[le site de Fabienne Swiatly ]

C'est le bleu changeant du ciel comme une fiction.

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22 La Caboulotte - Tombe la neige. Une journée entière. Silence impressionnant des oiseaux. Une belle poudreuse qui recouvre tout le paysage. Par moment le bruit du grésil emporté par le vent. Je décide aussitôt de creuser un chemin de subsistance comme disent les encabanés canadiens. Ceux et celles qui aiment traverser l'hiver dans des cabanes rustiques en pleine forêt. Creuser un chemin vers l'eau, vers le bois, vers la voiture tant que la neige n'a pas gelée. S'organiser différemment pour éviter de tout mouiller. Emprunter une paire de bottes aux amis de la ferme du dessus. Pratiques pour marcher dans la neige mais pas facile à retirer quand on est seule. La neige. Je suis traversée par une joie enfantine et un peu d'appréhension : combien de temps ? Penser aux agricultures qui doivent lutter contre le gel. La neige, le froid me contraignent au repli même si j'ai traversé les bois et les prés en sautillant comme une gamine. M'enfonçant parfois jusqu'aux cuisses. Mes traces qui viennent se mêler à celles facilement reconnaissables du lièvre. Puis se sécher et se poser au chaud. J'ai de quoi lire et écrire. Je me suis lancée dans la lecture des carnets de Pierre Bergounioux qui est un écrivain que je connais mal. Une écriture en ombre et lumière. Mais l'ombre est parfois terriblement menaçante sans qu'il ne nomme jamais la menace. C'est là. Ses obsessions. Les insectes qu'il immortalise tout en réduisant leur vie pourtant déjà brève. Son besoin d'apprendre ou plutôt de connaître. Le lumineux d'une partie de pêche, puis l'accablement après une longue journée comme prof. Je lis avec intérêt mais mon étonnement tout de même qu'à la date du 10 mai 1981, il soit seulement noté : Mitterrand est élu. Pas un seul commentaire sur ce qui fut un événement (joyeux ou terrifiant) pour toute la France : la gauche prend le pouvoir. Troublant. Et moi qui tiens un journal quasi quotidien depuis mon installation ici, je m'interroge sur mes propres oublis. Je relis des passages. L'Ukraine, les élections, la pandémie sont bien présents, même si mes commentaires ne sont jamais très longs. Une nuit sous la double couette et déjà la neige se soumet au soleil du matin. Bavardage des oiseaux. Les toits, les rebords de fenêtres, les branches des arbres gouttent. Retour aussi  des vautours qui quadrillent scrupuleusement le territoire. Ils ont faim. Cette fois-ci j'en compte plus d'une vingtaine. Trop loin pour que je les prenne en photo de manière intéressante. Il fait un temps à marcher, ce que je vais faire tout à l'heure, appareil photo à la main, bottes aux pieds. Moi aussi j'ai faim. De lumière.

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21 La Caboulotte -  L'arrivée du printemps m'a déroutée. Plus de six mois que je vis ici dans ma cabane-roulotte. Beaucoup s'inquiétait de mon quotidien pendant la période hivernale mais j'ai aimé le froid, la neige, les nuits longues et la solitude et voilà qu'il fait déjà 20° en journée - les fleurs, les feuilles s'imposent, les insectes bruissent de partout, les oiseaux bavardent dans toutes les futaies et sur chaque hauteur d'arbres. Partout le printemps. Et moi, je n'en reviens pas : déjà ! Je ne me sens pas prête. Bien sûr, la vie sera beaucoup plus simple mais je me sens moins à l'abri. C'est l'expression qui me vient. A l'abri de quoi ? Alors ce matin, j'ai décidé de passer ma matinée dehors. Pas d'écriture mais le chantier du petit muret à monter pour contenir la terre d'un jardinet. J'ai glané sur le terrain des pierres de différentes tailles, en prenant soin de ne pas ramasser celles qui appartiennent à un ancien muret, même tombé, pas celles joliment moussues qui se confondent avec la terre, pas celles sous lesquelles vers et fourmis s'activent déjà. Monter un muret et planter bientôt quelquescourgettes, courges et du romarin. Me mêler à  l'activité printanière et apprécier  l'incroyable chance que j'ai d'être dans ce lieu où je peux m'activer et écrire. L'incroyable chance que j'ai de ne pas avoir à craindre le bruit du moteur des avions. Pas de bombardements ici. L'incroyable chance que j'ai de pouvoir vivre modestement mais sereinement de mon métier d'écrivaine. Et aussi d'avoir su nouer de solides relations avec ma famille et mes ami.es pour ne jamais me sentir seule, même si certains jours, c'est aux arbres et aux mésanges que je parle. Par contre, je ne sais toujours pas siffler. Rien à faire. Du coup je suis terriblement envieuse de Jean Boucault et Johnny Rasse, chanteurs d'oiseaux, dont j'ai découvert l'univers à l'écoute d'un podcast Deux vies parmi les oiseaux. Parler-oiseau, quelle chance. Sur le carnet dédié à mon futur voyage en fourgon aménagé, j'ai noté leurs noms, j'ai noté Baie de Somme que je connais un peu (souvenir d'une longue balade dans la baie, tôt le matin parmi les oiseaux, les phoques et les veaux-marins). Et peut-être que je croiserai ces deux étonnants hommes-oiseaux que je ferai bien rire à ne pouvoir extraire de mes lèvres que des vagues sifflotis rocailleux. Le muret prend forme, les muscles se rebiffent un peu, je vais faire une pause, pas envie de me casser le dos. Entre pins et chênes la nature et moi, nous prenons soin de nos nids. Rien de plus. Rien de moins. C'est le printemps, nous en sommes en vie.

