[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est une trace venue s'installer en moi pour en faire de l'écriture.

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Caboulotte 4 - Le lieu où je suis installée, est géré par un collectif d'une trentaine de personnes. Hors période de vacances, il est peu utilisé et je suis donc seule le plus souvent. Ce week-end était celui de l'Assemblée Générale, celle de l'administratif, des décisions à prendre, des travaux à projeter et de la gestion, pas forcément simple, des relations humaines. Alors pas mal de monde sur le terrain. Des repas partagés, des apéros et des temps de travail. Je rétrécie mon espace personnel et retrouve avec plaisir les uns, les unes. On se raconte, on se parle, on se parle beaucoup. J'ai un peu le tournis. Entre deux réunions, on s'active sur le terrain, l'un répare la fuite des sanitaires, l'une coupe du bois mort, l'autre vérifie l'état des outils. Parfois je fais avec le groupe, parfois j'observe de loin comme sur la photo. Photo prise à l'heure de l'apéro qui est un rituel particulier quand on est abstinente. J'utilise le terme particulier car ce n'est pas forcément un moment difficile mais il me ramène à chaque fois à l'époque où je remplissais et vidais avec allégresse mon verre de vin. La solitude à venir, celle de l'hiver avare en lumière, du froid et de l'humidité, sera plus facile à vivre car il y aura eu ces moments vécus ici à plusieurs. L'absence des autres est une forme de présence car je ne me veux pas ermite mais plutôt solitaire. Dimanche, tout le monde est reparti et j'ai senti que retrouver le bon rythme me demandera du temps. J'ai trop parlé de moi, j'ai agité trop d'idées, j'ai bu trop de café. Ce matin, le soleil sèche petit à petit la terre grasse en eau depuis l'orage de samedi soir. Assise sur les marches de ma cabane, je respire lentement et le silence intérieur retrouve sa place. Et si toute cette expérience était, pour moi, une forme de sevrage en paroles ? Dans le livre d'Eric Sarner, Sugar, j'ai trouvé une citation du poète italien Umberto Saba : Da quando la mia bocca è quasi muta amo le vite che quasi non parlano - Depuis que ma bouche est presque muette j'aime les vies qui ne parlent presque pas. La bavarde que je suis, cherche quelque chose de cet ordre. Une manière d'apprivoiser la mort à venir. Une phrase qui peut sembler grave mais, pour moi, elle est l'expression même de la vie.