[le site de Fabienne Swiatly ]

La fumée bleutée d'une Gitane ou d'une Gauloise, les cigarettes que je ne fume plus.

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La caboulotte 17 - Écrire alors qu'il n'y a rien à dire. Mais écrire c'est peut-être cela :  chercher ce qui ne se dit pas. Je relis cette dernière phrase et me dis : foutaise ! Un mot que j'emploie souvent en ce moment. Je le décortique : fou d'aise, se foutre d'aise, les fous se taisent ? Écrire sur les choses qui ont peu d'importance. La bagatelle. Le non-événement et honorer le rendez-vous d'une chronique tous les quinze jours sur mon site et les réseaux sociaux. Orgueil ? Sûrement. Assiduité, obstination aussi. Il fait froid dehors (- 8 la nuit), heureusement il fait bon dans ma caboulotte mais le corps a du mal à quitter la chaleur du lit. Couette épaisse, nombreux coussins et plaids. Une citadelle de tissus chauds. Je me force. Les journées sont courtes encore. D'abord un café, un peu la radio puis ma gym. Mais quelque chose résiste aujourd'hui. Tout est laborieux. Je me force. Moulinets des bras pour muscler les biceps, un peu en biais pour ne pas cogner dans le placard. Mouvements au sol sur le tapis coincé entre la table et la porte. Espace restreint. Ce matin ça ne veut pas. Mon corps regrette le lit. Gestes mécaniques. Dehors le givre, le froid et aussi le soleil. Pas envie de perdre mon temps. J'enfile sur mon pyjama à carreaux un sweet jaune moutarde, par dessus une veste de laine orange, à mes pieds des grosses chaussettes vert épinard, autour du cou une écharpe rouge et enfin mes grolles lestées de boue sèche. Tant pis pour la tenue extravagante et inhabituellement colorée, c'est avoir chaud qui compte. Et l'alouette du matin s'en fiche dédaigneusement. Elle bouffe. Je marche d'abord puis cours entre les arbres, je bois le froid et la lumière. Je prends l'air. Le givre recouvre tout. Exalte les formes. Le mot beau me vient. C'est un mot fourre-tout. S'en méfier. Dans la langue française tout est si facilement beau. Froufroutement vers le compost, un lièvre s'extrait du bac et fuit dans les fourrés. Je bois l'air, je bois le paysage. Ma vie n'a rien d'exceptionnelle et pourtant j'aime la mettre en mots. Écrire, donc, même s'il n'y a rien à dire. Être au monde et, pourquoi pas,  écrire des foutaises. 

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22 La Caboulotte - Tombe la neige. Une journée entière. Silence impressionnant des oiseaux. Une belle poudreuse qui recouvre tout le paysage. Par moment le bruit du grésil emporté par le vent. Je décide aussitôt de creuser un chemin de subsistance comme disent les encabanés canadiens. Ceux et celles qui aiment traverser l'hiver dans des cabanes rustiques en pleine forêt. Creuser un chemin vers l'eau, vers le bois, vers la voiture tant que la neige n'a pas gelée. S'organiser différemment pour éviter de tout mouiller. Emprunter une paire de bottes aux amis de la ferme du dessus. Pratiques pour marcher dans la neige mais pas facile à retirer quand on est seule. La neige. Je suis traversée par une joie enfantine et un peu d'appréhension : combien de temps ? Penser aux agricultures qui doivent lutter contre le gel. La neige, le froid me contraignent au repli même si j'ai traversé les bois et les prés en sautillant comme une gamine. M'enfonçant parfois jusqu'aux cuisses. Mes traces qui viennent se mêler à celles facilement reconnaissables du lièvre. Puis se sécher et se poser au chaud. J'ai de quoi lire et écrire. Je me suis lancée dans la lecture des carnets de Pierre Bergounioux qui est un écrivain que je connais mal. Une écriture en ombre et lumière. Mais l'ombre est parfois terriblement menaçante sans qu'il ne nomme jamais la menace. C'est là. Ses obsessions. Les insectes qu'il immortalise tout en réduisant leur vie pourtant déjà brève. Son besoin d'apprendre ou plutôt de connaître. Le lumineux d'une partie de pêche, puis l'accablement après une longue journée comme prof. Je lis avec intérêt mais mon étonnement tout de même qu'à la date du 10 mai 1981, il soit seulement noté : Mitterrand est élu. Pas un seul commentaire sur ce qui fut un événement (joyeux ou terrifiant) pour toute la France : la gauche prend le pouvoir. Troublant. Et moi qui tiens un journal quasi quotidien depuis mon installation ici, je m'interroge sur mes propres oublis. Je relis des passages. L'Ukraine, les élections, la pandémie sont bien présents, même si mes commentaires ne sont jamais très longs. Une nuit sous la double couette et déjà la neige se soumet au soleil du matin. Bavardage des oiseaux. Les toits, les rebords de fenêtres, les branches des arbres gouttent. Retour aussi  des vautours qui quadrillent scrupuleusement le territoire. Ils ont faim. Cette fois-ci j'en compte plus d'une vingtaine. Trop loin pour que je les prenne en photo de manière intéressante. Il fait un temps à marcher, ce que je vais faire tout à l'heure, appareil photo à la main, bottes aux pieds. Moi aussi j'ai faim. De lumière.

