[le site de Fabienne Swiatly ]

La couleur absente de la Lorraine.

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La féminisation des mots avec le suffixe esse me déplaît le plus souvent. Car si le poète écrit, il m'a souvent semblé que l'on soupçonnait les poétesses ne savoir conter que bluettes ou encore que le maître dominerait toujours la maîtresse. Par contre le mot de papesse me plaît. Un pape avec des fesses semble pouvoir tenir tête à bien des enrobés du Vatican. Oui elles ont quelque chose de l'ogresse et de la bougresse, celles qui s'exposent à la Cité des papes d'Avignon. Elles ont de quoi clore la bouche à celui qui prétendit que des femmes de génie, il n'en existait aucune, même s'il trouvait que leur cul avait du style. Dommage qu'il n'ait pas eu la curiosité de regarder les œuvres de Louise Bourgeois cela lui aurait évité de dire bien des bêtises. Oui, j'ai aimé retrouver les Causeuses de Camille Claudel, approcher mieux la chair si dérangeante des sculptures en cire de Berlinde de Bruyckeres ou encore apprivoiser les serpents de la Woman de Kiki Smith. Oui, il y a du travail et du génie dans ce qui est exposé à Avignon. "Ce qu'on m'ôte, je le broie, je ne l'offre pas. Ce qu'on me prend, je le détruis, ce qu'on m'ordonne, je le nie." dit Olimpia Maidalchini, l'autre papesse du savoureux roman de Céline Minard

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A certains mots je ne parviens pas à imposer les règles de la bonne langue française. Ainsi l'ennui, je l'écris toujours avec un e : l'ennuie. Ce mot, je l'ai connu très jeune quand mes obligations de filles me tinrent à distance du jeu de mes frères. Une fille ne saute pas, ne se roule pas dans l'herbe et n'exhibe pas sa culotte. Alors l'ennui au féminin ! Au mot champ j'ajoute toujours un s de trop. Sinon, il ressemble à un champ désertique. J'aime le champs de coquelicot ! Le plus étonnant est le mot bouleversé, lui je l'écris boulversé. Comme si le e était tellement contraint par la boule et le versement qu'il en disparaîtrait. Sans parler des prépositions à et de que je confonds régulièrement. A ma grande surprise l'une de mes filles maîtrise parfaitement la règle et me corrige régulièrement. Avec une certaine fierté - puisque je me prétends écrivaine. Depuis je lis régulièrement : Est-ce à ou de ? Publié par Payot Lausanne. Plus de 60 pages pour essayer de comprendre ou chercher à comprendre la règle qui est le plus souvent usage ! 

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De moi l'on a toujours dit que j'avais deux mains gauches et je l'ai cru. Et avec le temps j'ai eu cette croyance que certains avaient des mains  "à droites" et d'autres des mains gauches. J'ai cru que tout ce qui avait trait aux travaux manuels exigeait un type de mains que je n'avais pas. Donc je me suis tenue à distance des crayons, des pinceaux, des ciseaux, des aiguilles ... A force de le voir travailler, lui, qui fabrique des maisons avec du bois, à force d'observer le temps qu'il passe à dessiner des plans, à préparer ses outils, à rester debout silencieux face à son chantier et à se traiter de con quand il ne parvient pas au résultat escompté, j'ai osé lui demander comment il se sentait avec ses mains. Et il m'a donné une réponse d'une telle évidence que je rougis encore d'être restée si longtemps avec ma croyance de mains habiles et malhabiles : mes mains ? Mais c'est avec ma tête que je crée, que je fabrique. Alors j'ai regardé mes mains et j'ai été triste. Triste de les avoir maudites pendant si longtemps. Triste également en pensant à toutes ces écoles qui enseignent les arts du bois, du fer ou de la couture en privant leurs élèves de philosophie et de littérature (sauf les quelques écoles qui forment des élites). Et là tout de suite je regarde mes mains qui courent sur le clavier. Rapides et habiles. Pas de toute j'en ai une gauche et une droite !

