[le site de Fabienne Swiatly ]

Le métallisé des eaux profondes, le bleu glacé des torrents.

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Je pourrais parler de mon retour dans le Jura sous une averse de grêle et des trouées de soleil. Puis la surprise d'un ciel bleu. Je pourrais parler du Salon du livre à Bron, toujours aussi passionné et passionnant. Je pourrais parler de Chloé Delaume, Alain Bamanckou et Christophe Claro qui ont évoqué dans le même salon,  cet espace singulier qu'est le blog d'écrivain. Je  pourrais raconter l'atelier d'écriture au Théâtre du 8ème de Lyon, et la force des mots quand ils sont mis en voix, mais quelque chose d'autre m'obsède. Ne me laisse pas tranquille. Un corps de petite fille. Un corps de petite fille de neuf ans qu'un sexe d'homme a pénétré. A envahi. Violenté car ça fait mal un sexe d'homme qui entre dans le sexe d'une petite fille. L'homme a pénétré, saccagé et mis enceinte la petite fille. Deux enfants à naitre dans le corps d'une enfant. 

Comment parler d'autre chose. Comment passer son chemin alors qu'il y a une petite fille  de neuf ans dont on a tué l'enfance à coup de queue. Pas le père mais celui qui a pris la place. Celui à qui on ajoute le terme de beau, en France. 

La mère veut sauver la petite fille. Sa fille. Elle l'emmène retirer les deux foetus qui ont pris place dans le petit ventre. Parce que l'enfant violée par son beau-père est trop petite pour donner la vie. Parce que les deux foetus sont une erreur. L'avorter, c'est dire à la petite fille qu'une terrible chose a été commise et que des adultes responsables et aimants vont réparer l'horreur. Qu'ils vont la sauver - elle - avant tout. 

Mais cet horreur-là, des hommes en robe longue et bague au doigts, des hommes qui se disent fils de Dieu. Des hommes qui parlent bonté, compassion, partage à l'abri de leur belle demeure. Des hommes qui vivent loin, très loin du quotidien des humains, en ont décidé autrement. Ils ont décidé de punir ceux qui ont donné protection à l'enfant. Ils excommunient, manu militari, ceux qui trouvent insoutenable le sexe d'un homme dans le corps d'une petite fille. Les fils de Dieu prétendent que le viol est moins grave que l'avortement. Que l'homme qui a fait ça, écarter les jambes de la petite fille, écarter les lèvres sans poils et forcé pour que ça rentre, ne mérite pas l'excommunication.

Alors, à ce moment-là, même si je  respecte la foi des uns et des autres. Je suis heureuse de ne pas appartenir à cette communauté dirigée par des hommes qui méprisent l'innocence d'une petite fille. De ces hommes qui ne comprennent décidément rien aux corps.

Nouvel Observateur : Le Vatican justifie l'excommunication d'une mère brésilienne et de médecins, pour l'avortement d'une fillette de 9 ans. L'enfant avait été violée par son beau-père qui, lui, n'est pas excommunié.