[le site de Fabienne Swiatly ]

La trace bleue

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19 - Envie de voir la mer. Direction Vias, plage de la Farinette. Longueurs de rues aux magasins fermés, stores baissés, volets clos... Désert hivernal. C'est moche, triste, singulier. La plage est vide aussi, mais c'est bon d'avoir le lieu pour soi seule. Sur le retour je m'arrête vers une carrière basaltique Les roches bleues à Bessan. C'est impressionnant. Je me rapproche par un chemin de terre et ignore les appels de phares des nombreux camions qui tournent dans le secteur. Une femme seule au volant dans un tel lieu ne peut-être qu'une pute. J'ai l'habitude. Rien de bien méchant. Je descends, prends en photos le site. Le résultat me déçoit un peu, je n'ai pas le bon objectif pour ce type de photos. M'équiper mieux. M'encombrer un peu plus de matos, moi qui aime marcher les mains dans les poches. On verra. La ligne d'arbres sur la colline me rapelle un premier plan de Sans toit ni loi d'Agnès Varda. Ce film omniprésent depuis que je suis en résidence à Bédarieux. 

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18 bis - Je viens un soir d'été et je prends des photos. Balan. Regard, déclic, enregistrement. Je fais. Mécaniquement. Je me regarde faire. Je n'ai pas d'envie particulière. Cette rubrique qui me paraissait évidente il y a quelques semaines, me semble sans objet aujourd'hui. Et je ne parviens pas à m'expliquer pourquoi. Très certainement la complexité de ma vie actuelle qui me rend indécise. Il me faut accepter que cela ne vienne pas forcément tout de suite. Qu'il y ait des creux comme avec l'écriture. Que le cœur du sujet ne soit pas les usines, en ce moment. Ma vie qui se cherche de nouvelles attaches. Attaches n'est pas le bon mot, je le sens bien, mais je ne sais en trouver un autre. Ce soir je suis fatiguée et je ne sais plus rien. Je mets en ligne quelques photos de l'usine chimique de Balan comme si cela était vital. Parce que je me sens vivante à le faire.

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18 - Près de Pont d'Ain. Une déchetterie ou déchéterie selon la documentation distribuée à Lyon. ce qui reste de nous après Intermarché, Ikéa, Coccimarket, Lidl, Super U, La vie Claire... Fascination pour l'accumulation, le trop-plein, l'excessif... Odeur d'enfance, celle de la dechetterie du terrain vague derrière la maison. Tout le monde n'a pas une maman qui cuisine des madeleines. 

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17 - main d'oeuvre jetable. Je regarde cette photo qui devrait raconter une manifestation  et semble cadrer un enterrement. Pourtant, il faisait beau ce jour-là à Saint-Claude. Je suivais la manif par conviction, par envie de prendre des photos, par envie de voir le visage de ceux qui font la ville. De ceux avec ou sans travail. Les habitants. Je voulais être de la manif  pour remplacer celle que je n'ai jamais faite en Lorraine avec les ouvriers de Gandrange (Arcelor Mittal), la manif que n'a jamais faite mon père ouvrier à Wendel Sidélor (Arcelor Mittal), celle que mon grand-père n'a sûrement jamais faite même s'il a sué  sang et eau dans le plus sombre de l'usine (Arcelor Mittal). Pas de culture syndicaliste ou militante dans la famille. Le haussement d'épaules comme seul mouvement d'humeur. Ma mère ne se mêlait pas du travail et du politique comme la majorité des femmes de l'époque. Elle gérait le quotidien,  comptait les sous. Avait son mot à dire, peut-être, je ne sais pas. Haussait également les épaules.

