[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est l'ecchymose, douleur qui s'efface.

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  De passage à Lyon, je profite d'une belle lumière matinale pour aller prendre des photos. J'ai envie de revoir le quartier de la soie à Vaulx-en-Velin que j'ai beaucoup arpenté il y a trois, quatre ans. A l'époque je photographiais ce qui était un terrain vague où des Roms avaient construit des abris en tôles et en cartons. Hommes, femmes et enfants vivant au milieu des rats, des ordures et de l'indifférence. Expulsés, le terrain a servi ensuite de vaste dépotoir. Se construit maintenant un méga centre commercial. Futur regroupement de grandes marques de la distribution qui s'affichent déjà dans toutes les rues piétonnes et zones commerciales des grands villes. Au pied de l'immeuble, une bouche de métro prometteuse en clientèle. 
Et très vite, je tombe sur le haut bâtiment en chantier qui obstrue déjà le paysage et empêche le ciel de s'ouvrir. Je tourne autour sans parvenir à trouver un angle intéressant. Je pourrais cadrer sur la géométrie des détails architecturaux, toujours flatteuse en photo, mais ce serait mentir sur ce que je vois. Alors j'avance le long du chantier mais je sens que l'appareil n'arrivera pas à saisir l'affligeant du cette masse rigide.
Tant pis, je marche encore, m'arrête encore, photographie encore quand une voix  masculine m'interpelle et me demande si j'ai mon truc. Il mime avec ses doigts un rectangle sur  le côté droit de son torse. Je m'étonne qu'il faille un badge sur l'espace public. Il me rétorque que je photographie un espace privé et son collègue hoche la tête. Deux vigiles qui surveillent le chantier du Carré de la soie.  Je réponds d'un ton ferme que rien n'interdit de photographier un espace privé quand on est sur une voie publique. En fait, je n'en sais fichtre rien, mais lui apparemment non plus.
Sur le chantier, s'agite pas mal de monde qui communique dans une langue que je ne connais pas. Nous sommes samedi et j'imagine que l'inquiétude de certains travailleurs à être être  pris  ainsi en photo. Je précise aux vigiles que je ne photographie pas les gens, ce qui est vrai. Que je m'intéresse uniquement à l'architecture et je rajoute qu'il faut arrêter un peu avec la parano.  Le gars trouve tout de même curieux que je veuille photographier du moche : si encore c'était une oeuvre d'art ! Je souris et lui dis que j'aime rendre compte aussi du moche. Par ailleurs plus difficile à photographier que du beau, quand cette laideur tend au banal.
Il sourit à son tour et conclue par : Alors allez-y et faites-vous plaisir !
Ce que je m'empresse de faire, mais le bâtiment résiste à mes cadrages et comment rendre compte aussi du bruit environnant ? Le flot de voitures, des transports en commun sans oublier le grésillement de la centrale électrique et les engins de chantier. Je reviens chez moi avec quelques photos intéressantes d'un autre terrain vague un peu plus loin, et cette photo-là pour tenter de raconter ce qui n'est décidément pas une oeuvre d'art.