[le site de Fabienne Swiatly ]

La couleur absente de la Lorraine.

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J’ai des énervements. De ceux qui vous saississent avant même d'y penser en profondeur. C'est tout de suite  là. Le ventre se serre, les lèvres se pincent et quelque chose démange les doigts.  Un  agacement ressenti à la lecture de Libération. Le journal organise un grand forum les 18 et 19 septembre sur le thème : 20 ans arprès la chute du mur ( de Berlin, je précise pour ceux qui auraient échappé à l'événement et à sa commémoration). Des thèmes aussi divers que le Zapping aura-t-il la peau de la civilisation ? Que reste-t-il des idéologies ? Comment gouverner à 27 ? La culture européenne nous réunit-elle ?... seront abordés. Sont invités à s’exprimer chercheurs, politiciens, écrivains sociologues, journalistes, êveques… Une grande diversité de penseurs, acteurs, édiles., militants associatifs.  Seule diversité à ne pas être représentée, celle des sexes. Au total 12 femmes pour 116 hommes. Malgré la diversité des corps de métier sollicité, seules 12 femmes auront la voix. C’est à dire 10 % des intervenants à un chouias près. C’est dire combien certains murs résistent mieux que d’autres. Et je m'en étonne (sauf bien sûr, avec l’église catholique qui depuis longtemps affiche une mysoginie assumée et peu contredite par ses ouailles. Relisant le journal, je constate d'ailleurs qu’il y a beaucoup plus d’articles signés par des hommes que des femmes. Je sais que mon propos va en agacer plus d'un, plus d'une. Pourtant, je crois important de signaler ce qui vient conforter mon inquiétude devant le recul des acquis pour les femmes - qui souvent est accompagné d'un recul des acquis pour les autres minorités (par minorité, je n'entends pas le nombre mais le fait d'avoir un accès réduit aux prises de décision). Déficit de médecins pratiquant l'avortement (les militants de la cause partent tous à la retraite), difficulté à garder son nom de famille après  le mariage, représentativité faible dans les instances politiques, femmes voilées sans visages, remise en question du planning familial,... A vrai dire je ne suis pas énervée, mais sérieusement en colère. Et j’espère, vraiment, que c’est un énervement qui peut se partager au masculin.

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La vieille dame me reconnait mais ne sait plus exactement pourquoi je suis là. Elle tremble et remâche inlassablement le présent. Et le présent n'est rien s'il est détaché du passé, s'il ne parvient plus à désirer l'avenir. Avec la vieille dame, il est un enfer de l'instant. L'instant qui dit et redit l'angoisse. Je viens souvent la voir. Je lui parle, la fais parler et parfois je dois lutter contre l'endormissement. Elle se souvient qu'elle va en maison de retraite mardi et me demande toutes les dix minutes : et tout ça ? désignant les objets et les meublent qui garnissent son salon. Et je ne sais pas quoi répondre. Tout ça est accumulation qui nous donne l'impression d'être éternel. Tout ça.  Pour avoir souvent déménagé ces trois dernières années, pour avoir aidé la vieille dame à vider une maison de famille, pour avoir trié les affaires des disparus, je sais combien certaines choses deviennent poussière, vieillerie, illusion... une fois sorties de leur contexte. Les objets n'existent qu'à travers notre regard. Sinon les objets s'en foutent. Je ne sais pas quoi dire à la vieille dame. Je sais le partage de l'héritage à venir, mais il ne me concerne pas. Elle me donne une photo de son mari décédé avec dans ses bras une de mes filles. Je l'ai toujours vu cette photo sur le mur du bureau mais je la regarde pour la première fois. De la poussière sur mon propre passé. Puis je quitte un moment l'appartement et vais saluer la voisine de palier chez qui je m'attarde une demi-heure. Quand je reviens, la vieille dame est paniquée. Elle attrape ma main, elle dit mon prénom avec force. Elle dit : calme-moi, calme-moi. Je prends ses mains, ses bras. Elles ferment les yeux, sa tête tombe et je pense qu'elle va mourir. Je me dis que c'est aussi bien. Je voudrais qu'elle meure pour que le drame s'arrête. Je me sens capable de recevoir sa mort. C'est calme entre nous. Mais les yeux s'ouvrent  à nouveau et la litanie des questions reprend : et tout ça ? et tout ça ? Je serre ses mains. Je lui caresse les bras. Je me force. Cette intimité est gênante avant sa maladie, une grande distance physique. Seulement une bise avec les lèvres qui ne touchent pas la joue. Alors je me force et je pense à la vieille dame que je serai un jour et à qui voudra encore me caresser la peau.@16juillet2009  Mise à jour d'obsession usine ici 