J'étais à la manif, il y a plus d'un mois. Aujourd'hui, les porteurs de drapeau étaient  installés à un rond-point à la sortie de la ville. Distribuaient des tracts. Les entreprises de plasturgie, souvent liées à l'industrie de la voiture, licencient, imposent le chômage partiel. Le tract exige en caractère gras le maintien des emplois, la défense de l'industrie du Haut Jura. J'ai stoppé la voiture, j'ai pris le tract, j'ai remercié. Concernée. Dans mes ateliers certains de leurs enfants racontent parfois, à demi-mots, le travail absent. Le manque d'argent. Pourtant leur fierté pendant les sorties, lorsqu'ils désignent du doigt un quelconque bâtiment et précisent que là, leur père  ou leur mère travaille. 

Je ne sais pas si, petite, je montrais du doigt l'usine. Ce n'était pas la peine, dans la rue tous les pères travaillaient dans le même lieu. D'ailleurs ceux dont les parents avaient un autre métier, commerçant ou enseignant, on sentait bien qu'ils étaient différents. Nous nous posions peu de questions sur le travail du père. C'est maintenant que je vais voir l'usine de près, questionner les origines sociales. Maintenant que je la montre du doigt.

Au rond-point, quand le gars m'a tendu le tract, a surgi en moi une question idiote. Douloureuse. Une question que je n'arrive pas à qualifier de défaitiste même si elle peut suggérer l'abandon de la lutte. Une question qui me rend triste mais qui ne me laisse pas tranquille : comment en est-on arrivé là ? Il me semble nécessaire de cerner ma part (notre part) de responsabilité dans ce qui arrive aujourd'hui. J'ai besoin de savoir à quel moment  j'ai collaboré à ce qui se passe. A quel moment, cela m'arrangeait aussi qu'il y ait de la main d'oeuvre jetable, loin d'ici. Une main d'oeuvre qui me  donnait l'impression d'être sur la voie de la richesse parce qu'un nouvel ordinateur, un voyage pas cher, de la sape à petit prix, des pâtes au saumon même en semaine. La richesse à portée de crédit. Il le faudra bien se questionner sur nos moments de  renoncement. Ne pas devenir des victimes, sinon  l'invention d'un autre monde ne sera pas possible et d'autres décideront pour nous. Pour leur seul bien.  Soudain je suis triste comme la photo qui se devait  d'être joyeuse et vibrante de vie. Mais être triste ce n'est pas renoncer. C'est mesurer en soi la portée d'un événement même si je sens bien que ma question est réductrice. C'est un début  pour cesser de tourner en rond. Et surtout. Oui surtout. Une question pour m'empêcher de hausser les épaules à mon tour. 

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16 - Les forges de Syam de Pierre Bergounioux. Un livre qui laisse entrevoir la fin d'un siècle industriel. Description minutieuse d'une forge au pays des lacs dans le Jura. Et la force d'une écriture comme je ne sais pas en faire, avec la grand confiance dans le descriptif. A détailler ce qui fait mur, ce qui fait toit, ce qui fait forge, ce qui fait travail. A ne rien négliger et c'est le minéral qui dessine le contour de ceux qui travaillaient et travaillent encore ici. Et combien Bergounioux voit juste en évoquant Le grand Meaulnes :
 
"On ne peut s'empêcher de songer au livre merveilleux où Alain-Fournier, en 1913, a fixé le visage de la Belle Epoque, juste avant que n'éclate l'ouragan de fer et de feu qui les emporterait tous les deux. Qui peut oublier l'instant où le grand Meaulnes, après avoir franchi un mur moussu - celui du temps - entre dans la chambre de verre ?"
 
Forges de Syam - Le grand Meaulnes, j'ai retrouvé la même délicieuse mélancolie à la lecture de l'un et l'autre livre. Regarder mourir, c'est être en vie. C'est avoir encore cette force en soi. Cette possibilité, d'écrire ce qui disparaît. Dans les deux livres, la même sensation pour le lecteur de  regarder le monde par-dessus l'épaule de l'écrivain. 
 