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20 La Caboulotte - Dans le Bois de Vache marchant au milieu des hêtres m'est revenue la question posée par une amie : Toi qui vis un peu en dehors du monde qu'est-ce que tu penses de la guerre en Ukraine ? Je ne vis pas en dehors, je vis différemment que les années passées. Un peu plus solitaire que ceux et celles de mon entourage. Un peu plus contrainte dans mon espace de vie. Mais je vis dedans ce monde. Penser donc ? Je ne pense pas grand-chose mais, comme beaucoup, je ressens peur, indignation, impuissance ... Je ne parviens guère à penser au-delà de mes émotions. Je ne parviens pas à une pensée suffisamment forte pour se transformer en actes, car c'est bien d'actes dont a besoin l'Ukraine. Exprimer une opinion, je peux. Envoyer de l'argent, je peux. Faciliter l'accueil des réfugié.es, je peux. Mais ravitailler l'Ukraine en armes ? Envoyer des hommes se battre sur le front ? Déjà j'hésite. Déjà du Trop tard plombe ma matière grise. Je me méfie du prêt-à-penser (à dégainer) médiatique. Par expérience - ma mère était une jeune femme allemande pendant la deuxième guerre mondiale et mon père un soldat dans l'armée français - j'ai subi les analyses simplistes : d'un côté  les méchants (les Boches) et de l'autre les gentils (les Français). Pour apprendre bien plus tard que se jouait aussi le drame des égos machistes à la tête des Nations car une guerre met en jeu des intérêts financiers qui forcent bien des politiques à détourner leur regard. Alors que répondre à cette amie ? Je pense mille choses dont si peu, voire aucune, ne semble pouvoir agir sur la situation. Et pour l'instant rien ne change dans nos habitudes, sauf à réduire notre consommation d'essence car le prix en est trop élevé. De retour à la caboulotte, je me suis installée sur les marches extérieures et j'ai regardé autour de moi en poussant un soupir de bien être. Je constate que déjà des violettes, déjà des primevères, déjà des jours plus longs, déjà le printemps, déjà la guerre. Je taille avec mon beau vieux couteau des branches qui deviendront tuteurs pour le mini jardin printanier que je veux m'inventer. Et je pense à toutes les  femmes agissantes croisées la semaine passée à Coulommiers, Paris et Lyon. Celles qui agissent sur le terrain de l'action solidaire, éducative, émancipatrice et créative. Femmes qui n'attendent pas les hommes pour agir comme ces poétesses réunies autour de réfugiées afghanes à Rillieux-la-Pape où elles ont clamé que La poésie est une épée. D'autres femmes encore qui font entrer la poésie dans les écoles et les médiathèques. Oui, des femmes qui n'attendent pas les hommes pour agir. Des femmes entre les mains des quelles je mettrais bien le destin de mon pays. Des femmes qui me donnent une colonne vertébrale et que parfois, je me demande : qu'est-ce qu'on attend pour prendre le pouvoir et organiser le monde différemment. Il y aura bien des hommes pour nous rejoindre. Fatigués par les impasses où s'engagent les plus puissants qui, soi-disant, nous représentent. Des hommes pour ne pas nous trouver naïves mais fortement inventives. Je vais lui écrire cela à l'amie qui me pose des questions, moi qui ne suis pas en dehors du monde.

