[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue

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Appelons ce moment interlude. Ce mot signifie-t-il encore quelque chose pour les jeunes d'aujourd'hui ? L'interlude, c'était ce long moment entre deux émissions de télé ou pendant une interruption du programme. De la musique pas dérangeante, des images sans saveur, ennuyeuses. Parfois un petit train avec son rébus qu'il fallait résoudre. C'était long, mais on préférait rester devant l'écran plutôt que partir ailleurs, s'occuper autrement. Rester devant l'ennuyeux et le sans saveur pour ne surtout pas rater le moment où cela reprendrait. Le retour à. La suite de. L'excitant redémarrage du cours des choses.
Interlude. Je me sens dans l'interlude de la semaine. Je n'ai aucun rébus à proposer.

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Je relis Danièle Collobert, Antonin Arthaud, Grisélidis Réal, Violette Leduc et me demande comment faire entrer la nécessaire colère de ces auteurs pour que surgisse leur vouloir dire à eux. Ne pas être un professeur de substitution. Et en même temps, la différence culturelle que je sens comme un territoire à nommer et aussi un obstacle. Le nom de Dieu qui peut surgir dans leur texte, très loin de moi. En faire un sujet ? Et leur histoire familiale qui les ramène à Haïti, Maroc, Tunisie, Algérie, France, Vénissieux, banlieue - puisque c'est devenu un lieu commun. Un autre sujet  qui risque de  les enfermer toujours dans la même histoire. Je me sens dans un étrange entre deux  : m'emparer de ou abandonner. Demain, je les retrouve avec M. qui a écrit : J’ai la dalle et je me demande ce que je fous là à écrire. Depuis ce matin, je suis heureux, j’ai envie de m’envoler vers une victoire. Regardez où je suis, car ce n'est pas là où il faut être. 

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L'étrange moment de la séparation d'avec le groupe en formation. On a passé plusieurs jours ensemble à apprendre, désapprendre, à inventer, à recréer, à douter, à questionner. Regroupement d'individus qui forment une entité vivante qui est dite le groupe. Ce groupe-là n'existera que le temps de la formation, ne se reformera jamais plus. D'où, l'hésitation au moment du départ. Retenir ce qui a existé. Mais déjà l'un doit prendre le train, l'autre récupérer des enfants. Je m'attarde avec quelques uns devant la porte, je suis la formatrice. Retenir l'instant. Ceux-là fument. Le tabac sent bon. J'ai envie de partager ce moment de la cigarette, aspirer le présent en quelques bouffées. J'ai envie, très envie de cette cigarette. Je me retiens, dix ans sans tabac. Ne pas tout gâcher. Et puis trop chers les cigarettes, trop reléguées à l'extérieur des lieux publics. Alors je me sauve. Je m'éloigne. Voilà, c'est fini. Je suis contente, on a fait du bon boulot. Mais comme un vide. Reste à trainer un peu, fatiguer le corps en marchant vite. Puis chez soi, mettre de la musique fort. Très fort. Se servir un verre, et réfléchir déjà à ce que l'on proposera l'an prochain. Inventer la prochaine session.  Surtout ne pas allumer la radio, ne pas lire les mails. Garder, un moment encore, le monde à l'extérieur. Danser pour soi seule. Oui, on fait du bon boulot. 

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Dans le cadre des Petites Fugues, j'ai rendez-vous avec un groupe de jeunes en insertion professionnelle et sociale à l'Epide de Belfort. Sous la tutelle du ministère de la Défense, près d'une centaine de jeunes volontaires viennent suivre des formations dans ce centre. Internat et uniformes obligatoires. Ils sont libres de quitter le programme à tout moment. Devant l'austère bâtiment et les uniformes qui donnent un air de détention au lieu, j'ai quelques hésitations, mais le dynamisme et la générosité de l'équipe, à tous les niveaux de la hiérarchie, m'obligent à changer de regard. Un groupe de volontaires a étudié Boire. Ils me lisent des extraits de leurs propres textes. L'échange est sympathique. Certains propos sur mon écriture me touchent par leur subtilité. A un moment, nous évoquons leurs envies, leurs rêves. L'un d'eux, un grand gaillard aux allures de garde du corps, me dit qu'il ne réalisera jamais son rêve, d'ailleurs un adulte le lui a dit. Je m'étonne et lui demande quel est son rêve ? Aller sur la lune ! Dans un premier temps, je réponds que personne n'a le droit de dire qu'il n'ira jamais sur la lune ou juste à côté. Que personne n'en sait rien. Puis je me souviens que dans mon sac, il y a le Manifeste du droit à être dans Lune. Comme un cadeau au présent. Ce recueil édité par le centre culturel de Tinqueux regroupe des textes d'écrivains, philosophes illustrés par le travail de plasticiens et photographes. Je lui montre la couverture d'un joyeux rose vif et  l'invite à en lire le titre à voix haute. Puis, je lis à tous un extrait que j'ai écrit et qui se termine ainsi : J'ai emprunté les droits de l'homme pour les intérêts de la femme / J'ai étendu mes espérances sur le fil des grands jours / J'ai dit nous et quelqu'un ma répondu / J'ai visé la lune, elle a de jolies fesses. Il y eu du silence, des rires, puis nous avons partagé un goûter. Dans la voiture, je me suis demandée quel intérêt, nous avions à assigner les jeunes à un avenir aussi étroit. Petit. Sans rêve. Un avenir dont nous-même ne voudrions pas. Heureusement la vie a bien plus d'imagination que nous. 

