[le site de Fabienne Swiatly ]

La couleur absente de la Lorraine.

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Cette bassine émaillée achetée dans un vide-grenier m'a donnée envie de me laver comme pendant mon enfance, celle dans la maison sans salle de bain où on se nettoyait dans la cuisine. Parce qu'il n'y avait pas de chauffage, pas d'eau chaude et peu d'intimité, j'avais pris l'habitude de me laver en privilégiant une partie du corps. Il y avait le jour des pieds, le jour des mains, des cheveux ... Je me lavais avec un minimum d'eau et dans une relation très lente et douce avec mon corps. Je m'attardais. Chez moi maintenant il y a une douche et c'est pratique mais, en retrouvant avec cette bassine émaillée les gestes d'avant, je me suis demandé pourquoi j'avais abandonné cette façon de me laver, de prendre soin de mon corps ? A quel moment, j'avais décidé que la douche c'était mieux alors que personnellement j'aime ce rapport à la lenteur et à la sobriété. La question n'est pas de savoir ce qui est préférable en général, mais pourquoi j'ai abandonné une pratique qui me plaisait et me correspondait ? Tout en laissant  mes pieds tranquillement reposer dans l'eau savonneuse, j'ai eu le sentiment que beaucoup de faits, de gestes dans ma vie n'étaient pas des choix individuels. Que je m'étais laissé imposer des pratiques au prétexte que c'était mieux, que c'était moderne, que c'était de gauche. Oui le mot de gauche est peut-être incongru ici, pourtant cela s'impose à moi depuis quelques jours, semaines, mois. Comment me défaire de l'habit confortable mais usé pour retrouver un chemin vers l'avenir. Pour agir. La gauche est morte, celle en laquelle j'ai cru en 1981 et à qui j'ai laissé trop souvent décider de mes choix. En disant ces mots, j'évacue la peur et une vaine colère. Je me débarrasse de mes vieux habits et je vais prendre le temps de renouer avec ce que je suis, et ce qui me donne envie d'être avec d'autres. Ne pas laisser l'aigreur s'installer en moi. Et, si le mot de gauche ne m'est plus utile, quels autres mots me viendront à l'esprit. J'ai envie d'aller sur le chemin en sifflotant ... 

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Ils étaient onze assis sur leur petit tas de légitimité. Deux sont sortis vainqueurs et les pleureuses - qui sont aussi des hommes - des réseaux sociaux se sont mit en branle. Leur petit tas a eux n'ayant pas gagné, il leur fallait gagner la guerre des commentaires : et de qui, de quoi, et de comment et bulletin blanc. Et que je vais quitter le pays, et que je vais rendre mon passeport et que je ne suis pas content.e. Et que je râle et que je pleure. Mon petit tas à moi serait le seul, le vrai, le beau tas. Pourtant, nous avons tous en main de quoi lancer, organiser ou soutenir des contre-pouvoirs. Et plutôt que de trier nos poubelles, trions nous envies, nos possibles et réfléchissons à qui nous sommes et de quoi nous avons besoin. Qu'est-ce qui dans nos vies nous rend si dépendant.es. du pouvoir d'achat par exemple. POUVOIR D'ACHAT. Débarrassons-nous de cette maladie et demandons-nous quel désespoir nous pousse à imaginer que la possession va nous rendre heureux ? Admettons nos erreurs et tant mieux si nous en avons fait car cela nous donne une belle marge de manœuvre pour tenter de réussir autre chose. Croire qu'un tel ou une telle nous sauvera de la catastrophe ou nous y enverrait forcément, c'est effectivement avoir perdu tout pouvoir de décision. Alors dans ce cas-là, oui on peut s'asseoir sur son petit tas et pleurer. Cela fait de l'effet sur les réseaux sociaux et dans les médias, mais aucun sur la classe dominante qui a toujours aimé les suiveurs, les râleurs, les gardiens et gardiennes de petits tas. 

