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L'encre du tatouage qui bleuit avec le temps.

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Sète. Les transats et les hamacs réceptionnent nos corps passifs pour que nous soyons confortablement installés pour entendre de la poésie. Les poètes se succèdent derrière les micros, ils sont les voix méditerranéennes. Certaines voix sont timides, d'autres clament, déclament et il est dit que certains font des performances. Le public somnole et coche dans le catalogue ce qu'il a vu, désire voir. Il fait le plein. Sur la place, les livres se vendent mollement. De la poésie tronçonnée s'affiche sur des banderoles. Place aux belles phrases ! S'il fait trop chaud, on se déplace jusqu'à l'ombre des arbres du parc dit Du Château où le public mange pendant que les poètes récitent, clament, déclament, performent ou laissent la place à des musiciens. Le touriste, au hasard de ses déambulations dans la ville, croisera forcément un poète, un bout de texte et il pourra se dire que voilà une pratique artistique bien sympathique et peu dérangeante, peut-être même fera-t-il l'effort d'en écouter puisqu'il pourra mettre son corps au repos dans le creux d'une toile de lin. Voix de la Méditerranée. Et je ressens un manque violent. Car les voix méditerranéennes que je voudrais entendre ont été englouties sous des tonnes d'eau salé, loin de nos siestes littéraires (c'est le terme utilisé dans de nombreux programmes de festivals). Pourtant il nous faudra bien quitter le hamac ou le transat, et nous éloigner des rivages touristiques pour entendre la voix de ceux qui n'ont plus la force de crier pour nous réveiller de notre somnolence. La poésie doit se remettre debout à hauteur d'hommes et de femmes où alors je veux bien la rayer de mon vocabulaire. Il nous faut remettre les mots debout ! La poésie n'est pas un parc d'attractions.