent sur le terrain de l'action solidaire, éducative, émancipatrice et créative. Femmes qui n'attendent pas les hommes pour agir comme ces poétesses réunies autour de réfugiées afghanes à Rillieux-la-Pape où elles ont clamé que La poésie est une épée. D'autres femmes encore qui font entrer la poésie dans les écoles et les médiathèques. Oui, des femmes qui n'attendent pas les hommes pour agir. Des femmes entre les mains des quelles je mettrais bien le destin de mon pays. Des femmes qui me donnent une colonne vertébrale et que parfois, je me demande : qu'est-ce qu'on attend pour prendre le pouvoir et organiser le monde différemment. Il y aura bien des hommes pour nous rejoindre. Fatigués par les impasses où s'engagent les plus puissants qui, soi-disant, nous représentent. Des hommes pour ne pas nous trouver naïves mais fortement inventives. Je vais lui écrire cela à l'amie qui me pose des questions, moi qui ne suis pas en dehors du monde.