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Evguenia Iroslavskai 776 a

Pendant longtemps j'ai cru qu'ils existaient peu de femmes artistes. Peu de peintres, d'écrivaines, de photographes ... J'avais intégré le discours qu'étant tenues à l'écart du monde culturel, elles n'avaient pas eu le goût et encore moins le génie de la création. Force est de constater que c'était un mensonge. Depuis que leurs œuvres ont quitté les zones d'ombre de l’Histoire, le constat est plutôt qu'elles n'avaient pas accès à la notoriété pour beaucoup d'entre elles. De nos jours, grâce aux femmes chercheuses, enseignantes, sociologues, écrivaines ... et aussi à des hommes féministes,  nous avons accès à des figures de femmes très différentes de mon imaginaire d'enfant. Et c'est comme si j'avais enfin accès à une autre part de ma personne. Ainsi, le récit d'Evguénnia Iroslavskaïa-Markon éditée dans Fiction & Cie - La Révoltée, nous donne à lire la brève vie d'une jeune femme singulière, dérangeante, obstinée. Fusillée en 1931 à l'âge de 29 ans par la Police d’État de l'Union Soviétique (GPU) pour terrorisme, elle était une militante anarchiste qui a choisi de partager la vie des truands, des voyous, des gens de la rue, persuadée que ces derniers étaient les vrais révolutionnaires. Si on ne souscrit pas forcément à son point de vue, elle nous plonge grâce à une écriture directe et sans fioritures dans le quotidien des marginaux, des prostituées, des enfants de la rue. Elle-même, malgré son handicap - elle a été amputée des deux pieds - se spécialisera dans le vol de valises en gare. Le récit de la compagne du poète russe Alexandre Iaroslavski fusillé quelques mois avant elle, malheureusement aussi court que sa vie, est également un témoignage brûlant sur la persécution des anarchistes par les bolchéviks, qui participèrent pourtant activement à la Révolution du peuple Russe. Traduction de Valéry Kislov.

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Parce que j'ai eu aujourd'hui après la restitution à la Médiathèque Fabrice Melquiot,  un mot d'Enzo et Steve : " Le montage est fabuleux car on a entendu tous les mots sortis de notre bouche, mais pas avec notre voix, ça fait bizarre mais ça fait réfléchir car c'était des phrases qu'on pensais pas être capable de dire ". J'ai réfléchi à tous les ateliers et rencontres que j'ai animées depuis près de quinze ans et il me faut constater que ce sont les actions menées avec les jeunes qui ont été les plus réussis. De la primaire à Sciences Po, j'arrive à mettre leur écriture en mouvement. Une psychologue un jour m'a dit : Mais qu'est-ce que vous leur faites en atelier ? Et j'ai répondu, tout simplement : Écrire. De cette écriture qui nécessite de retourner en soi et d'apporter à la surface de la feuille ou de l'écran quelque chose de juste. De l'autobiographie pourrait-on dire, mais le terme est réducteur car il ne suffit pas de convoquer la mémoire pour écrire un texte qui peut-être lu par d'autres. Il faut lui donner une forme. Peut-être, ai-je encore en moi le souvenir très fort de qui j'étais petite puis adolescente, et comment l'écriture et la littérature m'ont permis d'entrer en résilience pour utiliser un mot à la mode. Elles m'ont aidée à me détacher de ma famille et de me saisir de mon histoire sociale. De passer de la fille d'ouvrier à une femme issue de la classe ouvrière. De l'individuel au collectif, de la plainte à la création. Écriture et littérature m'ont permis de renouer avec mes origines étrangères et la langue allemande. De réfléchir à ce que signifie avoir été  réfugiée polonaise sur mes papiers jusqu'à l'âge de 12 avant avant de devenir Française. Si j'aime faire écrire les jeunes enfants, c'est qu'ils sont porteurs d'une certaine confiance en l'avenir. Les adolescents sont traversés, quant à eux,  par de fulgurantes pulsions de vie qui viennent se frotter à celles de la mort. Cela ne me fait pas peur et eux non plus. Vie, mort. Notre destin à tous. Alors oui, mon métier est de les mettre en chemin vers l'écriture pour dire le monde et leur monde. Et j'ai envie de rajouter : j'en suis fière. Cette fierté je veux la partager avec tous ceux qui transmettent, partage la culture non pas pour distraire mais avec la conviction forte qu'elle permet de s'émanciper. 

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Ce que je vois, existe-t-il ? Qu'est-ce que je vois exactement ? Ce que je peux en dire vient prendre sa source où ? Pendant mon viron - une de ces balades d'une ou deux heures dont j'ai besoin pour me dérouiller les muscles, les neurones et aussi pour m'éloigner de l'ordinateur - Je ne regarde plus mon environnement de la même manière depuis quelques années. Là où je voyais un paysage bucolique avec sa verdure, ses vaches paisibles, ses fermes où on vit au rythme de la nature, je vois des usines à viande, des champs de pesticides, des lieux de la maltraitance et de l'épuisement de la terre. Ce que je voyais avant, j'y croyais. Ce que je vois maintenant, j'y crois aussi. Heureusement que ces temps de marche me donnent de l'énergie car je pourrais en revenir très déprimée. Mais cela m'interroge ensuite sur tout ce que je crois savoir du monde qui m'entoure. Qu'est-ce qui oriente mon regard ? Influe mes pensées ? Sentiment de revenir à l'adolescence où nous aimions, enfermées dans les toilettes de l'internat, creuser la question : Qu'est-ce que la liberté ? tout en fumant des Boyard papier maïs. Je ne fume plus mais je me questionne toujours avec la même naïveté. Sentiment étrange que même si j'ai les pieds dans la gadoue et que je peux frotter la peau des vaches, le monde du dehors est aussi un monde virtuel. Que la vie est une fiction. 

