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La trace bleue ce n'est presque jamais l'encre.

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Ma résidence au Centre de Créations de Tinqueux/Reims a débuté. J'ai choisi de travailler sur le thème du caillou. Petit objet, omniprésent, que l'on choisit dans la masse pour le faire ricocher sur une rivière, le lancer au loin, le regarder de plus près, le glisser dans une poche parce qu'il a une vague forme de visage ou, comme dans la tradition juive, le déposer sur une tombe que l'on vient de visiter. La pierre dit : je suis venu. Caillou, objet insignifiant, qui révèle parfois un fossile, une pépite, un cœur en quartz. Il suffit de regarder de plus près. Pendant cette résidence où je vais travailler avec des primaires et des lycéens en bac pro, je proposerai des lectures, des temps d'écriture et des prises de photo sur ce thème. En attendant, dans la chambre de l'hôtel, j'expérimente l'aspect photographique. Pas facile de se prendre soi-même en photo. Je dois tendre la main, tordre le buste... A l'arrivée, cette photo où ma main me semble monstrueuse. Un animal étranger à ma personne. Moi, qui ai mis des années à me réconcilier avec mes mains, car longtemps j'ai eu, de tradition familiale, deux mains gauches (pas vraiment pratiques), me voilà avec une bête qui se tord autour d'un caillou des plus banals. Un caillou ramassé vers la cathédrale alors que passait devant moi un homme tirant deux chiens de traineau, avec sur sa tête une étrange chapka de fourrure. Il semblait chercher désespérément une terre polaire, alors que j'auscultais le sol à la quête d'un caillou. Posture assez inhabituelle aussi. A chacun sa terre inconnue. En tout cas souvenez-vous, caillou, hibou, genou, chou, joujou, pou, bijou prennent un x au pluriel. Et un caillou qui se révolte se transforme rapidement en pavé provoquant parfois une guerre des pierres. L'arme des plus démunis.