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Je ne parvenais pas à dire que j'étais fatiguée. Je ne parvenais pas à croire que j'avais besoin de silence, de ralentissement. Je continuais à dire il faut, il faut, il faut. L'écriture était une torture, l'écran me brûlait les yeux et aucun livre ne parvenait à me parler. Pourtant il faut. Aucune nuit ne réussissait à me donner tout le sommeil dont j'avais besoin. J'avais honte de ne plus pouvoir. Et il y a eu cet arbre. C'était à Saint Antoine de l'Abbaye, je venais de proposer une pérégrination poétique. J'avais lu et des gens m'avaient suivie. Et là j'étais dans la voiture à vouloir trouver un lieu où me connecter. Il me fallait répondre à mes mails. Et de la voiture, juste avant de démarrer, j'ai vu cet arbre, j'ai vu l'ombre sous l'arbre et je n'ai pas démarré la voiture. J'ai regardé l'arbre dans l'absence d'air de l'habitacle et je me suis décidée. J'ai été m'allonger dans le cercle d'ombre. Il y faisait bon. J'ai regardé un long moment les feuilles par en dessous, plus transparentes plus mouvantes vues d'en bas. C'est un plan très courant dans les films. Un plan qui semble vouloir dire : celui qui regarde ces feuilles ainsi par en dessous, pense à la mort mais il n'a pas peur. Je n'ai retrouvé aucun titre de film, juste la sensation de déjà vu. Puis je me suis endormie. 

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Après le jardin, c'était le champ. Malgré l'absence de clôture je savais où finissait le jardin, où commençait le champ et mes yeux de petite fille inventaient ce qui ne se voyait pas. J'aimais me tenir là. Ma mère recluse dans la maison, fuyait la lumière de ce pays qui ne serait jamais le sien. Elle m'appelait de derrière les volets clos, me ramenait à elle, me voulait à l'ombre : komm doch jetz ! Et je tentais de gagner du temps dans l'autre langue : pas tout de suite. J'avais pourtant les mots de sa langue, j'avais une enfance qui était aussi une Kindheit, j'avais des souvenirs avec le verbe à la fin, je déclinais sans connaitre l'accusatif mais cette langue traînait dans la boue de l'histoire. Une boue où avançaient au pas des hommes morts pour la plupart. Il me semblait que l'air vibrait mieux avec de la lumière et je ne voulais pas de l'autre mot, Licht. Puis un homme est venu de sa forêt pour donner une nouvelle voix à cette langue maternelle qui ne parvenait pas à se dire. Un éditeur aux cheveux richement blanc, à la voix douce et aux épaules larges à vouloir défendre de la poésie en de si nombreuses langues : Rüdiger Fischer. En 2006, il a publié mon premier livre. Il est mort en ce mois de juin et j'en suis terriblement triste. Que dire de plus ? Stimmlos. Sans voix. 

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Prendre en photo un enfant sur une balançoire. Un enfant qui passe sa journée dans mon jardin. Rien d'extraordinaire. Pourtant l'enfant est en confiance. Il rit. N'exige rien d'autre que mes bras qui poussent, qui arrêtent, qui le font tourner. Et quelque chose m'émeut terriblement à cet instant. Je sens qu'il mémorise ce que nous partageons. Il me voit. Il est à l'âge des premiers mots, des premières phrases qui prennent forment. Depuis quelques temps il parle. Parle avec nous, avec moi. Ne se contente plus de dire non. Autour de nous l'herbe est très verte. Odorante. Omniprésente. Gavée d'eau. Je sais que la mémoire imprime mieux les images quand les mots sont accessibles. Je sens que comme moi, il imprime quelque chose du maintenant. Nous partageons le même instant. J'espère avoir l'âge, un jour, de lui en parler. De lui demander : quel est ton premier souvenir de moi ? Mais peut-être est-ce moi qui aurai oublié. Peut-être est-ce une mauvaise idée. En tout cas, son rire me donnait l'envie de le pousser encore plus haut.