J'envie cette capacité modeste et exigeante d'écrire ce qui est. Laisser venir à soi avant d'y  coller sa propre histoire. Tenir à distance l'excitation qui dévore trop vite le sujet. Toujours la crainte que cela disparaisse à l'instant.
Y penser demain, quand j'irai visiter la Maison du peuple de Saint-Claude. Lieu dédié aux coopératives ouvrières, à la mise en commun de la culture, de la fraternité. Demain prendre Bergounioux par le bras, s'il le veut bien. 

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15 - Le lieu était bien choisi, au bord d'une rivière qui fera tourner la turbine électrique. Rue de la serre au bord de l'Abîme - La réalité est plus audacieuse que la fiction - Adamas, coopérative ouvrière diamantaire, s'est installée dans l'étroit du paysage en 1920 et cessera tout activité en 1960 par manque de diamant brut - le fournisseur sud-africain s'étant tourné vers d'autres tailleurs, en Inde notamment. 

L'homme qui nous fait visiter la friche, vit depuis longtemps ici. Son père a été directeur de la Coopérative. Il vit seul dans ce quartier que l'hiver semble ne jamais vouloir quitter, le froid entretenu par l'absence de soleil. Il a racheté l'appartement dans lequel il vit, au milieu des archives paternelles. Le bâtiment est vétuste mais il tient à rester là. Seul, sans voisin avec le froid humide qui n'incite pas à la visite.   

Traversant les ateliers poussiéreux que deux hommes vident à tour de bras, il me semble entendre le bruit infernal de la turbine, des tours qui mettent parfois deux jours à scier un diamant. Une centaine d'ouvriers qui choisissent, clivent, scient, équarissent, polissent la pierre précieuse. Ouvriers qui vivent dans les maisons qui jouxtent l'usine et qui vont se mouiller le gosier à la brasserie collée aux bâtiments. 

Je photographie ce qui va disparaître dans les cartons, s'éparpiller dans les pays où l'on peut encore utiliser les vieux tours. Un bout d'histoire est emporté ailleurs. Loin. Les gars qui déménagent ne savent pas grand chose, ils font leur boulot. 

Le tremblé de certaines de mes photos n'est pas dû qu'au froid. 

L'homme nous offre un thé dans sa petite cuisine. Quelque chose de triste. L'histoire  qui se meurt et l'inquiétude de voir s'éloigner une partie du patrimoine industriel.  Et l'homme qui aime ce lieu, cette région, avant de nous laisser partir, évoque un lieu-dit où il va se promener parfois, à quelques pas de chez lui et qui porte le nom de Sous - malheur. Oui, décidément la réalité a bien plus d'imagination que la fiction. 

 

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14 - Depuis la rencontre du Président Sarkozy avec les ouvriers d'Arcelor Mittal,  il y a plus d'un an le nom de Gandrange est devenu célèbre, alors qu'il reste un lieu assez flou pour moi, même si j'ai vécu pendant 17 ans dans la ville d'à côté. Gandrange est une ville traversée, une ville coincée entre la voie de chemin de fer, le site industriel, l'Orne et la nationale 52, mais la voilà associée aussi au voyage de noces d'un président, presque heureux d'être là au milieu des ouvriers pour annoncer la bonne nouvelle : Vous serez sauvés. Mon étonnant que certains aient pu y croire. La Lorraine depuis les années 70 habituée aux fausses promesses. Mais parfois, il ne reste que ça croire aux miracles. 

Le café de ma soeur La brasserie du stade, plus connu comme étant Chez Gaby - café ouvrier qui a longtemps accueilli ceux qui y vont et ceux qui en reviennent ... de l'usine, va encore perdre des clients. Déjà qu'ils vont dépenser leurs sous aux bandits manchots, les machines à sous du Casino construit sur les hauteurs à côté du crassier qui sert de belvédère à un restaurant panoramique et une piste de ski artificielle, la plus grande d'Europe. Une ville qui a longtemps vécu sur la manne des taxes professionnelles que le président va supprimer bientôt. 