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La caboulotte 19 - Il y a des temps creux, des temps difficiles, pas forcément liés à la solitude d'ici. J'aime à répéter qu'à 11h32 je peux m'interroger sur l'art d'en finir et à 11h38 chercher quel est le titre de cette incroyable poésie interprétée par Johnny dans les années 70 (à écouter ici pour les curieux). J'ai l'humeur instable, depuis toujours. Et dans ces creux, l'alcool venait se lover  avant de m'emporter vers d'autres abimes. Alors le barrage de l'abstinence, cinq ans et deux mois, précisément. Depuis l'adolescence, je suis traversée par des courants contradictoires dont je ne parviens pas, certains jours, à gérer les remous. Moins souvent qu'avant et surtout j'arrive à m'arrimer aux " ça va passer " Et, effectivement, ça passe. L'humour me sauve souvent la mise. Je me moque facilement de moi-même - ce qui est très pratique quand on est seule. Ainsi depuis plusieurs semaines je m'entraîne à siffler entre les doigts. Plus précisément à siffler entre le pouce et l'index réunis en une boucle et glissée entre mes lèvres, Comme le cow-boy qui appelle son cheval caché derrière le bosquet, ou encore le voyou pour avertir de l'arrivée des flics. Je m'entraîne régulièrement depuis quinze jours. Au début je m'obstinais à positionner mes mains toujours de la même manière, cherchant à mieux diriger mon souffle. Piètre résultat. Un chuintement vain. Depuis ce matin j'ai changé de tactique. Mes deux doigts sont perpendiculaires à mes lèvres et touchent presque le haut du menton. C'est mieux. Je suis loin du résultat mais ça progresse. Je devrais peut-être m'inspirer de Curro Savoy, célèbre siffleur des musiques de film d'Ennio Moricone - quoiqu'il n'utilise pas ses doigts. Quand je m'exerce, je me souviens que plus jeune, il était dit (on doit pouvoir l'entendre encore) que cela ne se faisait pas pour une fille de siffler. Dans ma caboulotte ou au milieu des arbres, personne pour subir mes pitoyables essais et les oiseaux s'en fichent. Ni cela les effraie. Ni cela les séduit. Je souffle entre mes doigts jusqu'à ce que la tête  me tourne ou que mes lèvres se crispent, alors il est temps d'écrire. En fait, le personnage de mon roman en cours, tente aussi de siffler de la sorte et rencontre les mêmes difficultés. Écrivant cette chronique, je m'interroge sur la photo qui viendra l'illustrer. Un autoportrait ? Guère flatteur car ma bouche, à ce moment là, à tout du cul de poule. Peut-être une photo de ma Vilaine, poupée en tricot récupérée de justesse d'une benne à rebut d'Emmaüs. Depuis elle me suit partout. Je lui ai cousu un sourire pour adoucir son air parfois inquiétant. Mais là tout de suite, il me semble déceler chez elle, une certaine ironie  comme une envie  de me poser la question : T'espère faire revenir qui avec tes sifflements ?

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La Caboulotte 18 - Retour dans ma roulotte après la vivifiante parenthèse aquatintienne (Festival de la poésie jeunesse à Tinqueux). Départ sous un ciel confus, arrivée en Drôme dans  une lumière nette. Vent frais. Routine : ouvrir porte et fenêtre, aérer la caboulotte. Ouvrir l'eau, l'électricité. Chauffer, ranger les affaires. Retourner dehors, ramasser ce que le vent a éparpillé. Vérifier que tout va bien. Inspirer profondément et souhaiter le bonjour aux lieux. Penser encore une fois  : Je suis bien ici. Trouver des prétextes pour rester dehors : couper, rassembler du bois, faire la tournée des autres habitats. Se douter qu'il faudra au moins deux jours pour trouver le bon rythme. Craindre le désœuvrement à la tombée de la nuit. Sur le chemin jusqu'à la boite aux lettres, je pressens, avant même de les voir, ce qui vole au-dessus de moi :  cinq impressionnants vautours en repérage ou simplement heureux de se faire porter par le vent. Ils sont assez près pour que je puisse détailler leur plumage à l’œil nu. Tête rentrée, ailes déployées, les vautours sont particulièrement majestueux lorsqu'ils volent. Rien à voir avec le charognard au cou tordu des westerns et des BD. Je les ai regardés, longtemps, emplie de reconnaissance comme s'ils volaient pour moi. L'humain aime s'inventer des histoires. Je les ai observés, désolée de n'avoir emporté ni appareil photo, ni téléphone. Quand ils ont disparu derrière la colline, j'ai été chercher mon appareil. J'ai repris le chemin jusqu'au bois, scruté le bleu du ciel sans les voir réapparaitre. J'ai casse-croûté dehors pour me donner un maximum de chance de repérer leur retour. J'ai vu l'alouette, des mésanges, quelques insectes volants et bruyants mais pas de vautours. Tant pis, ils traverseront ma chronique. Ce lieu d'écriture qui me permet de partager mes impressions banales et singulières à la fois. Rendez-vous précieux. J'ai pensé à ce jeune baroudeur Christopher MacCandlesse qui passa plusieurs mois seul en Alaska où il mourut empoisonné par une plante qu'il pensait comestible. Dans son carnet il avait écrit " Le bonheur n'est vrai que quand il est partagé ". Je ne suis pas loin de penser la même chose. Solitaire, il me faut bien poser ma joie quelque part. Je suis retournée une dernière fois sur le chemin avant qu'il ne fasse trop froid et j'ai pris le ciel en photo à défaut de rapaces. Demain peut-être. En attendant la photo aura pour légende : L'absence des vautours. C'est déjà ça.