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La Pacaudière. Village de la Loire, inconnu jusqu'alors. Vaguement, Roanne située à un quart d'heure, pour le célèbre restaurant Les Trois Gros. Collège, Jean Papon, un peu en dehors du village. Malgré les travaux, j'arrive à l'heure. Il faut comme à chaque rencontre, trouver le parking, la porte d'entrée, sonner à l'interphone. Les écoles sont des lieux clos, on n'entre plus comme on veut et des caméras qui surveillent l'en-dehors. Parfois on salue quelqu'un qui jamais ne demande qui on est. S'il est difficile de franchir le portail, ensuite on peut déambuler dans les lieux sans que personne ne s'inquiète. Puis une silhouette s'approche : C'est vous l'écrivain ? Je me retrouve très vite en compagnie de l'enseignante et de la documentaliste, l'usage veut que le mot professeur précède celui de documentaliste. Il est des insistances qui soulignent plus qu'ils ne gomment les différences. Combien d'année déjà que l'on pratique le colportage littéraire ? Les élèves arrivent et c'est dans le bruit que l'on installe les tables et les chaises. Ils ne s'assoient pas, ils s'affalent. Ce mélange d'énergie et de fatigue soudaine qui habite l'adolescence depuis toujours. Au début, il y a une vraie distance entre eux et moi, comme un froid. Il faut dire que j'arrive avec mon bagage de livres, de textes, de noms d'écrivains et de propositions d'écriture. Et tous les préjugés sur ce que pourrait être ou devrait être la littérature. Des tonnes de poussière et pas mal de méfiance. Ils attendent soucieux de l'écriture qu'il leur faudra fournir mais curieux tout de même de ce métier que j'ai choisi. Est-ce d'ailleurs un métier ? A ce moment-là ils sont un tas dont je ne parviens pas à détacher un visage du nombre, même si le plus turbulent se fait vite connaître (reconnaître) et j'ai tendance à penser que c'est surtout le plus anxieux. Je me présente. Au rythme des lectures, ils deviennent regards, visages, corps et voix. Ils s'étonnent de ce qui s'écrit chez eux, chez les autres. Puis ce garçon avec déjà une voix d'homme qui n'en revient pas d'avoir écrit et dit de la poésie. Il pensait que ce n'était pas pour lui. Puis cette jeune fille qui veut bien retravailler son texte parce qu'elle s'y dévoile trop vite et qu'il faut savoir donner une place aux lecteurs. Puis je montre mes carnets et explique comment l'écriture ne se fait pas seulement devant l'ordinateur mais qu'il y a aussi la marche en ville ou en campagne, les photos des usines, les collages, le blog et je les entraîne à l'extérieur noter ce qui fait le paysage habituel mais que j'invite à regarder aujourd'hui différemment : les arbres qui grelottent, le ciel mince, le têtu des oiseaux, les murs distants, les ordinateurs silencieux (leurs mots à eux)... On s'apprivoise et ils finissent par donner de la confiance, et le professeur s'étonne car souvent en atelier, il y a un ou une retirée dans le fond de la classe qui transcrit un bout de vie qui nous émeut par sa justesse. La classe n'est plus un tas. Et le plaisir aussi de voir qu'ils ne s'envolent pas tout de suite quand la sonnerie qui est maintenant une musique, annonce l'heure du départ. Je dis au revoir, on se dit merci.


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Dresde Mai 2013 - Prendre une photo, c'est raconter aussi tout ce qu'il n'y a pas dans le cadre. Frühlings Markt, marché de printemps sur le Altmarkt platz. De nombreux stands comme sur les marchés de Noël d'Alsace. Produits locaux pour l'essentiel, mais on peut surtout y acheter de quoi boire et manger, d'ailleurs les pommes de terres rôties (Bratkartoffeln) y sont absolument délicieuses.  Assise sur un banc en bois, bière polonaise posée sur la table également en bois, je regarde autour de moi. Ce trop de dentelles, de broderies, de fleurs m'attirent l’œil. J'aurais pu photographier la place sympathique, les étudiantes chinoises qui aiment la bière, le jeune couple qui s'ennuie - je l'ai d'ailleurs fait. Pourquoi je choisis ce trop de guipures ? Parce que cela correspond à mon ressenti depuis que je suis ici à Dresde, ville détruite par les bombardements et reconstruite à l'identique, pierre par pierre. Centre ville où l'on se tord les pieds sur les pavés devant les églises, les vieilles demeures, les musées où se ruent le touriste. Rénovation de l'après-guerre, mais aussi rénovation de l'après chute du mur où tout a été repeint à hauteur de touriste. Il m'a fallu prendre le tram (nombreux et très pratiques) pour rencontrer l'en dehors du guide. Ce qui n'est pas destiné au touriste qui VEUT VOIR CE QU'IL Y A VOIR. Il ne peut pas être déçu. Alors quand je reviens dans le centre après avoir photographié quelques friches industrielles et banalités , je cadre cette cabane à dentelles. Je veux cerner cet excès, cette boulimie de jolie et cela me ramène à mon hôte qui à force de m'offrir chocolats, biscuits et pralines pour m'accueillir m'a rendue malade la veille. Je photographie comment le trop peut nous filer la nausée.

