[le site de Fabienne Swiatly ]

Le métallisé des eaux profondes, le bleu glacé des torrents.

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Membre fantôme. C'est ainsi qu'on nomme le membre amputé qui reste présent de manière sensible, nerveuse dans le corps jusqu'à provoquer des douleurs. J'ai découvert qu'un corps social pouvait ressentir un membre fantôme. Comme femme je l'ai identifié petit à petit. Rien à voir en tout cas avec la présupposée frustration féminine quant à l'absence de pénis entre ses jambes. Surtout depuis que j'ai appris que je possédais également un bel et grand organe intérieur. En fait depuis l'enfance, j'ai été amputée d'une part de l'histoire, de l'héritage des femmes, réduites à celle de mères, épouses et autres seconds rôles. Il y a eu quelques exceptions comme les figures de Georges Sand ou Marie Curie qui servaient de paravent puisque l'exception confirme la règle. Et j'ai cru ceux, parfois des hommes de savoir, qui prétendaient que les femmes n'avaient jamais produit de grandes œuvres car tenues à l'écart de ces activités. Depuis quelques années des femmes chercheuses, historiennes, sociologues, artistes... déterrent le nom et l'histoire de nombre de femmes qui en d'autres temps se sont appropriées les arts, les sciences, le travail sans qu'on veuille en garder trace. Heureusement mes sœurs fantômes retrouvent voix au chapitres et me rendent ainsi l’entièreté de mon corps. Très récemment ce fut avec le film de Céline Sciamma, Portrait de la jeune fille en feu, où on voit des femmes faire ou tenter de faire œuvre. Avec cette séquence éloquente où trois femmes décident en plein 18ème siècle de peindre un avortement (Ce tableau a peut-être existé). Puis il y a eu un passage du Livre Sorcières de Mona Chollet où elle nous invite à ne  plus dire qu'au Moyen-Age on brûlait des sorcières mais qu'on brûlait bel et bien des femmes. L'importance des mots, du choix des mot. Une simple phrase qui remet l'histoire à l'endroit et depuis je comprends mieux ce qui a été perpétré à l'encontre de femmes qui avaient pour certaines du pouvoir ou un pouvoir. J'ai vécu longtemps dans l'ignorance. Et maintenant, je m'interroge sur cette volonté de réduire la place des femmes. Parfois même de les effacer du tableau. Un effacement qui récemment s'exprimer dans une forte réticence à féminiser certains noms de métier. Au nom de quoi exactement ? Pour quoi exactement ? Je repense aux militantes des années 70 qui scandaient : Mon corps m'appartient ! Et nous pouvons ajouter maintenant : encore fallait-il qu'il fusse entier...