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La caboulotte 17 - Écrire alors qu'il n'y a rien à dire. Mais écrire c'est peut-être cela :  chercher ce qui ne se dit pas. Je relis cette dernière phrase et me dis : foutaise ! Un mot que j'emploie souvent en ce moment. Je le décortique : fou d'aise, se foutre d'aise, les fous se taisent ? Écrire sur les choses qui ont peu d'importance. La bagatelle. Le non-événement et honorer le rendez-vous d'une chronique tous les quinze jours sur mon site et les réseaux sociaux. Orgueil ? Sûrement. Assiduité, obstination aussi. Il fait froid dehors (- 8 la nuit), heureusement il fait bon dans ma caboulotte mais le corps a du mal à quitter la chaleur du lit. Couette épaisse, nombreux coussins et plaids. Une citadelle de tissus chauds. Je me force. Les journées sont courtes encore. D'abord un café, un peu la radio puis ma gym. Mais quelque chose résiste aujourd'hui. Tout est laborieux. Je me force. Moulinets des bras pour muscler les biceps, un peu en biais pour ne pas cogner dans le placard. Mouvements au sol sur le tapis coincé entre la table et la porte. Espace restreint. Ce matin ça ne veut pas. Mon corps regrette le lit. Gestes mécaniques. Dehors le givre, le froid et aussi le soleil. Pas envie de perdre mon temps. J'enfile sur mon pyjama à carreaux un sweet jaune moutarde, par dessus une veste de laine orange, à mes pieds des grosses chaussettes vert épinard, autour du cou une écharpe rouge et enfin mes grolles lestées de boue sèche. Tant pis pour la tenue extravagante et inhabituellement colorée, c'est avoir chaud qui compte. Et l'alouette du matin s'en fiche dédaigneusement. Elle bouffe. Je marche d'abord puis cours entre les arbres, je bois le froid et la lumière. Je prends l'air. Le givre recouvre tout. Exalte les formes. Le mot beau me vient. C'est un mot fourre-tout. S'en méfier. Dans la langue française tout est si facilement beau. Froufroutement vers le compost, un lièvre s'extrait du bac et fuit dans les fourrés. Je bois l'air, je bois le paysage. Ma vie n'a rien d'exceptionnelle et pourtant j'aime la mettre en mots. Écrire, donc, même s'il n'y a rien à dire. Être au monde et, pourquoi pas,  écrire des foutaises. 

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La caboulotte 16 - Ce banc est un endroit où je viens souvent m'asseoir pour profiter du soleil et du paysage. Idéal pour déguster un café ou se lancer dans quelques exercices de gym. Pendant que j'avale mon café, je constate que de nombreux oiseaux s'activent au sol, essentiellement des mésanges et des rouges-gorges. Plus de moineaux. L'oiseau si banal de mon enfance est en voie de disparition. Un léger redoux semble leur offrir de quoi manger (graines ? insectes ?). Ils sont presque invisibles et c'est leurs mouvements qui indiquent leur présence. Café fini, je pense au linge à étendre. Dans les sanitaires, une vieille machine à laver qui me pose pas mal de problèmes depuis quelques semaines et, aujourd'hui encore, je constate que l'eau n'a pas été évacuée. Je vérifie, dévisse, revisse, vide l'eau manuellement. Je tente un nouvel essorage. Rien. A l'ouverture du tambour, celui-ci tourne et finit par se coincer. Je tente de le débloquer. Rien. J'essaie de démonter la machine pour avoir accès à l'ouverture. Je prends mon temps et vais jusqu'à dessiner l'emplacement des vis pour faciliter le remontage. Mais impossible d'accéder au linge. La colère me prend. Je veux mon linge ! Alors je me saisis d'un marteau et je défonce, dézingue la machine. Grand coup dans la tôle, grand coup dans le plastique. Bien sûr la machine était à changer, mais je me surprends par ma hargne. Sur quoi je cogne exactement ? Sur qui ?  La liste est longue. Je finis par récupérer mon linge. Un grand calme prend place en moi. Je rassemble les débris, les trie puis je nettoie le sol. Je soigne aussi mes mains écorchées. J'étends le linge miraculé et retourne sur le banc. Je me dis qu'il vaut mieux dézinguer une machine à laver que des personnes vivantes. Mais tout de même, quelle est cette colère dont je suis capable :  frustration, honte, chagrin, peur, dégoût ? Un peu de tout. Un peu de trop. Il me faudra donc aller à la déchetterie, les gars se demanderont peut-être comment une machine à laver peut finir dans un tel état. Rien à voir avec l'obsolescence programmée.Ceci est bien l'œuvre de ma colère. Bon débarras ! En partant, je ferai un signe  à la benne des encombrants car elle est à l'origine du titre de mon prochain livre, puis il me faudra partir en quête d'une nouvelle machine à laver. Songer à un modèle avec hublot. Écouter un peu moins les infos. Mettre à distance LES ENCOMBRANTS de la vie !

