[le site de Fabienne Swiatly ]

Le fond d'écran de l’ordinateur qui aspire.

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Caboulotte 1 - Huit mètres carrés tout en bois sur un vaste terrain drômois au milieu des pins, des chênes et de prés où viennent braire quelques ânes. Une caboulotte, contraction entre roulotte et cabane, est un terme qui décrit parfaitement mon nouvel habitat où je vais passer une année entière. D'autres caravanes et cabanes autour de moi, c'est un lieu partagé et géré par un groupe de dix-huit personnes dont je fais partie. Un lieu dédié aux vacances. Si je suis loin de l'aventure sibérienne de Sylvain Tesson (je n'ai pas emmené des litres de vodka pour supporter la situation) ou encore de l'expérience de Rick Bass et sa femme qui s'installèrent au fin fond du Montana, loin de tout, prêts à affronter les longs mois d'hiver et de neige (je viens de finir la lecture de son livre Winter), cette année sera un sacré défi pour moi. Je ne suis pas isolée car le village est proche, un couple d'amis vit à proximité et je ne me priverai pas d'aller au marché ou d'aller boire un verre dans un bar à concert ouvert récemment. Côté confort, j'ai l'usage d'un local collectif où il y a chauffage au bois, douche, wc et fourneau de cuisson. Certains week-ends et pendant les vacances, il y aura du monde mais pour l'essentiel du temps, surtout de novembre à mars, je serai seule. Pafois, il faudra me rendre à Lyon ou dans d'autres villes pour mener des rencontres, des ateliers, des lectures - gagner ma vie. Mais j'essayerai de réduire au maximum ces moments d'éloignement. Et après seulement cinq jours de présence, je sens combien, il sera difficile de quitter ma solitude. Le temps est au soleil, à la chaleur, trop de chaleur pour un mois de septembre. Parfois quelques campeurs que je salue mais garde à distance. Je trie, je nettoie, je range car dans un petit espace, la place de chaque chose est importante pour se sentir bien. Un coin bureau, un coin repas, un coin couchage et dehors un coin pour la toilette. Je suis bien mais cela n'empêche pas l'inquiétude. J'ai peur que l'écriture ne soit pas au rendez-vous, j'ai peur que l'ennui s'installe, j'ai peur que la nuit avec ses bruits peu familiers m'empêche de dormir, j'ai peur de céder aux facilités de la 4 G, j'ai peur d'être oubliée ... Pourtant je me réveille tôt le matin avec la joie d'être là. Je sais aussi qu'il faudra m'imposer une discipline : limiter les heures de connexion, limiter les invitations. Ne pas trop me renfermer non plus. Je ne sais pas, en fait, le degré de solitude que je recherche. Sur le bureau un cahier ouvert pour noter, garder des traces.  L'appareil photo et l'ordinateur à portée de main. Je sais parfaitement où se loge mon ennemi, il se résume à un mot : le doute. 7 septembre 2021