C'est dans la salle des Machine à sous que j'ai vécu une scène qui devrait être le moteur de mon prochain livre, à défaut d'être un documentaire : rencontrant le directeur du Casino de l'époque, il me fait visiter la grande salle, celle des jeux nobles : roulettes, Black Jack .. puis l'autre salle avec des dizaines de machines à sous dont l'une fonctionne même à coups de 50 euros. Il m'explique qu'ici pas de décorum, on accepte les baskets et ces mots dans sa bouche : la salle du Tout venant.

Avec cette étrange coïncidence qui fait que le matin même, interviewant un ancien ouvrier, il me raconte mon grand-père poussant les wagons dans l'usine, celle-là même de Gandrange, poussant le Tout venant, le charbon non trié. Et ajoutant : un sale le boulot !

Deux moments de la journée qui viennent se percuter violemment dans ma tête autour d'un mot  le Tout venant, et qui renvoie la masse laborieuse à ce qu'elle a de plus méprisable. Un tout qui va et vient au bon gré des nécessités économiques, celui du Capital. Les ouvriers, les petites mains, les caissières des supermarchés, les plongeurs des restaurants chics, les femmes de ménage des chaines hôtelières, les corvéables, les intérimaires.... le Tout venant qui enrichit une petite part de notre société, peu nombreuse mais au pouvoir incontestable.

Ceux du travail déprécié, du travail déplacé, ceux des bas salaires, ceux qui doivent payer cash leur part à la crise qui continue pourtant à nourrir grassement les Parvenus.

Je sais que mon vocabulaire semble dater mais il ne suffit pas de dissoudre certains mots dans les grands discours  pour qu'ils n'aient plus de sens. Bien au contraire. Il suffit de les regarder bien en face, de les redire plusieurs fois, de leur redonner vie pour qu'ils nous donnent à voir ce que l'on a tenté de cacher, d'édulcorer. Remettons les sur le devant de la scène pour entendre ce qu'ils ont à raconter sur le présent.

Et puis zut, puisque je suis issue du peuple Tout venant, je veux  utiliser les mots qui me font du bien, qui me donnent du courage et qui permettent de m'extraire de la soi-disant complexité du monde qui ne pourrait être compris que par quelques nantis du savoir. Il est  grand temps que je m'attèle à ce livre. Il est grand temps que je me mette au boulot. 

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13 - Un jour j'ai vu l'usine. Un jour je suis sortie des limbes de l'enfance. L'usine, jusqu'alors, c'était la normalité des familles d'Amnéville. Amnéville que nous nous appelions encore les jours d'ennui : Stahlheim, foyer de l'acier - nom hérité de l'occupation allemande. Je vivais dans un ici qui ne savait rien, vraiment rien de l'ailleurs. Le seul imaginable est celui des contes de fées, irréel.

J'ai donc ouvert les yeux après avoir lu Germinal de Zola. Lecture imposée par l'école ou par le hasard de mes recherches dans la petite bibliothèque familiale. J'ai ouvert le livre et ne l'ai pas quitté de la journée, ni du soir. Le corps replié dans le divan de la salle à manger et la tête loin. Loin comme jamais aucun livre ne m'a emmenée. Je décille les yeux et la mémoire. J'entrouvre, pour la première fois, le livre de mon histoire.

Les Maheu sont devenus ma famille, encore maintenant je pense à eux et pleurs la mort de Catherine comme celle d'une grande soeur. Etienne Lantier a été le guide de ce jour de mon enfance, douze ans il me semble. Dans le livre, je découvre que je fais partie d'un monde beaucoup plus grand qu'Amnéville. J'appartiens au monde ouvrier. J'appartiens à la famille des humains qui donnent leur corps au travail. Des familles toujours à la surface de la misère. Des petites gens, nombreux, qui font vivre généreusement des gens moins nombreux et que l'on devrait remercier.

Je découvre aussi que l'histoire de ma famille peut entrer dans un livre, dans un roman. Je ne savais pas cela possible.