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La caboulotte 15 - J'étais ailleurs. D'abord vers le bassin d'Arcachon à profiter d'un soleil qui n'était pas de saison mais bien pratique pour marcher, pédaler et découvrir marais, plages, océan,  cabanes à huitres ... Eprouver de la joie, ce mot que j'utilise si souvent car j'ai parfois peur que nous n'osions plus, sachions plus, pouvions plus l'éprouver. En vacances chez celui que j'appelle mon petit frère même si nos âges très proches et lui bien plus grand et baraqué que moi. Petit-frère depuis toujours qui a tout organisé pour que je sois bien - et c'est un beau cadeau. Puis des rencontres à Tours, Orléans et Bourges avec des élèves de lycées professionnels, agricoles ou d'enseignement générale qui ont étudié Elles sont au service et je dois avouer que leur compréhension du sujet et de la forme de ce livre m'ont agréablement surprise. Des discussions précises et leurs remerciements de m'intéresser à ces "petits métiers" et plus particulièrement  dans la classe préparatoire aux métiers du soin à la personne. Se réjouir d'entendre  une jeune fille de 16 ans me dire que mon texte lui donne  la force de tenir tête aux autres sections (métiers de l'agriculture) qui souvent les méprisent. De la joie donc en ce début d'année,  mais à d'autres moments une inquiétude récente qui me saisit quand je dois faire face aux contraintes liées à la pandémie. Quand décisions politiques et sanitaires m'embrouillent le cerveau et que chaque jour, il est si difficile de me maintenir à distance sanitaire des autres, de me masquer le visage, de filtrer ma respiration, de penser à la quatrième injection qui pointe déjà son nez et de souffrir que ceux et celles qui acceptent le vaccin et ceux et celles qui le refusent sont assigné.es à des camps qui ne pourraient plus échanger mais seulement s'affronter. Et de plus en plus souvent, je souffre de n'avoir jamais vu le visage de l'épicier, de la factrice, du coiffeur de mon nouveau territoire,  et de tous les élèves et enseignant.es rencontré.es. Depuis deux ans mon univers est composé par une bonne partie de personnes que je serai incapable de reconnaitre dans la rue et dont j'invente le reste du visage à partir des images stockées dans ma mémoire. Des personnes dont je n'ai jamais touché la main, jamais vu le nez, la bouche. Parfois oui, je sens combien cela altère quelque chose en moi. Fortement. Profondément. Et je me dis aussi que les personnes qui n'ont pas de compagnons, compagnes ou d'enfants avec eux, n'ont peut-être pas été prises dans des bras depuis longtemps. Solitude des intouché.es, des intouchables. D'ailleurs moi-même en rentrant de mon périple j'ai passé un temps inhabituellement long à caresser le gros chat de la maison qui m'héberge, à enfoncer ma tête dans son pelage roux. J'ai ri de ma voracité. J'ai ri de chercher du  réconfort auprès de mon gros Marcel car c'est son nom. Rire de moi puisqu'il faut bien vivre.
Merci à l'Agence Ciclic Centre Val de Loire pour avoir permis et organisé les rencontres avec les lycéens.