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Il ne faudrait pas se mettre de vilaine humeur pour si peu et pourtant à chaque fois que j'entends me dire arewar à la place d'au revoir quand je quitte un magasin, j'ai envie de reposer mes achats sur le comptoir en exigeant leur remboursement immédiat. L'oral nous offre bien des versions différentes du langage écrit et cela ne me dérange pas, mais arewar je ne supporte pas. L'impression qu'il ne s'agit pas d'une histoire d'accent ou de subversion du langage dominant, mais une paresse intellectuelle. D'ailleurs ce arewar ne s'avance-t-il pas l'air fatigué du fond de la gorge pour glisser négligemment vers la lèvre du bas. Un truc qui tombe. Une expression de politesse qui semble porter un autre message que celle du plaisir de vous revoir bientôt. Un mot qui bave. Celui ou celle qui vous le donne à entendre, semble traversé par des sentiments plus complexes que les simples règles de la politesse. L’inconscient qui met des freins ou pire des glaires dans le ton. Arewar comme l'on aimerait dire va te faire foutre. Alors, je me plais à attendre le moment du bonne journée devenu tout aussi obligatoire mais qui offre moins de prise à l'interprétation. Je sais bien que celui qui me l'offre, ce fiche éperdument du déroulement de ma journée, alors je réponds un à vouzossi, bien articulé, en appuyant sur la liaison entre le vous et le aussi. Dans la traversée du quotidien, on a tous ses petites batailles  !

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Parce qu'il faut parfois y passer :  à l'hôpital, aux examens, au scanner, on ne peut que être surprise d'y trouver un mot émouvant. Dans cet univers propre. Efficace (du moment que l'on possède ordonnance et carte vitale), dans ce mélange de blanc et gris très chic, sièges accueillants et revues pas trop défraichies, dans cet univers où s'affiche les mots radiologie, mammographie, échographie, mammotome, IRM et aussi urgences, dans la salle d'attente avec la télévision en hauteur, sans le son, qui propose BFM et tous les sous-titres qui vous donnent l'état du CAC 40 et addition régulière du nombre de morts, de victimes, de blessés ici ou là, on est surpris de découvrir le mot déshabilloir. On connaissait cabine, vestiaire mais ce mot là dans l'hôpital. Comme de la dentelle. Et pas qu'un seul déshabilloir. Quatre j'ai compté. On ne se défait plus, on ne se prépare plus ... on enfile du déshabillé. Je ne sais pas si le mot est répandu dans le monde médical, je le rencontre pour la première fois et mon dictionnaire ne le connait pas. Donc un mot récent ou alors très vieux. En tout cas, ce mot égaie le lieu. Il me semble soudainement plus humain. Je ne vais pas me foutre à poil. Et l'on pense à ce vêtement désuet qui traversait bien des films de l'époque du noir et blanc : le déshabillé ou aussi la chanson avec la voix de Gréco : déshabillez-moi, oui mais pas trop vite. Le jeune infirmier, qui m'accompagne jusqu'à là, doit se demander pourquoi je lui  souris ainsi, alors que je passe des examens.

