[le site de Fabienne Swiatly ]

Les bleus de l'enfance parce que jouer peut-être dangereux.

SAM 1994

Plage des Issambres, la nuit. Quelques rares baigneurs et pêcheurs. Ceux qui fuient le soleil mordant du jour, la foule huilée, le bruit, les normes du tourisme. L'obscurité permet de me baigner nue. Je ne dérange personne et m'offre un plaisir inouï. Peu de différence de température entre l'eau et l'air. Mon corps blanc sous l'eau sombre de la nuit. Je pense aux baleines bosses vue à Husavik dans le nord de l'Islande. Je me sens baleine, je le dis plusieurs fois à voix haute, heureusement je suis suffisamment loin de la plage. Un plaisir primaire, enfantin. Pas de longueurs de nage comme d'habitude, mais des mouvements intuitifs, presque une danse. Je reprends vie  après une journée à lutter contre la canicule. Corps mou sur le canapé à tenter de lire. Le ventilo qui fait un bruit de bouilloire. Je nage, je glisse dans l'eau, j'imite discrètement le chant d'une baleine. Je n'ai pas d'âge. Je joue. Sur le sable, rassurants, les bouchons phosphorescents des pêcheurs et le bout incandescent d'une cigarette. La nuit est douce.