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23 La CaboulotteSept mois que je vis ici et certains moments de solitude auront laissé un peu trop de place au chagrin. Ce chagrin qui m'encombre depuis plus d'une année, même s'il s'allège avec le temps. Mais quand il s'invite à nouveau dans mes pensées, il brouille mon humeur, réveille d'autres chagrins et je ne sais pas quoi en faire. Est-il possible de désaimer ? Pas au passé en tout cas. Alors, il y a la musique et la danse. Formidable recours. Alors oui j'ai dansé dans la neige, bottes en caoutchouc au pied. J'ai dansé à poil devant le poêle. J'ai dansé engoncée dans ma parka quand le vent se faisait glaçant. J'ai dansé au bal littéraire organisé par Pandora, mais c'était ailleurs. Et j'ai dansé sur le perron en bois de la caboulotte qui me sert alors de scène. J'ai dansé sur du Marvin Gaye, James Brown, Mansfield.Tya, Konstantin Gropper, The Troggs et tant d'autres. J'ai dansé avec toute la vitalité de mes 61 ans. J'ai dansé comme une gamine qui dirait : Encore ! J'ai dansé sur du Rachid Taha qui toujours m'accompagne : Voilà, voilà que ça recommence / Partout, partout,  ils avancent. J'ai dansé sur Poutine. J'ai dansé pour l'Ukraine. J'ai dansé contre le dérèglement climatique et les élections perdues par la Gauche. J'ai dansé mon impuissance et dit merci à la vie. J'ai dansé et je danse encore en imaginant qu'un jour un danseur viendra mettre se pas dans les miens, puis j'oublie. Danser et me souvenir que depuis l'enfance et les fables de La Fontaine, j'ai toujours préféré la cigale à la fourmi. Je danse face à mes girafes comme je nomme les pins malingres de mon champ de vision. Pins dont le tronc recouvert de taches de mousse me fait penser au pelage de l'incroyable ruminante à laquelle je suis associée depuis l'âge de douze ans. Au-dessus d'1m70, les filles rejoignent le monde des girafes. Alors oui, je danse sans effaroucher les mésanges qui, au contraire, semblent se rapprocher et m'observer. Mésanges à qui je dédie ma chorégraphique sur " Ça ira, tu verras " de Séverin qui me met à chaque fois de belle humeur : Hé les oiseaux. Je ne sais toujours pas siffler mais, regardez, je sais danser !