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La caboulotte 14 - Depuis plus d'un an, je tourne autour de mon désir de coudre, tisser, broder et je me confronte à un empêchement violent. Comme si le résultat devait être immédiatement parfait, sublime et susciter  de suite de l'engouement. Comme si le résultat dépendait de mon seul désir. Pourtant avec l'écriture je sais pertinemment qu'il faut tenter, rater, tenter à nouveau, chercher une voie (voix)... bref travailler. Pourquoi en serait-il autrement avec du fil ? Peut-être que mon coup de  foudre pour les œuvres de Gunta Stölzl et Anni Albers qui faisaient partie du groupe surnommé Les filles du Bahaus (elles n'avaient pas accès au cours d'architecture ou de peinture) a mis la barre un peu haut. Bravache, j'ai acheté un métier à tisser que j'ai monté consciencieusement (car souvent une étrange frénésie me saisit quand je me lance dans des travaux dits manuels). Trop de désir ? Trop d'émotion ? Mais un métier à tisser prend beaucoup de place et peut-être ai-je vite ressenti que me confronter à des horizontales et des verticales ne me conviendrait pas longtemps. J'ai rangé le métier avec un sacré sentiment de défaite, presque de honte. Il y a quelques semaines, j'ai regardé un formidable documentaire sur la tapisserie de Bayeux (qui est, en fait, une broderie datant du  XI ème siècle). Découverte émouvante car si les deux termes accolés de tapisserie et de Bayeux m'étaient familiers, je n'avais aucune idée à quoi elle ressemblait précisément. J'ai regardé ce documentaire plusieurs fois intéressée, concernée.  Avec la conviction que je voulais broder, que je pourrais broder (le format correspond mieux à la petitesse de mon habitat actuel et surtout à celui de mon futur fourgon). J'ai rassemblé des fils, des laines, des aiguilles. J'ai acheté du tissu en lin et un tambour. J'ai inséré l'étoffe dans le tambour, avec l'envie de me lancer dans un carnet tout en  tissu et en broderies. Mais rien. Le tissu tendu et intact posé sur mon bureau. Impossible d'en faire quoi que ce soit. Ventre noué, gorge sèche, mains nerveuses. Colère contre moi et cette matière morte. Gauche, je suis quelqu'un de gauche, de maladroit et quelques humiliations dans ce sens me sont revenues. Les commentaires du prof de dessin devant toute la classe : Swiatly vous êtes douée pour le caca d'oie (j'avais compris caca de doigt), un prof de technologie qui me donne un zéro convaincu que ce n'est pas moi qui aie fabriqué l'objet demandé : C'est pas vous ça ! Et bien d'autres vexations dans la boite de Pandore de mes empêchements. Alors j'ai regardé une troisième fois le documentaire, avec des arrêts sur image lors de plans rapprochés. Comprenant alors ce qui me plaisait dans cette "tapisserie" exécutée par différentes brodeuses, ce qui me touchait particulièrement, au-delà d'une œuvre parvenue jusqu'à nous après plus de onze siècles, ce sont les endroits où les points sont maladroits, bruts de décoffrage. Les endroits qui révèlent que ce sont des mains humaines qui ont œuvré. Quelque chose s'est défait en moi et j'ai réussi à broder la première page du carnet :  Au bord'elles. Carnet de mes désordres, de mes peurs et de mon bordel. Et je me suis dit : Et zut ! Le caca d'oie est une couleur comme une autre. © photo détail tapisserie de Bayeux -- Le documentaire visible ici :
 

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La Caboulotte 13 - Il y a eu le froid vif, puis le vent, puis la neige, le soleil, la fonte de la neige, le verglas, la brume, la neige à nouveau. Temps changeant, humeur changeante. Lumière terne dehors. Je dois me concentrer sur la lecture finale de mon roman qui sort en mars (cette phrase dit exactement ce que je suis en train de faire et pourtant elle me semble prétentieuse).  Envie de tout jeter. Je connais bien cette étape. J'en ai souvent parlé. Mais je dois rester concentrée. Je dois faire mon boulot. Je lis, je rature, je me lève, j'arpente le peu d'espace arpentable dans ma caboulotte. Je maudis je ne sais qui, je ne sais quoi avec du vocabulaire grossier. Il est temps d'aller prendre l'air. J'enfile mes croquenots car c'est à cela que ressemble mes vieilles chaussures de marche qui sont dans l'état parfait pour mes pieds : ni trop dures, ni trop avachies. Ce matin j'ai écouté un podcast sur la fachosphère, je n'aurais pas dû, ce matin j'ai écouté Eric Zemmour, je n'aurais pas dû. Heureusement il y a ma magnifique paire de chaussettes vert épinard en laine de mérinos pour me réconcilier avec la vie. J'emporte mon bâton en noisetier et emprunte le chemin habituel dans la forêt du haut. Avec le bâton je fouille les feuilles mortes, il y a quelques jours j'ai trouvé des pieds de mouton et ce serait parfait pour un repas du soir solitaire. Juste avant le chemin des crêtes les ânes m'ont à nouveau surprise. Ils se confondent merveilleusement avec le paysage d'hiver. D'abord je ne vois que les troncs d'arbres. Un simple mouvement d'oreilles et ils apparaissent comme par enchantement. Je les vois. Immobiles et méfiants dans un premier temps, ils me rejoignent dans l'espoir d'un peu de pain dur. Ils me regardent, je les regarde. Pas vraiment besoin les uns des autres mais nécessaires tout de même à nos vies communes. Car nous vivons ensemble dans cet espace géographique et dans cet espace temps. Je pense au petit garçon que je n'ai pas vu depuis longtemps. Il me manque. J'aime les moments, trop rares, que nous passons ensemble. Il m'oblige à voir et à parler du monde différemment. Sans mentir ou surjouer, je dois lui raconter un monde où il est possible de vivre. Lui donner de la force car si l'époque est accablante, tout est possible malgré tout. Quand le petit garçon viendra ici, on donnera des noms aux ânes. Des noms drôles, des noms exotiques, des noms absurdes et des noms francisés ou pas ! Puis on soufflera sur nos doigts engourdis et on les passera dans une des crinières un peu rêches d'un animal à portée de main. Quand, lassés de nous, les ânes retourneront se confondre avec les arbres, le petit garçon et moi, on rentrera boire un truc chaud et manger du sucré. Mais le petit garçon n'est pas là. Peut-être vais-je lui écrire une lettre avec une photo des ânes. Une de ces lettres qui met du temps à s'écrire, à s'envoyer, à rejoindre la boite aux lettres et à se lire. Habiter la distance avec des mots dédiés. Mais pour l'instant je dois retourner à mon texte. Sur mon bureau les pages imprimées et raturées. Il me faudra traquer le creux, le mou, les boursoufflures. En tout cas le titre sur la page de garde me réjouit toujours autant. Saïd. Je suis heureuse de ce titre formé d'un seul prénom d'origine arabe. Tant pis pour les coincé.es du cul et de la mémoire, chaque prénom doit rester le début d'une singulière histoire. Et tant mieux si ça commence par une langue étrangère.