 

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Une semaine sans internet cela fait du bien. Même si au retour, un peu d'impatience à lire mes messages et la même petite déception qu'à l'ouverture de la boite aux lettres. Rien de  bien intéressant ou si peu. D'ailleurs soi-même, on a peu écrit aux autres. Une semaine loin de ce qui fait le quotidien, à photographier. A me mesurer à la technique qui pèse pas mal de pages dans les modes d'emploi. Livrets qui vous parlent comme à un technicien et non pas à un être sensible. Du coup j'ai du mal à progresser mais je m'y attèle. Je travaille à un projet difficile à résumer mais qui se traduira par un journal écrit et une série de photos de nu (nue) avec comme entrées : lieu du crime, flagrant délit et autopsie. Des corps nus et crus. Je me donne une année pour le mener à bien et le donner ensuite à lire et à voir. L'usage de la photo d'Annie Ernaux et Marc Marie,  livre qui m'avait mis mal l'aise à la première lecture et que j'ai mieux compris presque un an plus tard, a été le déclencheur de ce travail que nous menons à deux. En attendant je photographie, me fait photographier et aussi je trie et je jette. Avec le numérique il faut savoir faire le deuil de certaines photos. Sinon on est débordé par le nombre. On se satisfait d'un résultat obtenu parfois par hasard, alors qu'il faut obtenir ce que l'on attend précisément. Il faut rester maître du sujet. Pas toujours facile. En tout cas ce travail me plaît beaucoup. Il m'amène à lire, relire les journaux et correspondance de peintres et photographes. Et à relire aussi l'imbuvable mode d'emploi de mon Sony. En me méfiant d'un vocabulaire qui s'inspire de l'argentique mais ne propose pas la même sensibilité. Parfois, comme tous les autodidactes, je rêve de tout reprendre à zéro. Un CAP photo par exemple. En d'autres temps, j'ai passé une équivalence de bac qui ne m'a servi à rien et rêvé d'études de lettres, de science du langage, histoire de l'art, etc. Apprendre avec d'autres. 

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Pour les lectures publiques de mon texte Ligne de partage des os, j'ai demandé à Laurence Cernon (la voix des Mad'leine Jack) et animatrice pendant plusieurs années de l'Orchestre des lecteurs, d'apporter une deuxième voix. Un ailleurs,  pour ce texte très lourd si on l'ancre uniquement dans le présent de l'événement : un avortement. Je voulais, par le biais d'une autre voix, plus chantée - garder un pied dans le vivant. Rappeler l'avant, l'après et l'en dehors. Depuis on se retrouve de temps à autre pour répéter, improviser, pour trouver le juste équilibre qui nous fait rester dans une lecture et non pas un spectacle. Garder l'idée de Tentatives Sonores. Patrick Dubost de la Scène poétique de Lyon, nous offre une occasion de rendre publique ce travail. Ce sera le mercredi 16 décembre à 18h30, médiathèque de la Part-Dieu à Lyon. J'ai un joli trac et Laurence aussi. @lundi27juillet2009

