Gemima

On se rencontre chez des ami.es communs. Dix-sept ans, lycéenne dans une ville moyenne de la Sarthe, de suite nous parlons de Baudelaire qu’elle a découvert en lisant Un hémisphère dans une chevelure :
Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j’entends dans tes cheveux ! (…)
C’est pour elle, sans qu’elle le nomme ainsi, le poème fondateur. Celui qui est entré en conversation avec son histoire, avec son désir d’écrire. Poème qui ouvre un espace singulier en soi, celui qui donne goût d’en apprendre plus.
Vous aviez faim et vous trouvez, enfin, votre nourriture.
Ensuite nous parlons de tout : de mon travail, du douloureux de sa mise à l’écart par les élèves de sa classe, des poèmes qu’elle écrits chaque jour, de ses origines : père congolais, mère sénégalaise.
Le poêle diffuse une chaleur douce et je suis bien avec cette jeune fille qui évoque pudiquement son difficile parcours jusqu’en France. L’Italie d’abord, le 115 pour trouver un abri d’urgence, l’accueil chez des gens et, enfin, un endroit où se poser avec son père et ses quatre sœurs. Et la poésie pour exister.