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Je termine parfois mes ateliers par une séance de photos. Une manière de conclure. D'illustrer. Ici une image d'une série sur une classe de 3ème. Pas toujours facile de les photographier à cet âge. Jouer avec le groupe. Les uns qui tournent le dos et celui que l'on appelle regarde l'objectif. La photo comme une autre trace de la rencontre. Avec cette classe du lycée Casanova à Givors, un portrait de chacun sur le thème : Fragments de moi parmi les autres. Le moment de la prise me permet de les découvrir différemment. Souvent, je les croise à la table, avec ce que l'écriture dicte à leur posture. Celui-là qui paraissait timide devant la feuille, se tient bien droit devant l'objectif. Celle qui osait parler d'elle avec les mots, se cache derrière ses camarades par peur de l'appareil. Image de soi. J'aimerais les amener à photographier eux aussi. Associer texte et image sans que cela soit gadget. Je  ne sais pas encore faire. J'y arriverai. L'envie (un de mes mots préférés).

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Vu au cinéma le documentaire, Les rêves dansants de Anne Linsel et Rainer Hoffmann, sur la recréation de Kontakthoff de Pina Bausch avec des adolescents... J'ai ressenti une très forte émotion à la fin du film car il me ramenait à la semaine de travail avec les Compagnons du NTH8 et à tous ces élèves avec qui je mène régulièrement des ateliers d'écriture. Ma chance d'être régulièrement confrontée à la richesse des jeunes générations qui ne sont pas un tout, encore moins un tas. Et que de les voir réduits à des simples consommateurs passifs, des bandes de demeurés, des gosses désœuvrés de la banlieue ou encore des paresseux qui ne veulent même pas accepter d'être apprentis bouchers ou maçons (dixit un copain qui m'avait habituée à une pensée plus nuancée) me rend parfois nerveuse. A chaque fois, devant leur désir de créer, de changer de monde ou d'apprendre, je trouve qu'il y a un vrai gâchis à ne leur proposer qu'un entonnoir pour avancer dans la vie. Ceux-là même sur qui il faudra compter quand nous seront devenus trop vieux pour nous assumer seuls. Avons-nous oublié combien cela peut-être difficile d'entrer dans le monde des adultes ? Alors ce texte de N, élève de 3ème pour qui ce fût un grand soulagement de partager ses angoisses avec les autres. N. veut s'occuper des personnes âgées plus tard : Je voudrais / je voudrais me sentir mieux / Je rigole / J'arrête / Je vois des gens / Pourquoi je ne suis pas pareille /  Je veux /  Je veux me guérir / Je  me bourre de médicaments  / J'essaye / ça ne marche pas / Je prends des médicaments plus forts /  ça ne marche pas / Je sais / je sais que ça va partir / J'espère...

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Scan 2

 
 La revue électronique Notes, bulletin de liaison me propose un nouveau gîte : quelques jours pour occuper cet espace virtuel qui va se mettre en jachère en 2012.  Alors j'ai pris le temps de m'y promener, de relire attentivement, de m'attarder sur les vidéos de Sofi Hémon et  de revisiter le gîte que j'avais occupé de mars à Juin 2008. Je redécouvre les cahiers, carnets, agendas que je tenais jusqu'alors. Ecrits sur papier que j'ai abandonnés depuis que je m'occupe de ce site électronique. Envie de me saisir à nouveau de la matière : le papier, le carton, les peintures, les feutres. Me manque un atelier. Appartement petit. Et aussi le temps qui manque. Déjà le tri des photos qui occupe les soirées, parfois tard, heureusement avec la radio allumée. Émissions en podcast avec la nuit dehors si froide depuis quelques jours. 

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Laboratoire. C'est le mot pour qualifier le travail que nous menons avec les dix acteurs compagnons du NTH8, Anne de Boissy - comédienne, Géraldine Berger - performeuse et moi-même. Recherche sur le corps, les mots, la littérature autour d'un même thème : vertige. Stimulant. Une grande chance de pouvoir vivre cela. Un vrai espace de travail  qui permet d'aller chercher ce que l'on ne sait pas encore. Mettre en commun des sensations, des clichés, des certitudes,des doutes et poser les bases d'un travail théâtral. Un grand luxe de temps, d'espace  pour chercher ce que l'on ne connait pas, du moins sous cette forme là. Et  le propos d'Antoine Emaz lu dans Cambouis qui soutient  "Il faut maintenir les conditions d'une absolue liberté d'écrire, tant pour les formes que pour les forces; cela ne veut pas dire écrire n'importe quoi n'importe comment, cela veut dire obéir à la nécessité interne du poème, et pas à d'autres contraintes. Et tant pis si le poème ressasse ou à l'inverse désoriente : nécessité fait loi. Le poète reste aveugle sur ce qui vient; il ne peut prévoir ce qu'il faut écrire. Surtout, il ne doit pas se caler sur ce qu'il a écrit et formater un produit consommable, labellisé"

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Madame la misère écoutez le tumulte
Qui monte des bas-fonds comme un dernier convoi
Traînant des mots d'amour avalant les insultes
Et prenant par la main leurs colères adultes Afin de ne les perdre pas

Ce sont des enragés qui dérangent l'histoire
Et qui mettent du sang sur les chiffres parfois
Comme si l'on devait toucher du doigt pour croire
Qu'un peuple heureux rotant tout seul dans sa mangeoire Vaut bien une tête de roi

Madame la misère- Léo Ferré

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