[le site de Fabienne Swiatly ]

La couleur absente de la Lorraine.

articles trouvé(s) dans le site

trouvé dans catégorie : Présentation

20200320 233206

 

Journal du bord 2 (début mars ) - Je ne voulais pas tenir de journal et pourtant, je note, j'écris. J'ai ouvert un cahier. Je cherche encore la bonne entrée. Le terme journal DU bord, m'intéresse particulièrement car je m'interroge : Nous sommes au bord de quoi ? Six semaines. Le confinement pourrait durer six semaines. Écrire. Habiter l'inconnu. L'éloignement des autres. Quelque chose a lieu qui n'a encore jamais existé dans mon parcours de vie. C'est éprouvant. C'est excitant aussi. Avec lui, nous écoutons la radio toute la journée et le sort de l'Italie avec ses trois semaines d'avance nous intéresse particulièrement. Je fais d'étranges rêves et je n'ai rien trouvé de mieux que de lire la terrible nouvelle d'HP Lovecraft, La Malédiction de Sarnath.

lien permanent

trouvé dans catégorie : Présentation

20200322 103135

 
Journal du bord 3 (début mars) - Rituel du matin : ranger la roulotte (4 mètres carrés supportent mal le désordre) un peu de gym puis écrire. Il me semble avoir du temps. Un vrai temps devant moi. Sans aucune contrainte et même si je ne trouvais pas à l'occuper ce temps, je ne me sentirais pas coupable. Après l'écriture (Trois fois Saïd et ce bref journal) j'envoie un message à un ou une amie. Un message que je prends le temps de rédiger. Pas envie de téléphoner. J'essaie d'écouter un peu moins la radio. Les mêmes messages qui sèment de l'anxiété. Logorrhée des chiffres et des mauvaises nouvelles. J'ai arrêté aussi de lire H.P. Lovecraft - les messagers de l’apocalypse sont déjà assez nombreux sur les ondes. Je ne sais pas pourquoi, j'aimerais relire Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand. 

lien permanent

trouvé dans catégorie : Présentation

DSCF1536

24 La Caboulotte - isolement lyonnais car Covid il y a eu. Élections, il y a eu aussi. Fièvre et brouillard dans ma tête à la lecture de cette cartographie politique française où j'ai bien du mal à penser l'avenir. Mais je ne veux pas résumer ce qui s'exprime actuellement par la seule idée qu'il y a les cons et les autres. Une telle suffisance à se croire du bon côté et à mépriser ceux et celles qui tentent de dire quelque chose de leur monde, de leur vie, de leurs espérances et désespérances. Mais glissement de terrain idéologique il y a eu. Vertige. Puis repartir vers la Drôme puisque me voilà guérie. Et en quelques jours, le printemps a fait sérieusement son boulot. Tout verdoie, fleurit, s'agite, pollinise, féconde, bruisse, chante, criaille, stridule. Et à nouveau une sensation de vertige. Vais je retrouver mon rythme d'écriture ? Ma quiétude ? Des associés du lieu sont là pour le week-end. On parle, on mange ensemble, on commente ce lieu géré collectivement et vécu, individuellement, de manière très différente. La complexité du faire ensemble qui permet aussi beaucoup. Et je suis fière et heureuse de faire partie de cette expérience. Pourtant le blues m'étreint, j'ai la nostalgie de l'hiver. La nostalgie de quelque chose de plus rude, d'une situation plus contraignante. Quelque chose a changé. Tout autour de moi les genêts font exploser du jaune pendant que la radio bégaie la même info : le Rassemblement National ne participera d'aucune manière aux célébrations du 1er mai. Qu'ils aillent brouter le muguet ailleurs, me dis-je, un peu bougonne avant de me déplier les oreilles avec de la musique. Canzoniere delle Lame ! Des chants révolutionnaires italiens qui me donnent toujours de l'allant : Noï vogliamo l'uguaglianza. Quand les italiens chantent l'égalité des peuples. J'y crois à nouveau. Quelque chose dans le rythme, le phrasé me transmet du courage. Du possible. Pourtant aujourd'hui je ne parviendrai ni à écrire, ni à lire alors j'emporte les jumelles, l'appareil photo et une bouteille d'eau et vais marcher avant de me poser dans un pré qui est un foisonnement de fleurs et d'herbe haute. Je m'allonge, mâchonne un brin d'herbe et pense à  Walt Whitman : L'odeur de mes aisselles est un arôme plus subtil que la prière. Puis je m'endors en tout confiance avec le ciel par-dessus moi. La révolution, ce ne sera pas aujourd'hui mais, sous mes bras, la vie !

lien permanent