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L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

186549 photo tous les autres s appellent ali

Les beaux jours est un film de Marion Vernoux. Un film où l'on suit le quotidien et l'extra-quotidien d'une femme de soixante ans qui va vivre une liaison sexuelle avec un homme plus jeune. Cette femme est jouée par Fanny Ardant, ce qui fait retomber aussitôt le propos. La plupart des femmes de soixante ans auront du mal à se reconnaitre dans l'actrice. En général, il leur manque des centimètres de hauteur, de longueur de cou, de tour de lèvres, de cheveux voire quelques kilos en plus. Sans parler des éclairages de cinéma qui rajeunissent, sans douleur, bien des visages et des corps. Film agaçant qui semble dire, encore une fois, que seule les femmes belles ont une vie à l'écran. J'ai pensé à un autre film bien plus troublant et riche : Tous les autres l'appellent Ali de Rainer Fassbinder, sorti en 1974. Le titre allemande signifie  littéralement : La peur mange les âmes. Une veuve et un immigré marocain, bien plus jeune qu'elle, se rencontrent dans un bar et vont vivre une relation amoureuse. La comédienne Brigitte Mira a un physique moins élogieux que Fanny Ardant. Elle fait son âge comme dirait l'autre. Fassbinder nous embarque avec brio et lucidité dans cette histoire. Deux cœurs solitaires qui vont se tenir chaud puis finiront par s'aimer et connaitre des problèmes de couple d'une grande banalité : l'usure des sentiments. Il y ait question aussi du racisme ambiant en Allemagne. Les deux protagonistes ne sont pas issus de la bourgeoisie et ne peuvent donc pas s'offrir un week-end à Reykjavík sur un coup de tête comme dans le film de Marion Vernoux. C'est un film qui ne cherche pas à nous imposer de l'empathie pour la femme, généreuse mais un peu pénible ou l'homme, parfois trop secret et versatile. Le film de Marion Vernoux me met en colère car tout le monde ne s'appelle pas Fanny. La question des femmes dites belles, surtout au cinéma, me dérange depuis quelques temps :  Qui décrète qu'une femme est belle (donc les autres ne le sont pas) ? Quel est le mérite d'une femme dite belle ?  A quoi elle sert exactement ? Quel pouvoir donne une femme dite belle à celui ou celle qui la manipule ? N'est-ce pas une forme de paresse de la part du réalisateur ou de la réalisatrice : on dirait qu'elle est belle, donc on dirait qu'elle est désirable. Toujours ça de pris sur le scénario. Et c'est ce que j'aime dans le film de Fassbinder, il ne filme pas une femme désirable mais il filme le désir. Ce n'est pas la même chose et c'est bien plus puissant.