J'apprends que les ouvriers se révoltent parfois. Que les ouvriers refusent et que même s'ils perdent la bataille, il y a du mieux. Je découvre que l'on peut dire non à sa destinée et que cela demande du courage.

Dans Germinal, il y a mon histoire. Personne, ni mes parents, ni mes voisins, ni mes professeurs ne me l'ont racontée. Laissant seulement soupçonner qu'il pourrait y avoir autre chose pour moi que Stahlheim, en m'obligeant à travailler à l'école pour devenir quelqu'un de bien à l'âge adulte.

Peut-être qu'il y a eu des propos à la maison ou dans la salle de classe, mais je ne devais pas écouter. J'étais absente. Peut-être, est-ce la fiction qui m'a permis alors de me saisir de la réalité. J'entre dans le livre, et j'entre dans un texte qui parle de moi, de nous. Ce jour-là, je comprends que la littérature n'est pas une simple occupation.

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12 - Pas la forme physique suffisante pour photographier à l'extérieur et ce nouvel appareil photo que je n'arrive pas à apprivoiser. Qui me nargue dans son bel étui noir et orange. Accepter que cela ne vienne pas. Mais qu'est-ce qui ne vient pas ? C'est absenté de moi, cet élan vital, cette nécessité qui vous pousse à créer ce que personne n'exige de vous. A partir voir ailleurs, l'oeil à l'affût.

Heureusement mon site inspire un copain qui photographie régulièrement l'usine nucléaire prêt de chez lui, celle du Tricastin. Lui aussi fasciné par le grandiose que dégage un tel bâtiment. Cadrer cette masse de béton qui investit le paysage et s'impose à notre vue. La capacité de l'homme à construire cela et les dangers qui vont de pairs.

Lui et moi, imprégnés par nos origines sociales qui font, que l'on garde en soi un sentiment profond de l'importance du travail donné. C'est un sentiment ambigu qui force à se placer au bon endroit. Et pas seulement au-dessus.

Je me souviens ainsi, ayant passé des vacances dans les Landes à Vielle Saint Girons avoir discuté avec une très vieille dame qui binait son jardin. Elle avait cette courbure du dos qui ramène très près de la terre. Et de grosses mains rugueuses qui font pousser du poireau orgueilleux et de la carotte biscornue. C'était beau comme une carte postale. J'avais crevé le pneu de mon vélo et elle m'avait prêté une pompe.

Son jardin était juste en face d'une voyante usine de production de Dérivés Résiniques et Terpéniques, une entreprise qui exploite, entre autres, de l'essence de térébenthine extraite de la résine du Pin. 800 personnes environs y étaient salariés. Une entreprise surréaliste pour celui qui venait chercher en ce lieu l'air du large. Alors que je regonflais mon pneu, je lui dis que c'était bien dommage cette usine dans le paysage. Sans parler de l'odeur.

Son visage s'est aussitôt refermé et elle m'a répondu d'un ton sec : vous, les touristes, vous n'êtes là que deux mois l'été, c'est pas ça qui nous faites vivre le reste du temps.

Je n'ai pas su quoi répondre. J'ai dû me contenter d'un évidemment un peu gêné. Mais les propos de la vieille dame que j'avais réduit à un personnage bucolique à la hauteur de mes désirs de vacances, m'accompagnent à chaque fois que je veux photographier ou écrire sur le monde du travail. Elle m'a ramené à la complexité du monde et à cette dure réalité d'avoir ou pas un boulot. Elle reste à mes côtés avec son dos courbé et son visage d'une autre époque. L'usine, elle l'avait toujours connue. J'aurais dû mieux la questionner, mais j'étais en vacances. J'avais des cartes postales à écrire et du bon temps à prendre, loin de l'usine. Je n'avais pas du tout envie de réfléchir à cela. Pourtant vingt ans après, elle est toujours là, la petite vieille qui m'oblige à vérifier ma focale.

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