[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est le bleu changeant du ciel comme une fiction.

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La caboulotte 15 - J'étais ailleurs. D'abord vers le bassin d'Arcachon à profiter d'un soleil qui n'était pas de saison mais bien pratique pour marcher, pédaler et découvrir marais, plages, océan,  cabanes à huitres ... Eprouver de la joie, ce mot que j'utilise si souvent car j'ai parfois peur que nous n'osions plus, sachions plus, pouvions plus l'éprouver. En vacances chez celui que j'appelle mon petit frère même si nos âges très proches et lui bien plus grand et baraqué que moi. Petit-frère depuis toujours qui a tout organisé pour que je sois bien - et c'est un beau cadeau. Puis des rencontres à Tours, Orléans et Bourges avec des élèves de lycées professionnels, agricoles ou d'enseignement générale qui ont étudié Elles sont au service et je dois avouer que leur compréhension du sujet et de la forme de ce livre m'ont agréablement surprise. Des discussions précises et leurs remerciements de m'intéresser à ces "petits métiers" et plus particulièrement  dans la classe préparatoire aux métiers du soin à la personne. Se réjouir d'entendre  une jeune fille de 16 ans me dire que mon texte lui donne  la force de tenir tête aux autres sections (métiers de l'agriculture) qui souvent les méprisent. De la joie donc en ce début d'année,  mais à d'autres moments une inquiétude récente qui me saisit quand je dois faire face aux contraintes liées à la pandémie. Quand décisions politiques et sanitaires m'embrouillent le cerveau et que chaque jour, il est si difficile de me maintenir à distance sanitaire des autres, de me masquer le visage, de filtrer ma respiration, de penser à la quatrième injection qui pointe déjà son nez et de souffrir que ceux et celles qui acceptent le vaccin et ceux et celles qui le refusent sont assigné.es à des camps qui ne pourraient plus échanger mais seulement s'affronter. Et de plus en plus souvent, je souffre de n'avoir jamais vu le visage de l'épicier, de la factrice, du coiffeur de mon nouveau territoire,  et de tous les élèves et enseignant.es rencontré.es. Depuis deux ans mon univers est composé par une bonne partie de personnes que je serai incapable de reconnaitre dans la rue et dont j'invente le reste du visage à partir des images stockées dans ma mémoire. Des personnes dont je n'ai jamais touché la main, jamais vu le nez, la bouche. Parfois oui, je sens combien cela altère quelque chose en moi. Fortement. Profondément. Et je me dis aussi que les personnes qui n'ont pas de compagnons, compagnes ou d'enfants avec eux, n'ont peut-être pas été prises dans des bras depuis longtemps. Solitude des intouché.es, des intouchables. D'ailleurs moi-même en rentrant de mon périple j'ai passé un temps inhabituellement long à caresser le gros chat de la maison qui m'héberge, à enfoncer ma tête dans son pelage roux. J'ai ri de ma voracité. J'ai ri de chercher du  réconfort auprès de mon gros Marcel car c'est son nom. Rire de moi puisqu'il faut bien vivre.
Merci à l'Agence Ciclic Centre Val de Loire pour avoir permis et organisé les rencontres avec les lycéens.