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29 - La Caboulotte. Pour la première fois, depuis septembre, j'ai eu du mal à écrire cette chronique. J'ai repoussé, j'ai ouvert-fermé l'ordinateur, j'ai écrit-effacé. Il est vrai que l'aventure en soi ou plutôt l'expérience prend fin. Je vais quitter la Caboulotte dans deux semaines. En attendant je trie, je range et je donne-jette le peu, qui est déjà du trop, accumulé pendant ces onze mois. Des livres achetés ou reçus, des revues, des coussins, quelques vêtements achetés sur un vide-grenier, jolis mais totalement inadaptés à mon futur mode de vie et des cailloux que je ne peux m'empêcher de ramasser. Changement de rythme aussi ces dernières semaines à répondre aux invitations des festivals et pas mal de va-et-vient entre la Drôme et Lyon (docteur, dentiste, vie de famille). Mon Crafter arrive samedi et j'ai le trac : Je vais VRAIMENT vivre dans un fourgon. Et ce pour deux ou trois années au moins. Mon ventre se serre. Mes yeux se plissent. Des larmes de soulagement. Des larmes d'appréhension. Des larmes de fierté. J'ai osé. Mieux : J'ose. Les onze mois passés dans La Caboulotte auront été une étape préparatoire nécessaire et surtout heureuse. J'ai appris à restreindre ma consommation d'eau, moins de 10 litres par jour (la consommation moyenne en France est de 150 litres par personne). Comme je n'utilise quasi aucun produit de nettoyage (sauf du savon) l'eau est récupéré et utilisé pour l'arrosage de mon jardinet et les WC. L'usage de la douche collective aura été est un moment de fête surtout l'hiver quand il faisait froid mais pas tous les jours. J'ai utilisé au maximum ma lampe solaire Lagazel dont j'adore le design. J'ai appris à vivre dans la pénombre quand je n'ai pas spécialement besoin d'éclairage. L'hiver j'ai privilégié la bouillotte et le rajout de couvertures. Je ne suis pas exemplaire - téléphone connecté, ordinateur connecté, appareil photo connecté - Mais je suis ravie de cette sobriété en cours, même si je sais parfaitement que seul un changement radical et surtout collectif parviendra, peut-être, à sauver nos vies sur cette planète (et non pas sauver la planète qui s'en tape cordialement. Mars s'en fout d'être un tas de cailloux sans vie). Je parvenais pas à écrire cette chronique car c'est l'heure du bilan et je  prends conscience de tout ce que je n'ai pas fait. Alors le mieux est de me concentrer sur l'expérience à venir, organiser le matériel à emporter, déplier les cartes et trier encore et encore. Je dois privilégier le peu encombrant, éviter le jetable et surtout me délester du poids de la peur, expression utilisée par les grands marcheurs : apprendre à délester le sac de la peur d'avoir froid, la peur d'avoir faim, la peur de tomber malade, la peur de l’obscurité, la peur de manquer. La peur qui alourdit le sac en matériel inutile. Il est temps aussi d'organiser mes déplacements à venir pour ne pas consommer trop de carburant. Nomadisme ne signifie pas se déplacer tous les jours, bien au contraire. Je ne veux pas consommer du paysage mais découvrir les lieux où je vais m'arrêter. Rencontrer des gens. J'en parlerai plus tard sur mon nouveau site en cours de création. Site qui ouvrira ses pages début septembre quand je serai à Saint-Nazaire où je débuterai officiellement ma vie de bohème. 