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Sur le balcon de mon studio, je  bois un rosé frais - j’ai enfin acheté un frigo. Je regarde dehors pour ne pas rester dedans. J’ai appris la mort de François, un participant de mon atelier d’écriture à Saint-Claude. François qui s’étonnait que l’on trouve intéressant ses textes. Heureux d’écrire avec des San-Claudiens qu’il ne côtoyait pas forcément. François dont je ne sais pas grand-chose si ce n’est son histoire difficile avec l’alcool, son intérêt pour la poésie et l’existence d’un fils. Un fils dont je ne sais rien non plus si ce n’est sa présence dans les textes de l’atelier. François dont le cœur s’est arrêté à 44 ans.
Sur mon balcon, je convoque les souvenirs. Sa voix hésitante quand il lisait, son regard qui avait du mal à quitter l’en bas, son rire presque gêné quand il racontait une blague. Et le voilà mort.
Un extrait de texte que je retrouve dans mes archives : Bon, je traverse ce grand pont impressionnant. Cette traversée a été agréable finalement. Sami, mon chien, ne connaît pas le vertige, il se moque de moi. Je le regarde en deux fois. Je crois qu’il me sourit.

François a passé le pont. Sur mon balcon je pense à lui, les yeux dans le vague quand un sac plastique arrête mon regard. Le vent qui soudain le soulève et débute alors une chorégraphie émouvante devant mes yeux. Du surplace, des envolées… Ce sac semble vouloir s’amuser avec le vent. Puis il retourne au sol, j’ai le temps de prendre mon appareil photo et de saisir la danse d’un sac plastique sur lequel est imprimé Doner kebab. Les Kebab de Saint-Claude qui jalonnent mon texte en chantier. Puis le sac plastique quitte le cadre de la photo s’éloigne derrière les immeubles. Ceux qui meurt nous ramène au bonheur de vivre. Il s’appelait François Bailly-Maitre, son fils se prénomme Niels. @mercredi22juillet2009

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Et je vous propose le lien vers le site de Remue.net où j'évoque l'exposition de Claire Terral : Les listes. Un travail qui allie le plaisir de la liste, la douceur de l'arrondi tout en diffusant une étrange sensation d'absence. Pour en savoir lus cliquez ici.

 

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Depuis quelques jours je travaille à un texte pour un ami sculpteur. Texte qui doit accompagner  des photos de sculptures érotiques.
Travail d’écriture où je butte sur l’hégémonie du mot corps. Difficulté à trouver d’autres mots pour désigner cette partie matérielle de l'être animé, dixit le dictionnaire Robert.
Le lexique anatomique m’offre un éventail infini de mots pour désigner le moindre muscle, le moindre os, la moindre subtilité de notre enveloppe charnelle : buste, bassin, ventre, bras, jambes… Mais quasi rien pour décrire le tout. Ce tout qui nous  tient. Seulement ce mot si bref et polyvalent : corps.
Pourtant tout se déroule à l’intérieur : notre vie organique, psychologique, sexuelle,  y loge  même notre âme, ou vie, ou souffle, ou esprit... le mot âme, lui,  a de nombreux synonymes qui informent sur les  convictions du narrateur. Mais ce sac de peau qui nous contient ne connait que lui. Et si encore, il tenait à nous ce mot, je pourrais me sentir moins démunie mais il se vend à bien d’autres nécessités : corps médical, corps de lettre, corps de ferme, corps du délit, corps étranger, corps électoral, corps diplomatique, corps de ballet...
Comment faire exister la richesse érotique dans mon texte avec ce seul mot ? Je ne peux les détacher de la pensée, les séparer de la chair, les éloigner de leur ça, les évider de leur désir. L’adjectif et la métaphore sont des alliés peu fiables surtout avec l'érotisme
J'ai beau questionner mon Thésaurus, il me donne seulement à comprendre que je ferais mieux de parler de corps morts plutôt que de corps vivants. Le cadavre, lui, a de nombreuses variantes : défunt, disparu, macchabée, dépouille, carcasse, charogne, ange ou encore démon.
Mais qui aimerait faire une sculpture de corps définitivement morts. Des moribonds peut-être, mais des corps morts ? @lundi13juillet2009

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Associations d’idées

Une plainte d’amour. Se souvenir, se mouvoir, se toucher. Adopter des attitudes. Se dévêtir, se faire face, déraper sur le corps de l’Autre. Chercher ce qui est perdu, la proximité. Ne savoir que faire pour se plaire. Courir vers les murs, s’y jeter, s’y heurter. S’effondrer et se relever. Reproduire ce qu’on a vu. S’en tenir à des modèles. Vouloir devenir un. Être dépris. S’enlacer. He is gone. Avec les yeux fermés. Aller l’un vers l’autre. Se sentir. Danser. Vouloir blesser. Protéger. Mettre de côté les obstacles. Donner aux gens de l’espace. Aimer.