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Caboulotte 12 - Dans l'espace restreint de ma demeure ancrée sur un terrain aménagé pour les beaux jours et non pas pour l'hiver, le temps est un événement et une contrainte. La neige qui se met à tomber dans la nuit, c'est d'abord un moment de joie enfantine : il neige ! Puis vient l'inquiétude et enfin la nécessité d'aller garer d'urgence la voiture au plus près de la route sinon c'est prendre le risque d'être bloquée sur le terrain. Oublier les gants, démarrer en trombe, la neige collée aux chaussures se transforme en glace au contact des pédales. Les pieds dérapent, heureusement la voiture démarre au quart de tour et monte sans peine le chemin enneigé. Sur le siège arrière, j'ai déposé, prévoyante, une pelle. La neige c'est aussi les pieds mouillés dès qu'il faut traverser le terrain pour les toilettes, la douche ou le frigo. Puis le plaisir reprend  à nouveau le dessus quand bien emmitouflée, je vais marcher dans le blanc immaculé du fameux manteau neigeux. Joie de reconnaitre les traces du lièvre qui vient chaque jour fouiner dans le composte, constater l'existence d'autres traces d'animaux : blaireaux, chiens, loirs ? Des traces de chaussures aussi vers le pré du haut (un chasseur ? un promeneur ?). Puis la nuit vient geler le tout alors il faut faire attention à ne pas glisser. Garder le téléphone portable avec soi en cas de chute. S’enivrer du ciel très sombre piqueté d'étoiles. Briser une des petites stalactites qui courent le long du toit, la suçoter ... et la peau des lèvres y reste collée. Des coups de vent à d'autres moments qui déforment la surface lisse et blanche, puis le redoux et c'est la boue qui vient alourdir les chaussures. Froid sec. Soleil. Je superpose les pulls, ne quitte plus le collant de laine qu'il faudra bien laver à un moment ou à un autre. Heureusement, il fait bon dans la caboulotte même si, un matin, le radiateur électrique n'a plus voulu chauffer. Je m'étais embrouillée dans les multiples possibilités de programmation. Le temps, la météo, le ciel, la température qui enchantent et complexifient le vivre ici, mais comme c'est un choix, il suffit de s'adapter. Ma condition n'a rien avoir avec ceux et celles qui  subissent le froid, la neige, la pluie à vivre dehors ou dans des logements précaires. Moi, je vis une aventure personnelle.