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1 - Journée grise. Lente. L'écriture est difficile quand soudain la lumière du dehors s'endurcit. Ce pourrait être la nuit en plein jour. Le massif des Bauges s'efface totalement du paysage. Je délaisse l'ordinateur. J'ai une bonne raison de ne plus écrire, le spectacle est derrière la fenêtre. Lourds flocons qui recouvrent les arbres et le bâti. Il neige. Quelque chose s'allège à l'intérieur de mon corps. Je respire mieux. Événement. La neige qui tombe est toujours un événement pour moi. Le même sentiment que lorsque j'étais enfant : Il m'arrive enfin quelque chose. Quelque chose de miraculeux dans le sens du prodigieux de la vie. Instant fugace. Le bonheur ? Alors je reste longtemps derrière la fenêtre à ne rien faire d'autre que regarder la neige tomber. Aucune lassitude. La neige devient épaisseur. Le blanc s'impose. Puis je prends des photo et la magie de l'instant a disparu. Je me rassois. Je retourne à l'écran. Je retourne à l'écriture. 

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 2 - Nuit. La neige tombe à nouveau. J'ai failli ne pas m'en rendre compte. A cause du froid, les volets et les  rideaux tirés occultent le dehors mais,  je me suis souvenue des propos du voisin : Il va neiger toute la nuit. Alors j'entrouvre les rideaux et c'est vrai, il neige à nouveau, intensément. La rue est d'un calme épais. Il n'est pas loin de minuit et j'ai une envie pressente, enfantine de sortir. Je veux profiter de cette neige nocturne avant que tout ne soit déblayé, souillé par les voitures. Je veux être la première à poser mes empreintes. J'enfile manteau, bonnet, gants et chaussures de marche. Je règle nerveusement l'appareil photo, le nouveau, celui dont je ne connais pas encore toutes les possibilités. J'espère réussir quelques clichés et je sors. Personne. Seulement le mouvement têtu des flocons. Je marche. Il fait très froid. Sentiment de solitude mais déjà quelques traces d'animaux. Apparemment des renards. Je marche lentement malgré l'excitation. Je regrette qu'il n'y ait plus d'enfants à la maison. Avant je faisais cela avec mes filles, les réveiller en pleine nuit pour profiter d'une neige nocturne. Se retrouver sur les quais avec les luges à l'heure où il faudrait dormir. C’était joyeux. C'était étrange.

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3 - J'ai 11 ans.  Une neige fabuleuse nous accueille à la sortie du collège. Les garçons se lancent dans une bataille à laquelle je participe. C'est joyeux et drôle. Je suis la seule fille mais je me sens complice. Pas d'autres enjeu que celui du rire. Je rentre tard. Ma mère m'engueule, se plaint que je l'abandonne et me trouve hideuse avec mes cheveux mouillés. Ce soir je ne baisse pas la tête, elle ne va pas me gâcher ce moment de plaisir. Je quitte la maison. Je me casse. Il fait nuit, la neige tombe et je ne sais absolument pas où aller. Je marche dans le quartier, je marche dans la rue de Nancy, la rue de l'usine, la rue des hauts-fourneaux ... Tout est calme, blanc et étrange. Je cours plus que je ne marche. Neige épaisse. J'ai osé. Totalement excitée par ma propre audace, même si mon frère vient me chercher un peu plus tard et que je le suivrai avec soulagement car j'ai les pieds gelés. Ce soir là, j'ai su, qu'un jour je partirai vraiment. Et ce sera le cas six ans plus tard. En attendant, ce soir-là, dans la nuit et la blancheur de la neige, je me suis détachée.  

