[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est le bleu changeant du ciel comme une fiction.

DSC06958

Il est des livres qui vous emportent en des lieux familiers même si vous ne les connaissez pas. Des livres qui semblent entrer en dialogue avec le mouvant de la mémoire. La traversée de la France à la nage de Pierre Patrolin ne m'a pas quittée de la nuit alors même que je m'étais endormie. Au milieu du fleuve, au milieu de la rivière j'ai nagé en un étrange pays. J'ai longtemps vécu sur une péniche et j'aimais ce lieu singulier du vivre sur l'eau avec la rive qui se donne à voir et soi-même toujours un peu en retrait de la ville. Une nuit très chaude du mois d'août, nous nous étions baignés quelques-uns dans le Rhône. La ville illuminée nous laissait dans l'ombre et il aurait été plaisant de dériver ainsi dans l'avancée sombre de l'eau. Oublier les remous, les courants et les noyés. Nous avions trop bu pour avoir une telle audace, mais je garde la sensation forte d'avoir été en dessous ou plutôt en dehors du monde. Le livre de Patrolin me ramène à la peinture Les énervés de Jumièges d'Evariste Vital Luminais visible au musée des Beaux arts de Rouen, deux jeunes hommes qui dérivent sur l'eau. On leur a coupé les tendons, ils ne peuvent plus se mouvoir. Ce pourrait être les fils de Clovis entré en révolte contre leur père et qu'on a voulu tuer d'abord, puis remis aux Dieux. Il existe sur ce thème un court-métrage de Claude Duty dont je garde un beau souvenir. J'aime l'idée de cette errance avec un monde à portée de regard mais si loin des mains. J'ai hâte de retrouver ma nuit avec le livre, j'ai hâte de me laisser emporter avec l'entêtant du bruit de l'eau.