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La trace bleue

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Caboulotte 3 - Jours humides qui rétrécissent l'espace mais j'ai un grand parapluie ou une vilaine cape pour marcher sous la pluie. J'ai acheté une bouillotte pour réchauffer mes pieds mouillés. Ce samedi le soleil était encore chaud et je suis partie marcher dans les environs. J'ai pour objectif d'explorer tous les chemins à proximité et ils sont nombreux. Je pars tôt et je me sens bien à être seule sur le chemin. Ce n'est pas un GR, ni un parcours répertorié par l'office de tourisme donc je ne croiserai personne. J'avance le nez collé à la carte et parviens à ne pas m'égarer. J'hésite devant un chemin qui s'avèrerait dangereux et j'en déduis, avec justesse, que le panneau s'adresse aux voitures. Ma seule crainte est de croiser un chien. J'en ai très peur et, comme si le panneau voulait me prévenir, je vais être servie. A la sortie d'un village, j'entends de nombreux aboiements et me voilà aussitôt cernée par une meute braillarde de petites ratiers hargneux. Ils en veulent à mes chaussures et le bas de mon pantalon (heureusement je ne marche jamais en short). A leur suite, un magnifique patou qui m'inquiète un peu plus. Je reste sur place sans bouger, le patou grogne furieusement, mordille ma veste. Je suis en train de vivre le pire de mes cauchemars et pourtant je reste prodigieusement calme. La bergère, à quelques deux cent mètres de là, hurlent après ses chiens qui ne semblent pas l'entendre. Puis elle me crie de filer. Je veux bien filer mais dans quelle direction ? Je déglutis et ose quelques pas vers un chemin sur la droite. Le patou hésite, attrape une dernière fois le pan de ma veste puis rejoint sa maitresse, les roquets me poursuivent un petit moment avant que  je ne  retrouve le silence des sous-bois. Je souris, soulagée et toujours aussi calme. Très fière de mon attitude. Il y a tout de même un accroc dans ma veste. Accompagnée par une autre personne, j'aurais certainement paniqué. Quand on est seul, le cerveau doit agir de manière pragmatique. Question de survie. Bon, ma vie n'était pas en jeu même si je garde le souvenir, en forme de cicatrice sur la fesse droite, d'avoir été joliment mordue par un chien dit pas méchant. Mal dressé, un chien peut être un véritable psychopathe et en montagne, il y a  plus de risque de croiser un chien mauvais qu'un loup. Trois heures de marche en tout. J'ai faim. Sur le terrain de la caboulotte, Stefan et sa famille s'installent. C'est le seul des associés que je ne connaisse pas encore. Stefan est allemand alors je vais pouvoir pratiquer un peu ma deuxième langue même s'il parle très bien français. Nous partagerons le repas du soir et nous discuterons de la place de l'écologie en France et en Allemagne. Pas facile de leur expliquer l'engouement pour Eric Zemmour, tellement c'est ridicule à raconter à des personnes non-françaises. A la fin du repas, je rejoins en tâtonnant mon abri, ciel couvert, nuit noire, j'ai oublié ma lampe de poche. Me reviennent les propos de Chateaubriand qui dans Mémoires d'outre-tombe soulignait qu'en France les chiens aboyaient bien plus qu'en Allemagne. Il me faudra retrouver ce passage et en  discuter avec Stefan.