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Invitée à La Maison de la poésie de Paris à parler (discuter, commenter, illustrer ...) de la procrastination, un terme érudit un peu à la mode, mais pourquoi pas - remettre à demain ce qu'on peut faire le jour même - j'ai dit oui. Puis le trac. Dire quoi ? Alors je sollicite mon camarade illustrateur, imprimeur, éditeur, Yves Olry : Illustrer mon propos journalier concernant la procrastination. Il est partant. J’écris. Il dessine. Depuis le 1er novembre, je lui envoie chaque jour une phrase, un proverbe, une référence, un souvenir. Le défi tenir 365 jours. Ma préférée du moment : Les vieux procrastinent à mort ! Au delà de l’exercice de style, je me suis interrogée sur ma propre capacité à remettre à demain. Et je dois admettre que je remets à demain tout ce qui concerne la commande du livre. Le livre pour lequel j'ai eu une bourse d'écriture... Sinon j'écris régulièrement : des textes pour mon site, pour les restitutions en fin de résidence, pour des compagnies de théâtre, pour les lectures publiques, pour les ateliers... rarement avec le sentiment d'évitement. Mais le livre m'encombre, c'est l'expression exacte. Cette chose qu'il faut écrire, certes, mais qu'il faut ensuite envoyer aux éditeurs, puis attendre leur retour, puis attendre que cela soit imprimé, puis attendre  la rentrée littéraire de septembre ou celle de janvier, puis attendre que cela excite tel média ou telle librairie ... Attendre et se retrouver le plus souvent sur le bas côté.  Entamer la traversée du désert avec quelques vivifiantes oasis. Le livre. Le contenant de la littérature ? Le contenant de la pensée ? Objet. Alors en attendant de l'écrire ce livre, je fais vibrer ailleurs mes textes. En attendant de produire du papier prêt à pilonné, je mets en mouvement d'autres flux. Je remets à demain le livre et je dis mon aujourd'hui. Ici. Je me mets en ligne. ©illustrationYvesOlry

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Je m'étais levée tôt, lavé les cheveux, j'avais mis une robe en laine beige, conduit les 1h20 de trajet, trouvé une place de parking, souris au garde de l'entrée et puis je n'ai pas pu. J'ai salué l'auteur qui partageait ma table et que je ne connaissais pas, bu un café chaud, salué les organisateurs, lu la quatrième de couverture d'un livre édité chez Stock et puis je n'ai pas pu. J'ai attendu l'arrivée d'une amie auteure, j'ai dit ma difficulté à me tenir là, j'ai sorti un crayon de papier et le carnet, j'ai regardé les auteurs de BD qui s'affairaient déjà dos courbé sur le dessin dédicace, j'ai constaté que les têtes d'affiche étaient en retard et puis je n'ai pas pu. Malgré l'engagement donné, malgré la riche rencontre organisée quinze jours auparavant dans la médiathèque d'un petit village, je n'ai pas pu. Pas pu rester à attendre le chaland, pas pu rester avec mes deux pauvres livres posés sur le tissu noir et je suis partie. J'ai toujours souffert (c'est le mot juste) dans ces lieux du rassemblement de l'écriture qui pour moi ne sera jamais une mais toujours unique. Il est tant de lieux où j'aime rencontrer le lecteur, lire mes textes ou ceux des autres, partager l'écriture comme un outil pour interroger le monde. Il est tant de lieux où j'aime venir avec la littérature même si on ne l'attend pas : avec les enfants abimés par la vie, les privés de liberté, les tenus à distance des mots et des livres. Alors je suis partie. Chez moi, j'ai poursuivi mon texte Coudre des jours, j'ai relu la pièce de théâtre en cours, j'ai photographié l'Arclusaz enneigé, j'ai mangé avec ma famille, j'ai préparé l'atelier de lundi où je vais retrouver une vingtaine de jeunes qui m'attendent ou pas. Et cette phrase si juste de mon compagnon : Au travail, il faut toujours se respecter. 

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IME. Institut médico-éducatif. Ici l'ambiance est très changeante. Cela me fait penser à l'Islande et son climat instable. C'est Eric Boury, magnifique traducteur d'Arnaldur Indriðason, en autres, qui le premier m'a cité ce proverbe islandais : "Si tu n'aimes pas le temps qu'il fait, attends cinq minutes". Ici aussi, en cinq minutes, tout peut changer : les volcans peuvent se réactiver ou s'apaiser, les silences se laisser traverser par un cri, une injure, un claquement de porte. Une vie pleine de hauts et de bas, d'eaux et de terres noires, de ciels immenses et de déserts lunaires. On ne s'ennuie jamais. On s'adapte. On enlève ou superpose les couches protectrices. Ici, les jeunes viennent se construire un avenir malgré les difficultés de la vie, de leur vie. Et ce sont eux qui m'ont dit et écrit : Ici on n'est pas chez les fous. Non ici on est dans le tumulte de l'adolescence, le battement de cœur de la résilience, le territoire instable des enfances abimées. Ils ont écrit aussi ce qu'ils attendaient : Quitter le château, quitter le flou, retrouver l'amour d'un père, revenir dans le pays lointain des origines, revenir sur les lieux de l'abandon, garder secret l'IME, s'inventer un avenir sans fautes d'orthographe, aimer ses parents malgré, avoir un enfant ... Vivre leur vie. Et moi, je partage quelques moments avec eux. Entre écriture, discussion et photographies. Je traverse leur paysage. 

