[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

20210215 105402

Cette photo est visible sur le perrey d’Étretat. Avec le petit garçon, nous l'avons longuement regardée et je lui ai dit qu'un de ces moussaillons était peut-être son arrière-arrière-grand-père : Dédé Vatinel, mais je ne sais pas lequel, même si l'un d'entre eux lui ressemble particulièrement. Tant d'enfants à l'époque embauchés sur les bateaux de pêche. Je lui raconte la chance que j'ai eu de remonter filets et casiers avec cet aïeul. Nous continuons notre balade en front de mer - plusieurs aller-retour entre la falaise d'amont et la falaise d'aval. Il prend soin de bien taper, à chaque fois, son pied contre la marche ou la balustrade avant de virer de bord. C'est un rituel des gens d'ici, mais peut-être devrais-je l'écrire au passé. Je viens faire mon perrey plusieurs fois par jour et, à chaque fois, je pense aux fantômes du passé tout en saluant les connaissances du présent. A chaque balade, la mer, le ciel, l'air, le vent nous offrent une variante dont je ne me rassasie pas. Climat changeant, parfois difficile pour les personnes à l'humeur fragile. Sur un des panneaux routiers des environs, il était joliment inscrit les mots de Météo délicate. Depuis plusieurs années, je suis tenaillée par l'envie d'écrire un livre sur Étretat, raconter l'histoire des petites gens et pas seulement celles des propriétaires de villas ou des descendants d'un ancien président de la République. Oui j'aimerais... mais quelque chose d'effrayant, de trop énorme. Un peu comme lorsque j'essaie d'embrasser d'un seul regard la mer et les falaises et que le tournis me prend. Trop de ciel, trop d'eau, trop d'air... trop de beauté allais-je écrire - et bien sûr c'est réducteur. En tout cas le vertige me prend parfois et j'ai besoin de me réfugier entre quatre murs. Besoin de tourner le dos au paysage même si la mer impose encore sa présence avec le cri des mouettes partout dans le ciel. Cerner Étretat avec les mots, car si rien ne bouge ici, tout change pourtant. Et si l'arche et son aiguille semblent immuable présence dans le décor, les pans de falaise qui parfois s'effondrent, viennent me dire, nous dire que mémoire d'humain est matière friable.