Café Müller – Pina Bausch in Histoires de théâtre dansé par Raimund Hoghe – ed. L’Arche

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C’est un vendredi de juin. Juin 2009. Je sors d’une réunion de travail pour sélectionner les lauréats d'un concours de nouvelles (Quelles nouvelles ?). La discussion était intéressante. Le concours accepte de primer des  textes qui ne font pas consensus (quel mot difficile à écrire en toute simplicité). La journée est belle, dans une heure, je prends un train pour  Chambéry. Randonnée dans le massif de Belledonne prévue pour le week-end.  La vie est légère. C’est l’été. Pleinement l’été. Oui Michaël Jackson est mort, oui Frédérick Mitterand est ministre de la Culture, oui à Calais des hommes sont arrivés dans l’entonnoir du mythe européen et ils en crèvent comme des chiens. Oui. Mais ce serait mentir de dire que je ne parviens pas être heureuse ce jour-là. Vivante en tout cas.
Et,
Mais,
A l’arrêt de bus où je patiente, trois hommes en tenue Sécurité TCL, Transport en commun de Lyon, encadrent une femme. La trentaine. Trois autres personnes s’y ajoutent, celles-là en tenue Police Municipale, puis viennent se joindre à elles trois Policiers, voiture qui se gare avec arrogance en contre sens. Coup de volant viril. Ils portent des armes. Neuf uniformes assermentés. Neuf personnes dont certaines armées, encadrent un 27 juin 2009 vers 15h une femme d’une trentaine d’années, non armée, en tenue estivale.
C’est ce que je vois.
J’interroge un TCL : elle doit être dangereuse ? Lui avec du dépit dans la voix : elle a de nombreux PV non payés à son actif. Je m’étonne du dispositif. Il répond, oui, je sais mais on doit prévenir la police. On est obligé.
Donc, pour notre sécurité (discours officiel), il faut neuf personnes dont certaines armées pour neutraliser une femme d’une trentaine d’années qui ne paient pas ses PV. Sa dangerosité est telle qu’il faut mobiliser neuf personnes pour faire cesser ses agissements mafieux. Une délinquante de haut niveau interceptée à un arrêt de bus. Parce que les grands bandits, les grands arnaqueurs, les profiteurs du Cac 40, des délocalisations, des placements véreux, des abus de pouvoirs, des je tape dans la caisse… prennent, bien entendu, les transports en commun… Alors neuf personnes, c'est bien le minimum.
En tout cas, c'est un flagrant délit. Et ça c’est bon à prendre, un flagrant délit. Bon pour les statistiques du Ministre de l'intérieur.
J'ai peur, mais pas de cette femme. Non vraiment pas.

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Depuis quelques mois, mes doigts sont en état de sécheresse extrême. Ils s'échauffent, se gonflent, rougissent... Au marché de la poésie, je ne parvenais plus à feuilleter un seul livre au risque d'y laisser une trace saignante et disgracieuse. J'ai fini par consulter un médecin qui  a diagnostiqué une allergie au papier. C'est malin ! Je vois déjà François Bon ricaner et me refourguer sa liseuse de l'an passé : l'électronique ma vieille ! L'électronique ! Ayant quelques livres papiers à finir (bien une vingtaine de retard), je suis obligée d'enfiler des gants de coton. Mettre une distance entre moi et les causes de mon allergie. Littérature à pendre avec des gants. Ce n'est pas pratique mais cela donne un genre. Par contre, le pad de mon ordinateur est totalement insensible au charme des gants de coton, et il me faut les retirer pour m'en servir. Déjà qu'il y avait les lunettes... 

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