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Début juillet, déménagement dans la maison en bois. Maison construite par mon compagnon. Il sait faire cela construire une maison pour nous abriter. Depuis, il me semble que l'écriture est une bien mince affaire. Tout l'été sans connexion internet, sans téléphone et le portable qui passe mal. Le bien que cela fait. Que cela m'a fait. Retrouver une certaine lenteur, et si les premiers jours, quelque chose m'a manquée, très vite je me suis habituée. J'ai même écrit des lettres. A la main. Avec l'enveloppe et le timbre. Le plus difficile a été de retrouver les adresses. Je ne les inscrits plus nulle part, certaines de les retrouver grâce aux mails ou l'annuaire électronique. Comme il y avait les livres à ranger, beaucoup de livres - même si j'en ai donné un grand nombre aux enfants, aux amis libraire qui vendent de l'occasion, aux invités et à la bibliothèque sauvage de la gare de Pontcharra (je ne supporte plus que les livres s'empoussièrent dans mes étagères) - j'ai pu relire et aussi découvrir que certains livres n'avaient  jamais été lus (oubliés). Tout l'été, derrière les volets clos pour se protéger de la chaleur, j'ai retrouvé une certaine lenteur et aussi une certaine distance avec l'actualité. Une brève mais bénéfique période. Depuis une semaine la prise téléphonique a été installée, le fournisseur d'accès (quel titre !) prévenu. Alors dans peu de temps, retour sur le fil du net. Je ne m'en réjouis pas mais ce sera plus simple pour travailler. Un voyage estival sans quitter la maison  et dont je suis déjà nostalgique. J'étais bien. Bien.

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Opération bénigne du genou mais qui déclenche chez moi, une panique difficile à expliquer aux autres. Chaque fois que l'on m'anesthésie, je suis persuadée que je vais mourir. Pas un simple sentiment mais une certitude. J'ai beau relire le Saut en parachute de Georges Perec dans le recueil Je suis né - Un hymne à la confiance - je panique. Alors je harcèle les infirmières comme quoi on m'a promis un calmant dès mon arrivée. Ce sentiment de panique annihile en rien ma capacité d'observation,heureusement. Épuisement d'un lieu commun. Et si je retrouve l'esthétique hygiéniste, nécessaire mais tellement rude pour l'imaginaire, des chambres d’hôpitaux, ce qui me semble avoir changé depuis mon opération en 2008, c'est que, hormis le chirurgien, tous les membres de l'équipe médicale ne sont pas français : une infirmière anglaise, une autre roumaine, une aide-soignante polonaise et un anesthésiste qui me parle avec un bel accent de l'Est. Je me dis que l'Europe c'est ça, être entourée et soignée par des étrangers. Je sais qu'ils sont embauchés parce que moins regardant sur les salaires et les horaires. Mais cela me plaît malgré tout. Comme on approche du moment crucial de l'endormissement, l'anesthésiste tente de me rassurer et moi je pleure. Sans bruit, juste des lourdes larmes qui glissent du coin de mes yeux jusqu'à mes oreilles et que je ne prends pas la peine d'essuyer. Il me dit que mes larmes provoquent ses larmes à lui, et qu'il aime pleurer car son regard plutôt bleu va virer au vert. Il me dit  : c'est beau les yeux vert clair, non ?  Je n'ai pas le temps de lui répondre que mes yeux - que je dois à un mélange de sang polonais, allemand et russe - virent également au vert quand ils baignent dans les larmes. Je n'ai le temps de rien. Je disparais et me réveille deux heures plus tard. Vivante. Larmes de joie cette fois-ci. Je ne suis pas morte. J'ai ressuscité d'entre les angoissés - pour l'instant. J'espère que l'anesthésiste aux yeux clairs n'a pas fini son service. J'aimerais savoir d'où il vient exactement. Je m'intéresse à l'Europe, moi !

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