[le site de Fabienne Swiatly ]

L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

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Caboulotte 9  - Subitement un oiseau effrayé tourne autour de moi sans que je parvienne à comprendre à quel moment il est entré. J'aime observer les oiseaux, mais de près j'en ai une vraie phobie. Du coup je sors précipitamment, affolée à mon tour, la porte grande ouverte pour qu'il puisse s'échapper. J'entends le battement rapide de ses ailes puis un bruit sourd. Il a foncé dans une des vitres. Ses quelques grammes de plumes, de chair et d'os n'ont pas supporté le choc. Il gît au sol. Assommé ? Mort ? Comment savoir ? Je l'installe au soleil en espérant qu'il va récupérer. Je le regarde, je le photographie et je me sens triste. On dirait bien qu'il est mort. J'imagine le choc. Il était dans l'énergie de son vol, attiré par l'horizon qui s'ouvrait à nouveau. Enfin il allait échapper à l'enfermement et c'est un mur invisible mais bien tangible qui l'a arrêté net dans son élan. Arrêt sur image. Il aurait pu vivre jusqu'à dix-huit ans. Pour avoir un jour, dans un hôtel, pris une porte vitrée en pleine face, je sais combien le choc est violent car le cerveau se projetait, confiant, quelques mètres plus loin. Il met un moment à comprendre la situation. On est sonné. On est vexé aussi. Conscient du risible de la situation. Pour l'oiseau pas de ridicule puisque tout en lui s'est arrêté. Je voulais lui creuser un trou, lui rendre hommage, mais quelques heures plus tard il a disparu, un tas de plumes ne laisse aucun doute sur la suite. Un autre animal a dû le transformer en repas. C'est aussi bien. Les oiseaux n'ont pas besoin de tombe. Rouge-gorge est le nom de ma caboulotte. C'est aussi ce qui me reste d'une histoire d'amour qui a fini lamentablement. Enferment, affolement, mur invisible, choc et un blaireau pour se repaître des restes. De la mort d'un rouge-gorge j'ai voulu faire un événement et ce n'est que de moi dont il s'agit. Encore une fois.