[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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C'était un repas, simple et bon. Nous avons parlé littérature, défaite de la culture institutionnelle, nécessité de l'art et absence d'un projet politique fort (le mot collectif est revenu plusieurs fois) Puis j'ai dit je ne sais pas quoi penser de notre époque. Lui qui est éditeur, a répondu pourquoi vouloir penser quelque chose à tout prix. Écris et tu verras bien. Écrire oui. Et tisser également car le tissage est entré dans ma vie à mon plus grand étonnement. La première rencontre a eu lieu en regardant la série allemande de Lars Kraume : Bauhaus un temps nouveau. Une école exigeante et créative dont les cours s'appuyaient à la fois sur l'artistique et l'artisanal. École dirigée par l'architecte Walter Groupius. Dans ce film je découvre l'atelier de tissage des filles, tous les apprentissages de l'école ne leur étaient pas accessibles. Coup de foudre alors que n'y connais rien. Moi qui ai vécu longtemps avec deux mains gauches comme avait réussi à me convaincre ma mère, je veux apprendre à tisser. Et même si je sais tricoter du jacquard, je manque souvent de patience et de connaissance pour les arts dits manuels. Oui coup de foudre pour la matière tissée. Coup de foudre pour le répétitif du geste. Coup de foudre pour les créations de Gunta Stölzl qui a contribué à transformer l'artisanat textile en avant-garde. Et aussi la puissante familiarité du vocabulaire de la couture qui a tant à voir avec l'écriture. D'ailleurs le mot texte est un dérivé du verbe latin texere qui signifie tisser. Le métier est là. Mon métier à tisser est là. Les fils de coton et de soie sont là. Le fil de trame aussi. Je suis intimidée mais dès la semaine prochaine je vais me lancer. C'est un métier pliant qui offre une ensouple de 70 cm de large. Ni trop grand, ni trop petit car il devra bientôt tenir dans une roulotte. Je ne sais pas pourquoi le tissage s'est ainsi insinué dans ma vie, peut-être est-ce une façon de me fabriquer un lien avec les filles de cette école que j'aurais aimé fréquenté. Un lien avec mes origines allemandes qui ne viendraient pas seulement puiser dans les atrocités de la deuxième guerre mondiale. Faire partie des filles du Bauhaus presque cent ans plus tard. Tisser pour décoller mes yeux du présent sans vraiment détourner le regard. Il faut parfois s'éloigner du sujet pour y voir plus clair.
Les filles du Bahaus ici 
Photographie des tissages de Colette Gauzit, merveilleuse tisserande Lyonnaise (Showroom Galerie 7)