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Caboulotte 11 - Retour en Drôme après une soirée lecture à la librairie La Virevolte pour les 5 ans des éditions Des Lisières. Froid et brouillard m'accueillent. Je sais que la période hivernale sera rude à vivre ici. Le froid. Les nuits plus longues. La nature moins accueillante. On verra. Mais déjà la brume se lève en début d'après-midi et m'offre d'heureux changements de lumière. Et je pense  aux 27 hommes et femmes morts au large de Calais et je me demande : Qu'est-ce qui a fait qu'ils et elles soient sorti.es des brumes de l'indifférence pour réapparaitre ainsi dans les médias et la parole de nos dirigeants ? La loi des chiffres ? Au-delà de 27 quelque chose n'est plus plus imaginable ? Supportable ? Ou parce qu'ils et elles sont devenues enjeux entre deux chefs d’État dressés sur leur égo, qui se toisent par-dessus la Manche devenue terrain de polémique et cimetière encombrant ? Depuis  combien de temps déjà, dure cette aventure terrifiante d'hommes et de femmes qui viennent risquer leur vie tout au bout de la France parce que la seule issue possible à leur vie de misère ? Dans un des pires lieux de leur parcours, c'est ce que migrants et migrantes répètent dans leurs témoignages. Depuis combien d'années ? Il y a douze ans, alors que je rencontrais à Calais des associations militantes, elles étaient déjà au bout du rouleau. Usées par toute cette maltraitance, violence et absurdité. Tant à faire avec si peu de moyens. Tant de morts noyés, écrasés, brûlés, tués, disparus. Alors pourquoi ces 27 ont-ils dissipé le brouillard ? La présence d'une femme enceinte et d'une fillette parmi les morts ? 27 d'un coup c'est trop voyant ? Du moins pour l'instant. Car on sait que la brume reviendra, l'anonymat reviendra, la maltraitance reviendra, la bêtise reviendra. Et les hasards de l'actualité viennent m'offrir un contre-champ hasardeux mais dont je ne parviens pas à me défaire. Grâce aux médias, je sais qu'un animal est mieux défendu par la loi que des humains. La mort d'une ourse, tuée par un chasseur imprudent, a enclenché une instruction pour destruction d'espèce en voie de disparition. Tant mieux pour les ours. Mais je ne peux m'empêcher de penser, qu'il vaudrait peut-être mieux pour ceux et celles encore vivantes sur les quais et les plages de Calais être né.es animal, être né.es ours plutôt qu'Afghane ou Afghan plutôt qu’Éthiopien ou Éthiopienne, plutôt que Pakistanaise ou Pakistanais, plutôt que ... Il est tard. J'ai froid. La brume a disparu. La lumière a disparu aussi. Pas encore de lune. Reste la nuit. Je vais me mettre au chaud dans ma caboulotte. Mes pensées et mon corps sont glacés. J'hésite à écrire cette chronique. Bien pensante ? Nécessaire ? Écrire est mon métier.  Alors je vais écrire. Malgré.

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Caboulotte 10 - Tu n'as pas peur ? Cette question m'est souvent posée sans que l'on me précise de quoi je devrais avoir peur. Ma vraie peur, et j'en ai déjà parlé, était que l'écriture ne soit pas pas au rendez-vous. J'écris. Tout va bien. La solitude me va aussi et elle n'est pas de tous les jours, puisque hier encore j'échangeais avec une cinquantaine de bibliothécaires et enseignant.es à l'Hôtel du département de Privas. La nuit alors ? L'obscurité ? Oui je pourrais en avoir peur et je ne suis pas capable, comme un de mes amis, de dormir seule dehors quand le temps le permet (Pourtant j'aimerais tant y arriver). Ici, il me faut souvent sortir la nuit (pas de toilettes dans ma petite demeure) et à des heures très différentes. Il n'y a aucun éclairage public. La nuit s'apprivoise, je l'ai vite compris. D'abord éteindre la lampe de poche qui rend l’obscurité plus opaque et, étrangement, plus inquiétante. Et, réflexion faite, en cas de danger, on devient follement visible une lampe à la main. Alors j'éteins et mes yeux s'habituent et je finis par mieux distinguer les formes et les différentes couleurs. La nuit offre des bleutés et des grisés très différents. La nuit n'est pas noire. Les nuits de haute et pleine lune, le tronc des pins et des chênes est strié par l'ombre des autres arbres, composant alors un décor presque hallucinant.  Quand j'ouvre la porte à ce moment-là, souvent après minuit, il me semble vivre une expérience surnaturelle. Mes yeux voient la nuit. J'apprivoise aussi les bruits et j'ai ainsi découvert que la cloche de l'église sonnait (je n'y avais pas prêté attention jusque-là). La nuit peut m'inquiéter quand un cauchemar traverse mon sommeil et qu'ouvrant les yeux tout me semble inquiétant. Alors ce n'est pas de la nuit dont j'ai peur mais de tout ce qui y est associé : sorcellerie, diablerie, folie humaine. Ce que l'enfance a distillé en moi : ma mère m'abreuvait d'histoires de diables et d'assassins, prenant le relais du pasteur très inspiré aussi.  Ce plaisir ravageur des adultes de nous dominer par la peur au lieu de nous prendre par la main et de nous dire : Regarde, écoute la nuit. C'est beau ! Il existe bien sûr des dangers dont il faut apprendre à se protéger, mais malheureusement, ces  danger existent aussi le jour, et parfois en des lieux qui devraient nous mettre à l'abri. Les maisons familiales ne sont pas toujours des havres de paix. Alors oui, je m'assoie sur les marches de la caboulotte et je laisse la nuit exister avec moi, puis je retourne sous la couette qui parfois me donne l'impression d'être un ventre moelleux. Je m'endors vite. Je m'endors bien. Demain matin, il fera bon se lever et vivre le jour.

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