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Caboulotte 4 - Le lieu où je suis installée, est géré par un collectif d'une trentaine de personnes. Hors période de vacances, il est peu utilisé et je suis donc seule le plus souvent. Ce week-end était celui de l'Assemblée Générale, celle de l'administratif, des décisions à prendre, des travaux à projeter et de la gestion, pas forcément simple, des relations humaines. Alors pas mal de monde sur le terrain. Des repas partagés, des apéros et des temps de travail. Je rétrécie mon espace personnel et retrouve avec plaisir les uns, les unes. On se raconte, on se parle, on se parle beaucoup. J'ai un peu le tournis. Entre deux réunions, on s'active sur le terrain, l'un répare la fuite des sanitaires, l'une coupe du bois mort, l'autre vérifie l'état des outils. Parfois je fais avec le groupe, parfois j'observe de loin comme sur la photo. Photo prise à l'heure de l'apéro qui est un rituel particulier quand on est abstinente. J'utilise le terme particulier car ce n'est pas forcément un moment difficile mais il me ramène à chaque fois à l'époque où je remplissais et vidais avec allégresse mon verre de vin. La solitude à venir, celle de l'hiver avare en lumière, du froid et de l'humidité, sera plus facile à vivre car il y aura eu ces moments vécus ici à plusieurs. L'absence des autres est une forme de présence car je ne me veux pas ermite mais plutôt solitaire. Dimanche, tout le monde est reparti et j'ai senti que retrouver le bon rythme me demandera du temps. J'ai trop parlé de moi, j'ai agité trop d'idées, j'ai bu trop de café. Ce matin, le soleil sèche petit à petit la terre grasse en eau depuis l'orage de samedi soir. Assise sur les marches de ma cabane, je respire lentement et le silence intérieur retrouve sa place. Et si toute cette expérience était, pour moi, une forme de sevrage en paroles ? Dans le livre d'Eric Sarner, Sugar, j'ai trouvé une citation du poète italien Umberto Saba : Da quando la mia bocca è quasi muta amo le vite che quasi non parlano - Depuis que ma bouche est presque muette j'aime les vies qui ne parlent presque pas. La bavarde que je suis, cherche quelque chose de cet ordre. Une manière d'apprivoiser la mort à venir. Une phrase qui peut sembler grave mais, pour moi, elle est l'expression même de la vie.

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24 La Caboulotte - isolement lyonnais car Covid il y a eu. Élections, il y a eu aussi. Fièvre et brouillard dans ma tête à la lecture de cette cartographie politique française où j'ai bien du mal à penser l'avenir. Mais je ne veux pas résumer ce qui s'exprime actuellement par la seule idée qu'il y a les cons et les autres. Une telle suffisance à se croire du bon côté et à mépriser ceux et celles qui tentent de dire quelque chose de leur monde, de leur vie, de leurs espérances et désespérances. Mais glissement de terrain idéologique il y a eu. Vertige. Puis repartir vers la Drôme puisque me voilà guérie. Et en quelques jours, le printemps a fait sérieusement son boulot. Tout verdoie, fleurit, s'agite, pollinise, féconde, bruisse, chante, criaille, stridule. Et à nouveau une sensation de vertige. Vais je retrouver mon rythme d'écriture ? Ma quiétude ? Des associés du lieu sont là pour le week-end. On parle, on mange ensemble, on commente ce lieu géré collectivement et vécu, individuellement, de manière très différente. La complexité du faire ensemble qui permet aussi beaucoup. Et je suis fière et heureuse de faire partie de cette expérience. Pourtant le blues m'étreint, j'ai la nostalgie de l'hiver. La nostalgie de quelque chose de plus rude, d'une situation plus contraignante. Quelque chose a changé. Tout autour de moi les genêts font exploser du jaune pendant que la radio bégaie la même info : le Rassemblement National ne participera d'aucune manière aux célébrations du 1er mai. Qu'ils aillent brouter le muguet ailleurs, me dis-je, un peu bougonne avant de me déplier les oreilles avec de la musique. Canzoniere delle Lame ! Des chants révolutionnaires italiens qui me donnent toujours de l'allant : Noï vogliamo l'uguaglianza. Quand les italiens chantent l'égalité des peuples. J'y crois à nouveau. Quelque chose dans le rythme, le phrasé me transmet du courage. Du possible. Pourtant aujourd'hui je ne parviendrai ni à écrire, ni à lire alors j'emporte les jumelles, l'appareil photo et une bouteille d'eau et vais marcher avant de me poser dans un pré qui est un foisonnement de fleurs et d'herbe haute. Je m'allonge, mâchonne un brin d'herbe et pense à  Walt Whitman : L'odeur de mes aisselles est un arôme plus subtil que la prière. Puis je m'endors en tout confiance avec le ciel par-dessus moi. La révolution, ce ne sera pas aujourd'hui mais, sous mes bras, la vie !

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