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Il est des comités d'entreprise qui ne se contentent pas de gérer les places pour le parc des Mickeys. Celui-là ose accueillir la poésie. D'abord Bastien Mots paumés qui s'invite à l'heure du déjeuner et surprend ceux qui étaient seulement venus manger. Pour moi c'est une première, une lecture-conférence : La poésie ça vous travaille comment ? Comment les poètes travaillent la poésie et comment la poésie raconte le travail. Je dis, je lis, je propose des photos. Presque une heure. Charles Pennequin, Antoine Emaz, Annie Zadek, Guillevic, Christiane Veschambre, Prévert, Jane Sautière, Thierry Metz, François Bon comme compagnons ... Sur les 2500 salariés de StMicroelectronics, ils n'auront été qu'une vingtaine à venir, mais public différent. Pas souvent qu'une majorité d'hommes se réunit autour d'une lecture. Un bon moment malgré mon trac. Une forte envie de renouveler. Les organisateurs rassurés, car au fond la poésie leur faisait peur aussi. C'est à la Maison de la Poésie Rhône-Alpes que l'on doit l'initiative.

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Incident technique qui génère chez l'auteure de ce blog, un fort sentiment d'impuissance et une désagréable mauvaise humeur. Depuis trois jours, impossible d'ajouter des photos sur mon site. Technologie qui se refuse et je suis d'une humeur massacrante - Démunie. Je constate du coup combien mon blog m'est nécessaire qu'il est un vrai support d'écriture, un véritable compagnon de route. Il me permet de rendre visible ce qui souvent échappe aux lecteurs : le chantier. Et combien, il est important pour moi de partager mes photos. De les regarder, de les trier et de les interroger avant de les mettre en ligne.  Heureusement ma webmastrice préférée se penche sur le problème car si je sais gérer seule l'interface du site, en cas de soucis je me sens aussi démunie qu'en soulevant le capot de ma modeste Modus et d'ailleurs un copain plutôt bricolo-mécano eut cette réflexion désarmante alors que ma voiture avait quelques soucis et que je lui dévoilais les entrailles de ma voiture, il s'écria : mais il est où le moteur ? Et de plus en plus souvent nous sommes ainsi démunis face aux nouvelles technologies découvrant que l'appareil que l'on nous conseille de changer n'avait en fait que besoin d'un petit point de soudure ou de changer un simple élément que l'on trouve facilement sur internet. Mais notre ignorance nourrit grassement bien des portefeuilles. Je vais donc m'armer de patience jusqu'à ce que le problème se règle et découvrir du coup, que justement, nous avons désappris la patience, habitués à ce qu'un clic réalise nos désirs immédiats. 

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"Ce qui nous manque c'est de la joie" ai-je répondu au pessimisme affiché par un lecteur lors d'une rencontre littéraire. J'étais sincère et pourtant j'ai éprouvé un sentiment étrange à prononcer ce mot de joie. Un mot qui ouvre la bouche en un début de sourire (essayer de le dire en faisant de la gueule et il aura du mal à quitter vos lèvres). Un mot qui semble donner de la lumière. Joie, lumière... un vocabulaire souvent entendu quand je fréquentai l'école du dimanche au temple protestant. Aurai-je quelque crainte à utiliser ce mot parce qu'il n'appartiendrait plus au monde laïque ? L'idée me suffit pour le réutiliser souvent, me le réapproprier. Ne laissons pas l'usage d'un mot, d'une émotion à un quelconque tribun même s'il porte robe longue et tiare. Joie n'est pas loin de jouir. Et en cette période de guerre financière, de spoliation de notre travail, de nos droits et même de notre vocabulaire, nous devons réapprendre à jouir sans attendre qu'un quelconque taux passe de 12 à 13 % ou inversement. Sans joie de vivre (et vlan, j'y vais pas avec le dos de la cuillère) comment réinventer l'avenir, comment s'approprier le présent ? Comment relever la tête ? Comment redonner le rêve du ballon à nos enfants et pas seulement celui du porte-feuille garni ?  Alegria, joy, freude, glaede, gioia, furaha... Y a de la joie - bonjour, bonjour les hirondelles. Et pour voir les hirondelles, il faudra bien lever les yeux. Quitter un peu l'écran. Accepter que cela puisse nous arriver, recevoir de la lumière.

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